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L’invitéePourquoi je voterai non à l’initiative «Entreprises responsables»

Isabelle Chevalley s’oppose à l’initiative populaire soumise au vote le 29 novembre.

Je suis régulièrement interpellée pour expliquer comment je peux m’opposer à ce que nos entreprises soient responsables aussi à l’étranger de leurs actes. Bien sûr que je partage cette vision, c’est juste une évidence. Mais lorsque l’on fait de la politique, on doit aller au-delà du titre d’une initiative. Dès le départ, je me suis battue avec mon groupe Vert’libéral au parlement pour un contre-projet à cette initiative. Nous avions certes les mêmes objectifs que les initiants, mais pas le même chemin. Car cette initiative est tout simplement inapplicable.

Après plusieurs années de débat, nous sommes arrivés à un contre-projet qui place la Suisse parmi les plus hauts standards internationaux. Nous sommes au même niveau que la loi vigilance française, la loi la plus contraignante au niveau mondial. Mais celle-ci ne s’applique qu’aux entreprises de plus de 5000 employés au niveau français et 10’000 au niveau mondial. Le contre-projet du parlement s’applique déjà aux entreprises de 500 employés! Nous n’avons pas à rougir de cette loi.

«Est-ce que cette initiative va enlever un seul enfant des champs en Afrique? Non, car elle ne s’attaque pas au cœur du problème: la pauvreté.»

N’oublions pas que nous sommes en pleine période de récession économique au niveau mondial, nos entreprises vivent dans une grande incertitude. Elles n’ont pas besoin de règles supplémentaires uniques au monde et inapplicables. L’acceptation de l’initiative ferait planer une grande incertitude juridique sur plus de 80’000 entreprises suisses.

Mais l’ironie de tout cela, c’est que ce texte ne va rien changer aux problèmes de ce monde. Est-ce que cette initiative va enlever un seul enfant des champs en Afrique par exemple? Non, car elle ne s’attaque pas au cœur du problème: la pauvreté de certains pays. Si un enfant est dans un champ, c’est neuf fois sur dix pour une des raisons suivantes: pas d’école à proximité, plus de place à l’école, ses parents n’ont pas l’argent pour payer les frais scolaires ou l’enfant n’a pas de certificat de naissance.

Construire des écoles

Des entreprises comme Nestlé sont bien conscientes du problème et savent que pour ne plus avoir d’enfants dans les plantations de cacao, il faut résoudre ces problèmes spécifiques. Voilà pourquoi Nestlé construit des écoles, paie les kits scolaires ou fait des certificats de naissance. Rien qu’en Côte d’Ivoire entre 2012 et 2019, l’entreprise a construit 49 écoles. Aucune ONG n’en a construit autant.

Il ne sert à rien de judiciariser le système, il faut travailler avec les entreprises afin de trouver des solutions efficaces. Le contre-projet est une loi déjà votée par le parlement prête à entrer en vigueur dès que l’initiative sera refusée. Cette loi pourra toujours évoluer au fil des besoins avérés.

Je voterai non à une initiative qui rate sa cible.

13 commentaires
    £

    Enfin une écologiste qui fait preuve de bon sens et de pragmatisme. C'est à saluer.