La voix de Tyssa s'élève contre les discriminations

PortraitLa chanteuse romande repérée dans «The Voice» incarne le rôle principal de la comédie musicale «Sister Act» chez Barnabé.

Image: Florian Cella

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«À 19 ans, j’ai chanté devant des milliers de personnes dans un stade de foot. J’ai été directement dans le bain, et pas une petite baignoire, une vraie piscine olympique!» La voix chaude de Tyssa se fait rieuse en confiant cette anecdote liée à sa formation vocale au sein de la Fondation Little Dreams de Phil et Orianne Collins, alors installée en Suisse. «Cela s’est passé lors d’un concert de Phil Collins en Allemagne. Nous, les élèves de la fondation, faisions sa première partie. Il nous a présentés avec une grande bienveillance et le public l’a suivi. Ce jour-là, nous avons reçu une énorme vague d’amour et d’énergie.»

Et de l’énergie boostée par la passion, Tyssa sait ce que c’est: elle en regorge dans la vie et sur scène. Depuis le mois de novembre, elle la transmet au café-théâtre Barnabé, où elle porte le rôle tenu par Whoopi Goldberg au cinéma, celui de Dolorès Van Cartier, diva du disco, qui doit se cacher dans un couvent de Philadelphie après avoir été témoin d’un meurtre. Un triomphe à l’échelle romande puisque vingt supplémentaires ont été programmées jusqu’au mois de février. Céline Rey, adjointe de direction au café-théâtre avec le metteur en scène Noam Perakis, chanteuse elle-même et directrice vocale, est ravie de sa «star» locale: «Pour nous, Tyssa est une perle, très à l’écoute des indications qu’on lui fait, même si elle a énormément de tempérament qui parfois déborde. Si elle n’est pas contente, elle le dit franchement; si elle est heureuse, elle le dit aussi. C’est une amie et une collègue extrêmement généreuse. Pour le Nouvel-An, elle a apporté le foie gras pour toute la troupe!»

Montée pour la première fois sur scène à l’âge de 8 ans pour interpréter «J’irai où tu iras» de Céline Dion au Casino de Montbenon à Lausanne, Tyssa a fait montre d’une opiniâtreté qui ne l’a jamais quittée. «J’ai dû attendre jusqu’à 2 heures du matin pour que le groupe engagé pour la soirée d’entreprise de ma mère veuille bien céder la place à la petite fille que j’étais. Mais quand j’ai enfin pu chanter devant tout le monde, je me suis dit que c’était ça que je voulais faire toute ma vie!»

D’origine française par sa mère Yveline et ivoirienne par son père Pierre, l’artiste croque la vie avec fougue tout en faisant montre d’une gentillesse à toute épreuve qu’elle applique au quotidien, selon son compagnon Alex Mayor. «Tyssa possède une aura qui enveloppe les autres de bonheur et d’amour. Elle a chamboulé ma vie.»

Engagée auprès des migrants

Tournée vers les autres, l’artiste veut pouvoir l’affirmer à travers ses chansons. «Je commence à définir ce que sera mon propre univers. Dans la vie, je suis extravertie et joviale, mais mes textes en anglais sont plus sombres. Et mon style musical, un mélange pop-rock avec des influences soul et un son contemporain.» Elle apprécie Aretha Franklin ou Tina Turner, mais aime particulièrement la démarche de Nao, auteure-compositrice-interprète britannique qui a défini son propre beat, le «wonky funk», une musique entre électro et R’n’B. «J’aime comme elle parle des relations amoureuses parfois aussi destructrices que positives, mais j’écris aussi des textes engagés. Je suis en grande empathie avec les migrants. Je ne comprends pas qu’ils soient parfois si mal accueillis. C’est peut-être parce que mon père s’est lui aussi retrouvé dans des situations difficiles à son arrivée en France.»

Inspirée par Angela Davis, passionaria de la cause des femmes noires américaines, ou par Rosa Parks, qui a combattu la ségrégation imposée aux Noirs aux États-Unis en refusant de céder sa place à un Blanc dans un bus, Tyssa n’a jamais vraiment souffert de racisme. Sauf récemment. «Ce qui est fou, c’est que cela a eu lieu dans la famille, comme pour les violences conjugales, un autre de mes combats. Lors d’une réunion, une parente éloignée a refusé de m’embrasser. Ma grand-mère et ma mère étaient extrêmement choquées. Et moi, j’en ai été bouleversée. C’est pour cela que, sans être vraiment militante, je tiens à faire ma part.»

Il y a deux ans, la jeune femme a créé une association pour aider les jeunes migrants par le biais de la musique. «Huitante-six mineurs migrants non accompagnés sont arrivés à Genève en 2018. Ils ne pouvaient pas aller à l’école, n’avaient aucun encadrement et erraient dans les rues toute la journée. Il semble que les choses devraient s’améliorer cette année, mais j’ai eu envie que notre association puisse mettre en relation certains de ces jeunes avec des professionnels de la scène, pour éventuellement créer un spectacle retraçant leurs parcours depuis leur pays d’origine.»

«The Voice», étape importante

Depuis sa participation en prime time à «The Voice», Tyssa n’a cessé de travailler sans être nostalgique de ce moment de gloire. «Parfois, on me reconnait dans la rue, mais sans savoir pourquoi. C’est amusant. C’était une étape importante de ma carrière puisque des professionnels m’ont ensuite contactée. J’ai pu réaliser certains projets comme d’entrer dans le groupe Time Machine, qui reprend les plus grands succès disco, funk et soul des années 70-80. Une étrange coïncidence car je l’avais découvert et adoré quand j’étais dans la fondation de Phil Collins.» Une autre partie de sa vie est essentielle: AddiKs, un autre cover band dans lequel elle chante en trio avec deux anciens élèves, Florent et Miranda, qui l’a créé. Pour cette dernière, Tyssa en impose en tant que professionnelle. «Nous nous connaissons depuis douze ans. Son énergie est bluffante. Elle aime la musique et les gens et cela se voit.»

Créé: 13.01.2020, 09h19

Bio

1986 Naît Anissa Montemouhin, dite Tyssa, le 7 février à Paris.

1993 S’installe en famille à Lausanne.

1999 Monte officiellement sur scène pour la première fois.

2003 Auditionne et entre à la Little Dreams Foundation.

2008 Déménage à Paris et entre au Centre de formation vocale de Richard Cross.

2012 Commence à chanter pour le groupe Time Machine. Auditionne devant près de 9 millions de téléspectateurs dans «The Voice» France. Entre dans la compagnie Broadway.

2019 Incarne ce qu’elle considère comme le plus beau rôle de sa vie dans une comédie musicale: soeur Marie-Clarence, alias Dolorès Van Cartier, dans «Sister Act» sur la scène du café-théâtre de Servion.

Infos pratiques

«Sister Act», café-théâtre Barnabé, Servion.

Suppl. 25 janvier 14h, 30 janvier, 20h45, 8 février 14h.

www.barnabe.ch

Articles en relation

Les nonnes font leur show à Servion

Comédie musicale «Sister Act» se déhanche sur les planches de Barnabé. Une première en Suisse. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 16 janvier 2020
(Image: Bénédicte) Plus...