La plus Viennoise des Vaudoises dirige avec rigueur et empathie

PortraitAncienne physiothérapeute, Inka Moritz, la nouvelle directrice de la Haute École de santé vaudoise, se réjouit de faire jouer pleinement son institution en «ligue HES».

Inka Moritz a repris en janvier la direction de la Haute école de santé vaudoise, à Lausanne.

Inka Moritz a repris en janvier la direction de la Haute école de santé vaudoise, à Lausanne.

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Lorsqu’elle évoque la fonction dans laquelle elle vient de se glisser, les yeux d’Inka Moritz pétillent, et l’on soupçonne qu’il en a été de même à chaque poste qu’elle a abordé. La nouvelle cheffe de la Haute École de santé vaudoise (l’HESAV en version courte) apprécie les défis, comme autant d’occasions de solliciter ses neurones pour débusquer les meilleures solutions. Tout est d’ailleurs prétexte à apprendre quelque chose. Comme l’italien, acquis lors des vacances familiales au bord de la mer, dans sa jeunesse. L’allemand est venu tout seul, grâce à ses parents autrichiens. Si elle est née et a grandi à Vevey, elle l’a parlé jusqu’à son entrée à l’école, puis en a gardé «l’oreille».

Ses intérêts multiples lui vaudront quelques grands écarts. Du bac latin-grec à la physiothérapie par exemple: «J’ai toujours aimé les branches scientifiques, et le fonctionnement du corps, mais au bout de deux ans comme physiothérapeute, je me suis demandé quelle serait la prochaine étape.» Changement de cap complet à 25 ans, avec des études en sciences politiques, puis un postgrade en économie et management de la santé.

Avec l’HESAV, la quadragénaire reprend un bateau qui forme infirmiers, physiothérapeutes, techniciens en radiologie médicale, ergothérapeutes et sages-femmes. Soit 230 collaborateurs, 500 chargés de cours et 1200 étudiants. Le tout sur cinq sites. Pour la photo, elle pose ainsi sur le toit de l’ancienne policlinique médicale de Lausanne à la rue César-Roux, tandis que son bureau se trouve à l’est du CHUV, avenue de Beaumont. Après un mois de décembre en tandem avec l’ancienne directrice Mireille Clerc, la voilà seule à la barre. Ses cartons ne sont pas encore déballés qu’Inka Moritz songe déjà à un déménagement d’une autre ampleur. A l’horizon 2021-2022, toute l’école sera regroupée dans le futur Campus Santé de la Bourdonnette. Autant dire qu’à l’échelle d’un tel projet, c’est demain.

La responsable y voit une occasion en or pour l’école de «prendre sa vie en main». La structure est autonome juridiquement depuis 2015. Il est donc temps de la faire jouer pleinement en «ligue HES». Dans l’immédiat, sa directrice souhaite «mener des entretiens avec le plus de collaborateurs possibles, pour connaître les envies de chacun, mais aussi ce qui ne va pas», annonce-t-elle, voix douce et déterminée à la fois. «Dans les grands projets, on ne peut ni tout connaître ni tout prévoir, beaucoup de personnes détiennent une petite partie de l’expertise, il faut arriver à faire émerger l’information globale.»

Confrontation d’idées, pas de personnes

Pour faire avancer les choses, la cheffe ne craint pas la confrontation: «D’idées, pas de personnes.» Car selon ceux qui la connaissent bien, il faut se lever tôt pour se fâcher avec elle. Son hyperefficacité se double d’une grande attention aux autres, et elle utilise volontiers l’humour pour dédramatiser. L’expérience lui a aussi appris où mettre ses forces, et quand lâcher prise. «Certains diront que je suis perfectionniste, mais je crois avoir réussi à me soigner.»

Pierre-François Leyvraz a repéré Inka Moritz alors qu’il était directeur médical de l’Hôpital orthopédique de Suisse romande. Il l’a recrutée pour mener à bien l’intégration de cette entité dans le giron du CHUV. «Je l’avais vue en séance alors qu’elle travaillait pour la PMU. J’avais été frappé par sa rigueur, ses interventions ciblées et pertinentes, et une excellente connaissance du système de santé.» Devenu directeur général du CHUV, il lui a confié la fonction de secrétaire générale, très en lien avec le Département de la santé. «Elle connaît tous les services de l’État, s’y est créé un réseau. Elle est prête pour une fonction de direction», relève-t-il, saluant sa ténacité: «Elle a explosé le plafond de verre.»

Pas question néanmoins pour celle qui a aussi fait partie de divers conseils d’administration de sacrifier sa vie de famille. En hiver, cette mordue de ski installée à Cully rejoint tous les week-ends les pistes avec ses fils et son mari. Son premier enfant, elle l’a eu à 39 ans. Un «choix» de carrière? «J’ai plutôt attendu de trouver la bonne personne, celui avec qui ce serait faisable, qui aurait aussi envie de s’occuper de ses enfants.»

Très sportive, la grande et filiforme suisso-autrichienne a pratiqué la plongée sous-marine, la course à pied, la danse classique ou le judo. Entre le travail (qui a grimpé de 80 à 100% depuis qu’elle dirige l’HESAV) et la famille, elle sauve une heure par semaine pour bouger. Pour les coups de mou, il y a le groupe de copines. Un quatuor qui, quand il n’arrive pas à se voir, recourt au coaching par messagerie instantanée. «On peut tout se dire. On parle aussi beaucoup de nos préoccupations professionnelles. Inka a une grande expérience et un réseau étendu qu’elle n’hésite pas à partager», observe son amie Isabelle Grunder.

Elevée comme un enfant, pas une fille

De ses parents, installés à Vevey à la suite d’un coup de foudre pour la région, Inka Moritz a aussi hérité l’amour de Vienne, où elle a passé d’innombrables vacances dans sa jeunesse. Chez sa grand-mère, avec ses cousins, avec des copines. Elle y a même organisé une partie de son mariage. Cette «grande ville dans un petit pays» fait partie de son identité: «J’aime la façon dont elle est construite, très différente d’ici, avec des influences de l’est, et cette richesse de la culture impériale. Et j’adore leurs pâtisseries et leurs gâteaux!» De ses parents enfin, elle a toujours eu le soutien: «Même dans la période où j’ai voulu tout recommencer.» Elle leur est reconnaissante d’avoir été élevée «pas comme une fille, mais comme un enfant, ce qui peut avoir une incidence sur une carrière féminine».

Dans les grands projets, on ne peut ni tout connaître ni tout prévoir, beaucoup de personnes détiennent une petite partie de l’expertise, et il faut arriver à faire émerger l’information globale.

(24 heures)

Créé: 08.02.2018, 08h28

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