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ÉditorialPourquoi les zadistes ont aussi gagné

Ce mardi 30 mars, la police a évacué la «zone à défendre» du Mormont, mettant un terme à cinq mois d’occupation. Si des cailloux ont été lancés, si des tirs de flash-balls ont fusé, la journée a été placée sous le signe des larmes plutôt que de la violence. Chez certains zadistes dominait un sentiment de défaite, d’impuissance face à la destruction d’un monde (le leur) et de la planète. «Ce sont une nouvelle fois les plus forts qui gagnent», disaient-ils en substance. Vraiment?

Dans les deux camps, occupés à jouer une pièce de théâtre maintes fois présentée mais dont la chute varie suivant les attitudes réciproques, il y avait une volonté de retenue, certainement accrue par le côté hautement émotionnel et la visibilité de ce dossier. Pour une ministre Verte chargée de la Police, il était sans doute hors de question qu’un dérapage ait lieu sur un tel terrain.

Cela n’enlève rien au chagrin et à la rage des zadistes, à la fatigue des policiers, au ras-le-bol des autorités locales, aux craintes des ouvriers de Holcim, à toutes les questions qui restent sur cette occupation et la nécessité d’évacuer, sur la débauche des moyens mobilisés, sur la désobéissance civile, sur l’avenir de cette colline et sur notre attitude face aux dangers qui menacent notre planète.

Reste que, si les orchidées de la Birette mettront sans doute du temps à repousser, notre collectivité et notre humanité ont été préservées. Alors que des commentateurs s’écharpent sur le web autour de cette affaire, ce 30 mars a amené une touche de respect dans la tempête et la souffrance de notre monde.

Cela, c’est aussi aux activistes de la colline que nous le devons. Combien de jeunes squatteurs idéalistes peuvent-ils se targuer d’avoir ouvert les yeux du Conseil d’État sur une problématique capitale, en l’occurrence notre dépendance au béton? D’avoir poussé la police à avancer à pas délicats, à exprimer sa considération, à communiquer largement? Pour les journalistes aussi, cette occupation a été une piqûre de rappel: ce qui ronronne (par exemple une usine), ce qui se présente comme une évidence doit aussi être interrogé, analysé, remis en question.

Puisse le dossier du Mormont et du béton en général, si emblématique de notre époque, continuer à profiter de cet élan. Car le réchauffement climatique, lui, ne peut pas être évacué de nos préoccupations.

8 commentaires
    John carré

    Ils ont rien gagné du tout! Si ce n’est de se faire de plus en plus détester par le citoyen normal qui lui bosse ! Quant on veut s’exprimer, on utilise les voies démocratiques par l’extrémisme détestable et la détérioration de biens publics et privés