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Un modèle d’urbanismePour avoir conservé son âme, Prangins reçoit le Prix Wakker

Le bourg pris en sandwich entre Nyon et Gland a réussi à renforcer son identité au sein de l’agglomération. Ce qui lui vaut une reconnaissance nationale.

Prangins a pris soin de transformer son centre historique en respectant le patrimoine bâti, comme le château, véritable icône du village.
Prangins a pris soin de transformer son centre historique en respectant le patrimoine bâti, comme le château, véritable icône du village.
Christian Beutler/Keystone

Est-il simplement possible pour une commune de 4120 habitants coincée entre deux villes dynamiques, au sein d’une région à très forte croissance économique et démographique, de garder son âme villageoise plutôt que de se fondre dans l’agglomération qui l’entoure? Est-il pensable que cette localité maîtrise son développement en conservant une qualité architecturale et une harmonie urbaine? Patrimoine suisse répond par la positive en désignant Prangins comme modèle du genre. Le bourg entre Nyon et Gland est le récipiendaire du Prix Wakker 2021. Une distinction qui est la plus importante en Suisse récompensant chaque année les communes se prévalant d’un développement urbanistique de qualité.

Il n’y a pas que le château

«La distinction revient à la commune dans son entier et pas seulement pour des interventions ponctuelles ici et là dans le village, prévient Myriam Perret, cheffe de projet pour Patrimoine suisse. Elle honore aussi la collaboration entre les autorités et la population qui a permis de mettre en valeur les qualités architecturales et paysagères existantes, tout en permettant un développement harmonieux.» Elle a aussi l’avantage de mettre en lumière d’autres belles réalisations que le château baroque, véritable icône de la commune, qui accueille l’antenne romande du Musée national suisse.

Lire aussi: Le revers de la médaille du Prix Wakker

Le défi était de taille pour les autorités depuis plusieurs décennies. Il ne s’est pas fait sans accrocs non plus. Prangins a choisi parfois une politique divergente de ses voisines. «En tant que politique, je me suis souvent posé la question de savoir si nous faisions juste en termes d’urbanisme, admet aujourd’hui le syndic François Bryand. Ce prix nous dit que nous n’avions en tout cas pas tout faux.»

Pour Patrimoine suisse, plusieurs arguments ont imposé le choix de Prangins.

Croissance modérée et sans s’étendre

La zone autour du château offre des espaces de détente agréables.
La zone autour du château offre des espaces de détente agréables.
Christian Beutler/Keystone
Prangins a conservé des zones de verdure sur son territoire, comme les terrains cultivables au nord ou la coulée verte descendant du centre du village jusqu’au lac en longeant le château.
Prangins a conservé des zones de verdure sur son territoire, comme les terrains cultivables au nord ou la coulée verte descendant du centre du village jusqu’au lac en longeant le château.
Christian Beutler/Keystone
La coulée verte le long du château a été aménagée sur les anciens fossés.
La coulée verte le long du château a été aménagée sur les anciens fossés.
Christian Beutler/Keystone
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En septembre 2018, Prangins se retirait du projet de route de desserte urbaine qui devait se construire entre Gland et Eysins, afin de faciliter le transit routier très dense dans ce secteur. Un retrait qui avait suscité l’ire de ses partenaires institutionnels de l’époque, la Ville de Nyon en premier lieu. Aujourd’hui, le Prix Wakker valorise le choix des autorités pranginoises. En abandonnant ce projet, elles tiraient aussi un trait sur un nouveau quartier pour 2000 habitants à construire au nord du village sur des terres agricoles.

L’option de densifier vers le centre plutôt que vers l’extérieur a permis une croissance modérée au sein de la commune tout en préservant les zones agricoles. «Cette action préserve et renforce les valeurs architecturales. Elles créent les bases nécessaires pour concilier une croissance démographique de 30% dans les dix à vingt prochaines années avec la qualité élevée de l’habitat», précise Patrimoine suisse. La densification du village a été réalisée tout en prenant soin de créer des zones de détente comme le vallon des Fossés qui descend le long du château en direction du lac, offrant une réelle qualité de vie aux habitants.

