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AboMenace de guerre totale
Pourquoi Israël jure de venger les Druzes tués dans le Golan

Obsèques des enfants druzes tués par un tir de roquette sur le plateau du Golan annexé par Israël.
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Entre l’armée israélienne et le Hezbollah libanais, une guerre totale peut-elle encore être évitée? Le pire est à craindre depuis qu’un tir de roquette, samedi, a tué douze garçons et filles âgés de 10 à 16 ans sur un terrain de football de la petite ville de Majdal Shams, au cœur du plateau du Golan conquis par Israël en 1967. L’attaque meurtrière a frappé la communauté des Druzes, une minorité religieuse arabe qui joue un rôle stratégique dans l’État hébreu. Voyez plutôt.

Le Hezbollah paiera «le prix fort», a juré dimanche le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, avant de se rendre ce lundi sur les lieux de l’attaque qui a bouleversé l’opinion publique à travers le pays. Même le ministre d’extrême droite Bezalel Smotrich a tenu à se rendre dimanche aux obsèques des enfants pour exprimer sa solidarité aux Druzes – lui qui pourtant considère les Arabes israéliens comme «une menace existentielle pour l’État»!

Religion à part

Qui sont donc les Druzes et pourquoi occupent-ils une place si particulière en Israël? Cette communauté religieuse énigmatique et ultraminoritaire est essentiellement présente en Syrie et au Liban, mais plus de 100’000 Druzes vivent également dans le nord de l’État hébreu, dans les zones montagneuses à la frontière avec le Liban.

Funérailles druzes suivant l’attaque de samedi sur Majdal Shams.

Les Druzes pratiquent une religion issue de l’islam, mais qui a rejeté les rites tant sunnites que chiites, tout en se laissant influencer par la philosophie grecque, les traditions persanes (mazdéisme et manichéisme) et même le christianisme ou le bouddhisme. Ses fidèles ont été systématiquement persécutés pour avoir cru à la divinité du calife Al-Hakim (985-1021), à la réincarnation des âmes et au salut exclusif des adeptes de cette religion, note Mazen Ezzi, un chercheur syrien installé à Paris.

Culte du secret

Pour survivre, la communauté s’est entièrement refermée sur elle-même. Le prosélytisme y est interdit, de même que les conversions et les mariages interconfessionnels. Par précaution, ses membres ont souvent eu recours à la dissimulation (taqiyya) de leur identité religieuse, se faisant passer pour musulmans.

Ce n’est pas tout. Cette religion est carrément mystérieuse pour 80% de ses croyants. «Afin d’assurer le secret de leur doctrine, les Druzes la confièrent au contrôle d’une classe d’initiés», explique l’anthropologue Isabelle Rivoal, de l’Université Paris Nanterre. La communauté est ainsi divisée entre les «sages» et les «ignorants». Les premiers, issus de parents initiés, ont accès aux «Épîtres de la sagesse», lettres manuscrites réinterprétant les textes coraniques. Sans parler du «Livre des témoignages et des mystères de l’unité», du très éminent imam Hamza.

Loyauté envers l’État hébreu

Au cours des siècles, ses membres se sont efforcés d’éviter les persécutions en affichant une loyauté sans faille envers le pouvoir dominant. Ainsi, en Israël, 80% des hommes druzes ont servi dans les rangs de l’armée, souvent dans les unités d’élites, et nombre d’entre eux comptent parmi les haut gradés. C’est très clairement la plus engagée des minorités non juives. Par contraste, les Arabes musulmans ou chrétiens ne sont même pas admis au sein des forces israéliennes.

Au sein de l’armée israélienne, un soldat arbore sans gêne le drapeau druze.

Mais le gouvernement Netanyahou a beaucoup à se faire pardonner. Les Druzes n’ont pas digéré l’adoption en 2018 d’une loi faisant d’Israël l’État-nation des juifs. Ils n’apprécient guère d’être relégués au rang de citoyens de seconde zone, eux qui n’hésitent pas à verser leur sang pour défendre l’État hébreu.

Le Golan à séduire

La situation sur le Golan est plus complexe encore. Cette région de Syrie a été conquise par Israël en 1967, puis annexée en 1981. À l’exception des États-Unis, la communauté internationale considère qu’il s’agit toujours d’un territoire occupé. Les Druzes, qui représentent la moitié de la population, se sentent Syriens et leur loyauté va au régime de Damas. Les familles, divisées de part et d’autre de la ligne de démarcation, se donnent régulièrement des nouvelles en hurlant à travers la zone démilitarisée.

Cela dit, depuis la guerre civile en Syrie et vu les avantages médicaux offerts aux citoyens israéliens, certains Druzes du Golan commencent à se tourner vers l’État hébreu pour obtenir un passeport, en dépit des remontrances dont ils sont l’objet au sein de leur communauté. Le gouvernement Netanyahou a donc tout intérêt à démontrer qu’il protège les Druzes autant que les juifs sur ces terres contestées dominant le lac de Tibériade.