Production fruitièrePourquoi la récolte de cerises s’est effondrée cette année
Alors que les stocks locaux arrivent à épuisement, les arboriculteurs font le constat d’une année maussade, perturbée surtout par la météo du début de printemps.

Le retour progressif du soleil et de la chaleur n’y changera rien, le temps des cerises touche à sa fin en cette première quinzaine d’août. Et, à l’image de la météo de cette deuxième partie d’été, la saison de ce fruit rouge intimement lié à la période de vacances scolaires est maussade. Comme elle l’est du reste aussi pour les pruneaux.
«J’ai cueilli quelque 26 tonnes de cerises. Soit 60% d’une récolte normale. C’est une estimation qui se vérifie en Suisse romande, alors qu’elle est un peu meilleure en Suisse alémanique, aux alentours de 70%», estime Patrick Muller. Pour ce producteur de Cheseaux-Noréaz, dans le Nord vaudois, la saison 2023 qui fait suite à un très bon exercice 2022 est la pire depuis 2017. On s’en souvient, cette année-là, les arbres fruitiers avaient payé un lourd tribut à un violent coup de gel tombé au début du printemps.
«Une demi-récolte»
Consultant technique pour les fruits à noyau et pépins auprès de l’Union fruitière lémanique (UFL), Nicolas Mischler ne se veut pas aussi péremptoire à l’heure de juger la situation actuelle: «Il est difficile de faire une telle généralité. Cela dépend des lieux et des variétés.» Pourtant, c’est un scénario encore plus mauvais qu’il évoque, en parlant de «demi-récolte». «Le potentiel des cantons de Vaud et Genève (40 hectares) est estimé entre 500 et 600 tonnes pour une bonne année. Cet été, on est plutôt autour de 300 tonnes pour l’ensemble de la production: commerce de gros et vente directe.»
Pour autant, Nicolas Mischler n’est pas aussi sévère que l’arboriculteur de Cheseaux-Noréaz. «Bien sûr que les volumes sont beaucoup plus faibles. Mais il faut également garder à l’esprit la qualité du produit. Elle est très bonne, comme c’est souvent le cas quand il y a moins de fruits.» Ainsi, un calibre plus gros de la drupe, une chair plus ferme et un taux de sucre souvent meilleur adoucissent le simple constat de productivité.
«On vit des printemps difficiles depuis dix ou douze ans.»
Pas de surprise néanmoins chez les arboriculteurs qui s’attendaient à ce résultat mitigé depuis un printemps au cours duquel la météo ne leur a pas été favorable. Et ce n’est pas une première, tant s’en faut. «On vit des printemps difficiles depuis environ dix ou douze ans», affirme Patrick Muller.
Dans la bouche d’un producteur fruitier, cela fait écho à une relative douceur hivernale favorisant la floraison précoce des fruitiers, suivie par des coups de froid et, pire, du gel frappant les plantes à un moment clé de leur développement.
Le stade phénologique n’était certes pas très avancé quand est survenu le coup froid. Mais «l’attaque» a eu ceci d’imprévisible qu’elle n’avait pas été annoncée par les météorologues. «Et à cela s’ajoutent des conditions de loin pas optimales au moment de la pollinisation. La pluviométrie était plutôt prononcée, ce qui ne favorise pas le vol des abeilles et autres insectes pollinisateurs», souligne Nicolas Mischler.
Mieux pour la pomme
«Chez moi, toutes les variétés ont été touchées. Mais plus encore les variétés précoces et parmi celles-ci, particulièrement la Burlat», explique l’arboriculteur qui en produit une quinzaine de sortes différentes. C’est cette diversité qui explique que toutes les cerises n’ont pas été concernées au même degré. «Elle permet en outre la diversification du produit, mais également d’échelonner les temps de récoltes – et donc de vente – dans le temps.»
À noter que la météo n’est pas seule responsable de cette année plutôt moyenne en termes de quantités. Dans certaines zones de production, les variétés précoces ont en effet subi les assauts de Drosophila suzukii. L’action de cette espèce invasive de moucherons venue d’Asie est redoutable pour les petits fruits. «Les dégâts causés ont été un peu plus forts qu’à l’accoutumée», reprend le collaborateur de l’UFL.
Pour autant qu’ils en produisent aussi, les arboriculteurs vaudois pourraient compenser avec les pommes dont la récolte 2023 s’annonce pour «très bonne» à en croire Patrick Muller, «normale à bonne», selon Nicolas Mischler.
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