Une vie à enjamber les barrières musicales

Michel VeillonAlors qu’il se prépare à sa retraite, le contrebassiste souffle les 25 bougies de l’Orchestre Piccolo du Conservatoire de Lausanne. Concert festif demain.

Image: Jean-Paul Guinnard

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«Once upon a Time in America» – c’est le titre du prochain concert de l’Orchestre Piccolo, que Michel Veillon prépare avec une excitation d’éternel jeune homme. Comme à son habitude, le bouillonnant sexagénaire brasse les styles les plus variés et les liasses de partitions, signant souvent la plupart des arrangements. Attention, ce n’est pourtant pas n’importe quel concert: celui des 25 ans de l’ensemble qu’il a fondé en 1993, et son tout dernier programme. Le contrebassiste et chef d’orchestre s’apprête à quitter l’enseignement pour une retraite qu’on imagine tout sauf peinarde.

Au tout début, le Piccolo avait été pensé comme une formation préalable pour les instrumentistes à cordes, entre 9 et 13 ans, avant l’entrée dans l’Orchestre des jeunes du Conservatoire. «Je me souviens que le directeur de l’époque, Jean-Jacques Rapin, m’avait dit: «On est bien d’accord, on ne fera pas de concerts.» Heureusement qu’on en a fait! C’est le carburant pour progresser.» Michel Veillon intégrera très rapidement les élèves de percussion, suivis par les flûtes, les trompettes et finalement l’orchestre au complet de 40 musiciens.

«C’est toujours difficile de se singulariser en classique, reconnaît-il, car il y a la comparaison avec les meilleurs orchestres. J’ai toujours voulu que ça sonne bien. Alors nous avons misé sur les musiques de film, le jazz, la variété, les musiques traditionnelles. À l’époque, nous étions les premiers à le faire.» Alors, après plusieurs tours du monde musical en plus de 70 concerts, Michel Veillon emmène une dernière fois ses jeunes protégés dans une traversée de l’Amérique. Avec du jazz, du music-hall, du grand répertoire romantique (extrait de la «Symphonie «du Nouveau-Monde», de Dvorák), les tubes de Hollywood, sans oublier la Jamaïque et Buenos Aires.

Once upon a Time in Les Plans

Si Michel Veillon s’apprête à poser la baguette du Piccolo après avoir formé au bas mot 350 musiciens, à quitter ses classes de musique au Gymnase de Chamblandes (avec lesquelles il monte des soirées encore plus électriques) et ses étudiants de la HEMU, il n’est pas près d’abandonner sa vieille compagne au teint sombre et aux formes généreuses, son amour de contrebasse. «Quand un orchestre sonne bien, on n’entend pas les basses. On ne s’en rend compte que quand il n’y en a pas!» Il n’y a pas meilleur ambassadeur de la contrebasse que lui, alors que l’instrument est entré tard dans sa vie, par surprise. Mais pas le goût pour la musique.

Il raconte d’ailleurs cette savoureuse anecdote avec Vlado Perlemuter qui venait passer chaque été aux Plans-sur-Bex, dans le chalet voisin de ses grands-parents. Le célèbre pianiste avait repéré l’enfant qui venait l’écouter jouer sous sa fenêtre et avait dit à son père: «Ton fils devrait faire de la musique; chaque fois qu’il passe devant chez moi, il siffle la «Pastorale!» «On a toujours écouté de la musique classique à la maison, se rappelle son frère Pierre-François, ancien conseiller d’État et conseiller national. Nos parents chantaient dans des chœurs. Si mon père m’a transmis le virus de la politique, lui et ma mère ont transmis celui de la musique à Michel.»

Once upon a Time in Montreux

Le jeune Michel est un touche-à-tout; violon, piano, guitare. Il pratique déjà le grand écart des styles qui le caractérise. «Grandir à Montreux m’a beaucoup influencé, reconnaît-il. À 15-16 ans, j’assistais aux concerts jazz et classique et je jouais déjà dans un groupe de pop folk. J’étais toujours à l’aise, mais je ne jouais jamais très bien.» En 1970, au Septembre Musical, il découvre la «6e Symphonie «Pathétique» de Tchaïkovski: «Par hasard, j’étais assis au premier rang à droite, devant les contrebasses. Je ne savais pas à quel point elles étaient importantes. Ce concert a été une révélation. Une semaine plus tard, j’avais la mienne et j’étais chez Francis Marcellin au Conservatoire de Lausanne.» Objectif: virtuosité.

Dans ces fertiles années 1970, le bassiste pousse aussi la chansonnette avec le groupe folk Sarclon d’André-Daniel Meylan, dit «Chonchon». Avec tout de même deux invitations au Paléo et des concerts à travers l’Europe: «Un pote pilote nous emmenait à destination avec son bimoteur, rigole encore le globe-trotteur. Mais là, je prenais une basse électrique, car la contrebasse n’entrait pas dans l’avion!» Les années 1980 seront davantage consacrées à l’orchestre, comme remplaçant régulier et volontiers nomade à l’OSR et à l’OCL. «J’ai débuté au Grand Théâtre de Genève avec «Le chevalier à la rose», de Strauss. Le premier soir, je n’ai pas posé beaucoup de notes, tellement c’était difficile. Et dire que j’avais attendu trente ans pour découvrir l’opéra.»

Engagé au Conservatoire de Lausanne, Michel Veillon aura gravi tous les échelons jusqu’aux classes professionnelles. Il s’en excuse presque, préférant parler des ex-élèves qui ont décroché des postes dans de grands orchestres: «J’ai grandi avec eux.» «Michel s’est toujours beaucoup impliqué pour ses étudiants, avec un côté papa poule, admire son confrère Marc-Antoine Bonanomi. Il se démène pour eux en les aidant pour une bourse, un appartement, des cachetons.» «Il faut savoir d’où ils viennent, lance le prof dévoué. Quand ils sont arrivés en Suisse, certains n’avaient pas 100 francs en poche.» Des Bulgares, des Thaïlandais et même un Chinois extraordinaire ont eu la chance que la bonne étoile Veillon veille sur eux.


Concerts de l’Orchestre Piccolo Lausanne, salle Paderewski, ve 15 juin (19 h30), HEMU Flon, BCV Concert Hall, je 21 (20 h). Entrée libre (24 heures)

Créé: 14.06.2018, 09h08

Bio

1953
Naît à l’Hôpital de Château-d’Œx le 2 février lors d’une tempête de neige.

1961
Premier cours de solfège et violon à Montreux.

1969
Joue du violon dans des groupes de musique pop et folk.

1970
Assiste à la 6e Symphonie «Pathétique» de Tchaïkovski au Septembre Musical à Montreux.

1976
Licence HEC et début d’enseignement au Collège Arnold Reymond.

1979
Lauréat du Grand Prix du Festival de Spa (Belgique) avec le groupe Sarclon.

1983
Virtuosité au Conservatoire de Lausanne et reprise de la classe de contrebasse non professionnelle. Tournée aux USA avec Armin Jordan et l’OCL.

1984
Mariage en Grèce sur l’île de Spetses.

1990
Professeur des classes professionnelles au Conservatoire.

1992
Enseignement au Gymnase de Chamblandes.

1993
Création de l’Orchestre Piccolo.

2018
«9e symphonie», de Beethoven, avec l’OCL au Métropole.

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