Vivre pleinement avant qu’il ne soit trop tard

PORTRAITPascale Rocard, comédienne.

Image: FLORIAN CELLA

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«J’adore la vie et je suis d’une grande curiosité pour la mort.» En quelques mots, Pascale Rocard trace son contour. Rayonnante, solaire, sa longue chevelure léonine auréolant son visage ouvert, la comédienne parisienne, Valaisanne d’adoption, s’expose sans flous ni ombres, abordant sans détour la finitude humaine, la sienne et celle des autres. «Mon père est décédé d’une hémorragie cérébrale sous mes yeux. J’avais 6 ans. On l’a couché sur un canapé. J’ai pensé qu’il dormait, paisible. J’ai mis des années à réaliser qu’il était mort.»

«J’aime l’ordinaire extra.
Je me fous de l’extraordinaire»

Cette première rencontre avec la Parque marque sa vie à jamais. Alors Pascale Rocard veut que son quotidien soit merveilleux chaque matin. Sa devise? «J’aime l’ordinaire extra. Je me fous de l’extraordinaire.» Elle cultive l’amitié et l’amour au long cours, connaît deux de ses plus chères amies depuis la maternelle. Fidèle, attentive aux autres, la comédienne dit ce qu’elle pense et fait ce qu’elle dit. Elle sait le poids des mots, qui ne sont rien si les actes les trahissent. Tous les jours, l’écriture l’accompagne. Du théâtre, des scénarios, des poèmes et un roman, Le rêve du grain de sable, paru en 2000. «J’écris aussi à des amis que j’ai perdu de vue depuis longtemps, même sans réponse. Je veux garder le lien.»

Depuis vingt ans, elle met du «beau, de l’amoureux et du pimenté» dans sa vie de couple avec le réalisateur Pierre-Antoine Hiroz, rencontré lors du tournage du film qui l’a fait connaître en Suisse romande, Le combat des reines. Un rôle en or pour cette féministe, avec à la clé plusieurs prix d’interprétation. «L’ethnologue Bernard Crettaz a dit à Pierre-Antoine que mon personnage avait plus fait en Valais pour la cause des femmes que des années de militantisme.» Pour son mari, elle est restée dans le Vieux-Pays. «J’ai trouvé ma perle, celui avec qui je fais la paire.»

Lecture à haute voix
La mère d’Antonin et de Justine, ses deux grands enfants, adore faire en famille la lecture à haute voix. «Il y a toujours un livre en route. Le dernier était le magnifique Novecento d’Alessandro Baricco. Nous lisons aussi des passages de Plaidoyer pour les animaux de Mathieu Ricard. D’ailleurs, mon livre préféré, qui m’a fait un bien fou, est aussi de lui. Le Plaidoyer pour le bonheur, que j’offre à tout le monde!»

Née dans une famille parisienne bourgeoise – l’ancien premier ministre français Michel Rocard est son petit-cousin –, Pascale Rocard a fait le grand saut jusqu’en Valais pour suivre son amour. «Ce qui est troublant, c’est que nos deux familles étaient déjà réunies dans un personnage célèbre: le professeur Tournesol. Hergé s’est en effet inspiré d’Auguste Piccard, inventeur du ballon à hydrogène et du bathyscaphe, grand-oncle de mon mari et d’Yves Rocard, mon grand-oncle, père de Michel, qui mis au point la bombe atomique française.»

Malgré ces prestigieuses filiations scientifiques et politiques, c’est le côté artiste de sa mère, «Mouttie» pour ses trois enfants, qui a pris le dessus. Ann, la sœur aînée, est auteure de livres pour enfants, alors que Patrick, le frère, est peintre et scénographe. Chez elle, le symbole bouddhiste de la longévité est partout. En tapis sur le sol ou peint sur la porcelaine de la vaisselle. La mort n’a qu’à bien se tenir! «C’est un grand mystère à éclaircir. J’attends ce moment, les yeux grands ouverts. Sans impatience. Je veux être sur le coup. Préparée. Je milite pour l’Association du droit de mourir dans la dignité.»

Seule en scène
Après La petite fille et la mort, un court-métrage réalisé en 2007, Pascale Rocard s’aventure à nouveau autour du mystérieux territoire de la fin avec Les îles flottantes, son premier spectacle seule en scène. Sous des masques inspirés de la commedia dell’arte, elle incarne plusieurs personnages se pressant autour du lit d’Anna, qui flotte entre deux mondes. L’alanguie va-t-elle rester ici ou partir ailleurs? Entend-elle ses proches? Est-il encore temps de lui dire ce qu’on n’a jamais osé dire? Teinté d’humour, le texte écrit par l’actrice s’inspire d’expériences vécues tout en laissant une large part à la fiction.

«Le théâtre permet la projection, transcendant nos expériences en un champ de tous les possibles. A travers mes îles flottantes, j’aimerais transmettre l’idée qu’il faut parler aux siens avant qu’il ne soit trop tard. Grâce aux masques, on rit tendrement.» (24 heures)

Créé: 06.02.2015, 10h05

Sur scène

«Les îles flottantes», spectacle de et avec Pascal Rocard.
Rolle, Casino Théâtre,
sa 14 et di 15 fév. (17 h). 021 825 12 40.
Payerne, Hameau Z’Arts,
ve 6 et sa 7 mars (20 h 30). 026 662 66 70.
Monthey, Théâtre du Raccot, Malévoz,
ve 20 et sa 21 mars (20 h). 079 960 32 59.
www.pascalerocard.com

Carte d'identité

Née le 29 août 1960 à Paris.

Cinq dates importantes
1966 Mort soudaine de son père.
1973 Voit En attendant Godot de Beckett. Décide de devenir comédienne.
1979 Premier film: La frisée aux lardons, d’Alain Jaspard.
1994 Rencontre son futur mari, le Valaisan Pierre-Antoine Hiroz, réalisateur du téléfilm Le combat des reines. Ils ont deux enfants, Antonin et Justine.
«Une date qu’on ne nomme pas, inconnue, celle de la mort.»

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