L’animation du centre historique

Le centre du village a été rénové et requalifié ces dernières années. Il est devenu très vivant avec l’installation de plusieurs commerces.
Le centre du village a été rénové et requalifié ces dernières années. Il est devenu très vivant avec l’installation de plusieurs commerces.
Christian Beutler/Keystone
Le temple est un des bâtiments du centre historique à avoir été rénové.
Le temple est un des bâtiments du centre historique à avoir été rénové.
Christian Beutler/Keystone
Il y a un peu plus de 10 ans, l’ambiance était plus triste avec la présence massive de l’ancienne grande salle à côté de l’auberge.
Il y a un peu plus de 10 ans, l’ambiance était plus triste avec la présence massive de l’ancienne grande salle à côté de l’auberge.
Georges Meyrat/Archives
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Le centre du village est un parfait exemple des orientations prises par les autorités depuis une vingtaine d’années. Par plusieurs interventions ciblées, la place centrale, qui offre une belle vue sur le château en léger contrebas, est un modèle de réussite où l’identité du centre historique a été renforcée. Le tout en développant la cohésion sociale. Pour cela, il a été choisi de créer des espaces de rencontre dans les bâtiments avec l’installation de commerces et à l’extérieur en créant une zone conviviale. «Patrimoine suisse a été sensible à la manière dont le village a réussi à se créer sa propre identité», remarque Myriam Perret.

La Maison communale, qui était l’ancienne ferme du château, accueille non seulement l’administration pranginoise mais aussi une épicerie, un tea-room et une garderie. Juste en face, l’ancien four a été transformé en boulangerie. L’auberge a été également rénovée il y a quelques années. Dans le prolongement de cette dernière, la salle communale a été détruite, après qu’un référendum voulant la conserver a été rejeté. À la place, un nouvel espace ouvert a été créé, donnant une vue sur de belles habitations remises à neuf, dont la plus vieille maison de Prangins. «Il est intéressant de relever que le centre historique, à proximité directe du château, n’a pas pris un aspect muséal. Il est au contraire très vivant et offre une quantité de prestations aux habitants étonnante pour une commune de cette taille», relève Myriam Perret.

D’ici à l’été, un projet de réfection de la place du village sera présenté. Il conclura la requalification du lieu avec la volonté d’en faire un secteur piétonnier. «Nous veillons à ce que Prangins ne devienne pas un dortoir, note le syndic François Bryand. Le développement urbanistique est un moyen d’y parvenir.»

Des experts pour aider les politiques

Patrimoine suisse distingue aussi Prangins pour la qualité de ses nouvelles constructions, comme ici l’extension du site scolaire dans un style contemporain.
Patrimoine suisse distingue aussi Prangins pour la qualité de ses nouvelles constructions, comme ici l’extension du site scolaire dans un style contemporain.
Christian Beutler/Keystone
Patrimoine suisse distingue aussi Prangins pour la qualité de ses nouvelles constructions, comme ici l’extension du site scolaire dans un style contemporain.
Patrimoine suisse distingue aussi Prangins pour la qualité de ses nouvelles constructions, comme ici l’extension du site scolaire dans un style contemporain.
Christian Beutler/Keystone
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Le Prix Wakker est un travail d’équipe, reconnaît la Municipalité de Prangins. Celle-ci a compté sur les bases de ses prédécesseurs, mais aussi d’une kyrielle d’experts dans les domaines pratiques et théoriques qui lui ont permis de préciser la nature des possibles dans les différents projets. «L’appel à des spécialistes est rare pour une commune de cette taille, mais elle est primordiale pour réussir une urbanisation de qualité», insiste Myriam Perret.

Prangins a aussi priorisé l’organisation de concours ouverts pour la réalisation de nouvelles constructions, en opposition aux concours sur invitations. «Cela permet d’avoir de meilleurs projets», souligne Myriam Perret. «La procédure est certes plus longue, de six mois à une année, mais nous sommes persuadés d’être gagnant au final», note Dominique-Ella Christin, municipale de l’Urbanisme. L’exemple de l’extension du site scolaire des Morettes avec ses classes et son UAPE est parlant. Le bâtiment en béton présentant de grandes baies vitrées est résolument contemporain mais se fond parfaitement dans l’environnement villageois.

3 commentaires
    Jarablues

    Ne parlons pas de la maison avec la pharmacie et de tout le quartier du curson avec ces immeubles. Le jury ne c’est certainement pas promener là-bas.