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AboPuissance militaire
Première armée d’Europe, la Pologne veut contrer la Russie

Les soldats participent à la répétition finale d’un défilé avant la Journée des forces armées polonaises, à Varsovie, le 11 août 2024. Plus de 2500 soldats, chars, véhicules blindés, avions et hélicoptères participeront au Grand défilé des forces armées polonaises le 15 août.
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C’est fait: la Pologne a désormais la plus grande armée d’Europe. Elle est la troisième force de l’OTAN après les États-Unis et la Turquie, devançant France, Allemagne, Italie et Royaume-Uni. La nouvelle est passée presque inaperçue dans les médias, obnubilés par la guerre à Gaza, la campagne présidentielle aux États-Unis ou encore les turbulences politiques en France. Mais le classement publié cet été par l’Alliance atlantique ne laisse aucun doute. Et ce n’est pas tout: les chiffres de l’OTAN confirment que Varsovie investit comme nul autre dans l’équipement militaire pour devenir au plus vite la principale puissance du Vieux-Continent. Son objectif: tenir en respect la Russie de Vladimir Poutine.

Les chiffres sont parlants. La Pologne dispose de 216’000 militaires, la France en compte 205’700 et l’Allemagne 185’600. En dix ans, les troupes polonaises ont donc plus que doublé. Mais ce n’est qu’un début. Varsovie veut 300’000 combattants d’ici à 2030. Et son budget de défense représente 4,12% de son produit intérieur brut (PIB), soit le taux le plus élevé parmi les 32 États de l’Alliance atlantique – dont neuf membres ne parviennent même pas à respecter le taux minimum de 2%. Là aussi, la Pologne a des objectifs encore plus ambitieux: le ministre des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a annoncé le mois dernier que les dépenses militaires de son pays passeront à 5% du PIB en 2025. 

Course à l’armement

Alors que l’OTAN recommande d’investir plus de 20% des budgets militaires dans l’achat d’équipements, la Pologne dépense, elle, plus de la moitié de son enveloppe pour l’acquisition d’armement et de matériel. «Avec d’importantes commandes de défense en provenance des États-Unis et de la Corée du Sud ainsi que l’expansion de la production nationale, la Pologne est en passe de posséder, selon certaines estimations, davantage de chars que la Grande-Bretagne, la France, l’Italie et l’Allemagne réunies, d’ici à 2030», souligne Bart Szewczyk, professeur adjoint à Sciences Po Paris et chercheur invité au German Marshall Fund à Bruxelles. 

Le premier ministre polonais, Donald Tusk, lors d’une réunion bilatérale avec le premier ministre britannique, Keir Starmer, à l’occasion de la réunion de la Communauté politique européenne, au palais de Blenheim, à Woodstock, dans le sud de l’Angleterre, le 18 juillet 2024.

Le mois dernier, «le Pentagone a confirmé que la Pologne allait acquérir pour 2 milliards de dollars de chasseurs furtifs F-35, de systèmes de missiles Patriot et de chars Abrams supplémentaires», rappelle encore le chercheur.

Retour de l’Empire russe

La transformation rapide de la Pologne en principale puissance militaire d’Europe met d’accord les politiciens de tous bords. Initiée par les nationalistes eurosceptiques du parti Droit et justice de Jaroslaw Kaczynski, elle est promue aujourd’hui par les démocrates europhiles du nouveau premier ministre, Donald Tusk. Et pour cause. «Située sur le flanc oriental de l’OTAN et ayant conservé le souvenir de la vie sous la domination soviétique, la Pologne est bien consciente de la menace que représente la Russie – pour l’ensemble de l’Europe – et met en garde ses alliés depuis des années», relèvent Armida van Rij et Melania Parzonka, chercheuses à la Chatham House de Londres. 

Le président russe, Vladimir Poutine, participe à une réunion avec des membres de délégations étrangères après la principale parade navale marquant la Journée de la marine russe à Saint-Pétersbourg, le 28 juillet 2024.

«Donald Tusk a été très clair sur la nécessité pour l’Europe d’adopter une attitude de préguerre alors qu’elle se prépare à de nouvelles tentatives du Kremlin de rétablir son ancien empire», insiste Bart Szewczyk. Pour le chercheur, la guerre menée par Vladimir Poutine en Ukraine pousse même la Pologne à prendre un rôle de leader au sein de l’Union européenne à un moment critique. En effet, «la montée de l’extrême droite en France et en Allemagne a éviscéré le gouvernement de Paris et affaibli celui de Berlin, paralysant le tandem qui se tenait traditionnellement au centre du processus décisionnel de l’UE». Par conséquent, estime-t-il, «l’Europe est confrontée à un manque de leadership alors qu’elle doit affronter la plus grande guerre et la plus grave crise de sécurité qu’elle ait connues depuis 1945».

Leadership en Europe

La France d’Emmanuel Macron parle fort mais, en termes d’aide à l’Ukraine, elle ne consacre pas une part importante de son PIB, note encore le chercheur. Quant à l’Allemagne d’Olaf Scholz, elle dépense beaucoup pour Kiev, mais se garde bien de provoquer Moscou. «Un troisième modèle de leadership est en train d’émerger en Pologne, où un nouveau gouvernement a combiné une rhétorique forte avec de vastes ressources», souligne Bart Szewczyk, avant de s’interroger: «Autour de qui les autres pays de l’UE se rallieront-ils?»