ÉditorialPrendre la famille par la main
Le Canton peut mieux faire pour accompagner les couples qui se déchirent. Et si le tribunal de la famille était la seule réponse?
Votre séparation se passe mal? Les conflits vous affectent ainsi que toute votre famille? Eh bien, débrouillez-vous! C’est en substance ce que répond l’État à de trop nombreux foyers dans le canton. En Suisse, la sphère familiale est une affaire privée. Le politique n’aime pas y mettre son nez. Paradoxalement, la société a une idée bien précise de ce que doit être une famille et comment elle doit fonctionner. Au point que l’on pourrait se demander si ces nombreuses injonctions ne participeraient pas à engendrer toutes sortes de dysfonctionnements au sein des familles.
L’image dite «traditionnelle», avec des parents biologiques et des enfants qui vivent tous sous le même toit, n’est de loin plus le seul modèle. C’est pour cette raison qu’une étude du Centre LIVES s’est intéressée aux familles séparées et aux prestations qui leur sont destinées en terre vaudoise. Les professionnels (juges, psychologues, médiateurs…) sont vus comme une ressource importante pour aider l’enfant à trouver son équilibre au sein de son nouveau foyer.
«Si les familles dysfonctionnent parfois au moment de la séparation, on dirait bien que l’accompagnement dont elles bénéficient aussi.»
Seulement voilà: si les familles dysfonctionnent parfois au moment de la séparation, on dirait bien que l’accompagnement dont elles bénéficient aussi. Comme le relève l’étude, les professionnels se retrouvent parfois démunis, mal formés ou victimes de leur propre perception pour répondre au mieux aux situations particulièrement conflictuelles. La tâche est certes complexe. Une séparation est un moment hautement émotionnel. Chaque membre de la famille aura son propre prisme, tout comme le professionnel devra juger sur ce qu’il perçoit ou croit percevoir.
Lors de la présentation publique de l’étude le 8 mai dernier, les intervenants semblaient unanimes ou presque sur un outil indispensable à leurs yeux: l’instauration d’un tribunal de la famille avec des juges spécialisés et des professionnels tout aussi formés. Reste que l’Ordre judiciaire a préféré une autre voie et l’a voulue médiane: en plus du consensus parental, des chambres spécialisées dans chaque justice de paix et des formations sont prévues pour les situations de maltraitance. Attendons de voir le bilan de ce projet pilote qui a commencé en janvier. En espérant toutefois ne pas trop attendre pour corriger le tir en cas de manquements. Car, comme le mentionne la coauteure de l’étude, «le temps de l’adulte n’est pas celui de l’enfant».
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