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Posy Simmonds balance en délicieuse lady indigne

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Sous son look feutré de lady respectable, la Britannique Posy Simmonds laisse dans son sillage des grenades dégoupillées d'humour dévastateur. Après avoir relu Flaubert et incendié l'hypocrisie provinciale dans «Gemma Bovery», maté les mesquineries lubriques d'écrivains en bucolique villégiature dans «Tamara Drewe», la sexy septuagénaire publie les frasques de «Cassandra Darke». Moche et faux-cul, cette galeriste dupe ses clients en leur fourguant des lithos de maîtres numérotées par ses soins. La vieille dame indigne est inspirée d'«Un conte de Noël», de Charles Dickens. Au contraire de l'avare Scrooge, la millionnaire ne l'emportera pas au paradis. Le purgatoire, c'est plus drôle, suggère l'auteur dans un français quasi parfait.

«À 17 ans, j'ai quitté ma pension anglaise pour étudier à Paris. J'en suis revenue changée. Oh, pas exactement comme Juliette Gréco mais avec son esprit d'indépendance et son petit pull noir moulant à col roulé. Là-bas, plongée dans cette ville hallucinante, palpitante, j'avais tutoyé les gendarmes et vouvoyé les chiens, respiré le tabac, l'essence des voitures, le vrai café! Et beaucoup lu, Sartre, Camus, Eluard, en français, un dictionnaire à la main.»

De là, comment devient-on «la mère du roman graphique britannique»?

Ah oui, quelle drôle d'idée! Par hasard. Je me suis toujours sentie hybride. Et inclassable, ce que j'ai compris plus tard d'ailleurs, en 2000, quand «Gemma Bovery» a été édité en livre. À l'origine dans les années 70, il s'agissait d'un feuilleton dans The Guardian. D'où le format bizarre de ces cases étroites, les 100 épisodes, et ces longues notes manuscrites qui compensaient mes frustrations d'écrivain. Dans mon esprit, il s'agissait d'un travail éphémère, «pour emballer les salades le lendemain» ou comme nous disons ici, «pour remplacer la litière du chat».

Était-ce aussi inventer un langage parce qu'aucun ne vous satisfaisait?

Absolument. Au départ, il s'agissait de «saucissonner» un maximum d'histoires dans un minimum d'espace, une question d'économie. Avec l'expérience, j'ai appris à maîtriser ce double langage. L'image convient mieux aux informations de temps, lieu, espace. Surtout, elle m'autorise à matérialiser le silence en séquences sans bulle, et j'adore ces moments de liberté pour l'imaginaire. Par contre, le texte permet la polyphonie narrative, les dialogues incisifs. Il m'évite aussi ces trucs que je déteste dessiner. Les tracteurs dans la nuit par exemple!

Pourquoi partir de livres classiques?

Par flemme, une partie du travail est déjà fait! Pour «Cassandra Darke», la référence à Dickens m'est venue en marchant dans Londres. La fracture sociale entre les quartiers chics et pauvres m'a claqué à la figure, toujours plus béante, criarde. Jusque dans la plupart des supermarchés où désormais, il y a en permanence des cartons où déposer des produits de première nécessité pour les pauvres. Il me semble que notre époque s'assombrit sans cesse. En Grande-Bretagne, nous vivons de surcroît le chaos indécent du Brexit, cette tension entre les pour et les contre, dans la famille, chez les amis. Personne dans ce vote quasi «moitié-moitié», essentiellement vote de protestation, n'avait mesuré les conséquences si gravissimes.

Par bonheur, Cassandra Darke n'y perd pas l'humour, certes très noir.

Ça me semble essentiel, n'est-ce pas? Cassandra, grosse mal fagotée à triple menton, monstre bouffie d'égocentrisme, garde au moins une dimension morale. Cette marchande d'art n'escroque que les clients qu'elle n'aime pas. Ceux qui capitalisent sur l'art sans vraiment l'aimer.

Mais comme la Cassandre antique, personne ne croit en sa bonne foi.

N'exagérons pas! En fait, je voulais ce prénom, beaucoup plus commun en Angleterre, voyez toutes les Sandra. Mais je ne donne pas à la mienne un relifting philosophique à la Dickens. Je lui entrouvre une petite porte vers la rédemption.

Est-il vrai que votre animal préféré entre tous est le taureau?

J'ai grandi à la ferme, mon père élevait des vaches Jersey réputées pour le lait. Et leurs taureaux féroces. J'adorais aller les voir, marcher dans les pâturages. J'y retourne encore, ce sont les mêmes arbres.

Est-ce aussi de lire la revue satirique Punch à 3 ans qui vous rend fonceuse?

Peut-être… Ces vieilles collections avec toujours une bulle sur la couverture. Je ne savais pas lire mais ça m'intriguait ces piles cachées au fond d'un couloir où toute petite, j'allais me faufiler. Ça m'a inspirée ensuite. À 13 ans, pour rigoler avec les filles de l'école, je fabriquais de faux magazines féminins avec des pubs, des pages mode, cuisine, une interview d'Elvis Presley, un courrier des lectrices.