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ÉditorialPour que Paléo reste une utopie

Toutes les conséquences de la crise actuelle n’ont pas encore dévoilé leur hideux visage, mais pour 230’000 personnes accro au Paléo, elles auront en juillet une forme très concrète: la plaine de l’Asse déserte, offerte au seul bruit du vent. Une première depuis trente ans que le plus grand festival suisse y prend ses quartiers chaque été.

Pas de Paléo en 2020 mais certainement en 2021. Le conditionnel reste de mise: qui aurait, en mars dernier, parié sur son annulation? L’événement demeure tributaire de nombreux facteurs, dont l’obtention d’une partie conséquente du fonds d’indemnité cantonal n’est pas le moindre. Rare festival alimenté à l’énergie de ses 5000 bénévoles, il supplée depuis 1976 à toute demande de subvention mais rapporte par année plus de 41 millions de francs de retombées économiques sur la région de Nyon, selon une étude parue en 2017. Sans compter les impôts directs. Cette leçon vaut bien un sauvetage, sans doute.

«Les festivals pourraient voir là l’occasion de revenir à leurs fondamentaux et de mettre un frein à la surconsommation trop souvent drapée dans des atours artistiques.»

Au delà des effets strictement économiques, et puisque l’on aura du temps, l’année blanche des festivals musicaux pourrait être l’occasion de réfléchir à leur versant philosophique. Constituer le rendez-vous obligé des étés romands n’est pas une immanence: quelle est leur utilité? Leur fonction? De cet «ancien monde» dont la crise sanitaire est désormais le nom, sont ils une partie du problème ou de la solution? Honoré à juste titre parmi les grands rassemblement européens pour sa gestion environnementale exemplaire et sa fibre sociale, Paléo partage toutefois avec eux la course à la tête d’affiche, une certaine standardisation de la prestation consommée, une surenchère contrainte dans la taille des tournées, des cachets et du spectaculaire. Cette évolution générale se compte au nombre toujours grandissant de semi-remorques sur le parking, comme le constate Daniel Rossellat.

Un retour à la simplicité, à l’essentiel, était l’antienne volontariste d’un monde occidental à l’arrêt. Les festivals, à l’origine lieux d’utopies hippie, désormais espaces de rencontre privilégiés des foules et de leur culture, pourraient voir là l’occasion de revenir à leurs fondamentaux et de mettre un frein à la surconsommation trop souvent drapée dans des atours artistiques. De casser le flux des usines à divertissement anglo-saxonnes. D’encourager plus encore les formats différents, les artistes iconoclastes, réellement à contre courant. De se faire imprévisibles envers leurs publics. Et de rendre le silence de leur absence, cet été, plus assourdissant encore.