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Portraits de la jeunessePrises de têtes juvéniles

À Vevey, l’ex-journaliste Jean-Claude Péclet montre «Bobines neuves», exposition de photographies argentiques qui éclaire les figures de la nouvelle génération. Interview.

Un manifestant de la cause climatique à Berne.
Un manifestant de la cause climatique à Berne.
JEAN-CLAUDE PECLET

Assumant très bien son âge - 70 ans - mais peut-être encore mieux celui de son appareil photo - 81 ans -, le retraité de la presse Jean-Claude Péclet se met au service de la jeunesse le temps d’une exposition consacrée aux visages de celle-ci. Le Musée de l’appareil photographique de Vevey présente «Bobines neuves» depuis février, mais elle a été éprouvée par la pandémie, qui l’a fermée pendant deux mois. Ce féru d’images qui se souvient encore de son premier cliché - «deux gendarmes sur une carriole à chevaux pendant une course d’école à Avenches à l’âge de 12 ans» - profite désormais de son temps libre pour s’adonner à sa passion, mais aussi des avantages que lui confère son fidèle Rolleiflex, appareil que l’on ne brandit pas à la face de l’autre mais sur lequel on se baisse humblement pour plonger son regard dans son viseur. «À l’époque du droit à l’image, où certaines personnes se sentent agressées quand on cherche à les photographier, il provoque la sympathie.» L’ancien rédacteur en chef de «L’Hebdo» a rencontré celle de la jeunesse, un peu par hasard, un peu par réflexe journaliste.

Quel a été le déclencheur de cette expo?

Je devais me rendre à Genève et j’étais à la gare de Lausanne quand j’ai vu débarquer une foule de jeunes. Interloqué, mais aussi poussé par un réflexe journalistique, je les ai suivis dans un Petit-Chêne qui se remplissait. Il s’agissait de la première Grève du climat. L’atmosphère était particulière, politique, mais surtout joyeuse. J’ai commencé à réaliser des portraits et mon vieux Rolleiflex m’a beaucoup facilité la tâche, autant en raison du goût du vintage qu’ont les jeunes aujourd’hui que pour l’approche qu’il permet. Comme le dit Raymond Depardon: «Le meilleur appareil photo est celui que vous avez envie de prendre avec vous.»

Vous avez été embarqué, en somme?

Oui, mais je vivais aussi une madeleine de Proust, cela me rappelait le temps de ma jeunesse où j’effectuais aussi des remplacements au centre photo et où il m’arrivait de couvrir des sujets un peu dédaignés par les photographes, comme les matches de deuxième ligue ou l’inauguration du terrain de tir à l’arc de Vidy. J’ai toujours aimé avoir un prétexte pour être une mouche à quelque part. Le photographe se fait vite oublier et je retrouvais un peu de l’âge de l’innocence de la photo, moi qui ai toujours apprécié l’esprit humaniste de Magnum.

Christian Théo Baptiste, un skater rencontré à Vevey.
Christian Théo Baptiste, un skater rencontré à Vevey.
JEAN-CLAUDE PECLET

Qu’avez-vous fait de ces images?

Je n’avais que trois bobines et j’ai décidé de les développer tout de suite pour pouvoir poster 15 images sur mon compte Facebook le soir même. La manifestation avait lieu un vendredi et la rédaction du «Matin Dimanche» les a repérées et les a fait paraître sur une page entière. C’est comme ça que Luc (ndlr: Debraine, directeur du Musée de l’appareil photo à Vevey) les a vues et m’a contacté.

Pour l’expo, vous avez réuni d’autres séries, mais toujours focalisées sur la jeunesse…

Oui, j’y ai ajouté des images d’un giron des Jeunesses campagnardes à Sévery, qui ne se cantonne pas à de la saoulographie mais témoigne aussi d’un bel engagement. Par mon fils cadet, passionné de jeux vidéo, je me suis intéressé à des «gamers», qui ne se résument pas à des drogués affalés au milieu de pizzas froides. Avant l’expo, je me suis finalement accrédité aux Jeux olympiques de la jeunesse, mais ce fut l’expérience la plus compliquée avec le plus de barrières à lever – tout est prévu pour les photographes officiels de la manifestation, pas pour les autres… Partout, j’ai trouvé ce qu’expriment les jeunes de la Grève du climat: la génération montante et ses nombreux centres d’intérêt ne se laissent pas réduire à une passivité apathique. Cela m’a poussé à réaliser d’autres portraits individuels comme celui de l’aventurière «fauchée» Sarah Gysler ou la Messagère boiteuse de la Fête des Vignerons, Sofia Gonzalez.

Qu’ont appris ces jeunes à l’ancien journaliste que vous êtes?

Ils n’enfourchaient pas des discours formatés pour se vendre. Quand on est journaliste, on a l’habitude de devoir décrypter des gens sur la défensive qui ne disent pas tout – ce n’est pas pour rien qu’il y a plus de communicants au Palais fédéral que de journalistes! Les jeunes que j’ai rencontrés faisaient plaisir à voir, qu’ils se battent pour une cause ou pour un sport, ils dégageaient tous beaucoup d’énergie, prenaient le temps de discuter, de mettre l’intérêt humain au centre.

Vevey, Musée suisse de l’appareil photo
Jusqu’au 23 août
www.cameramuseum.ch

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