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Action chez Credit SuissePrivés de procès, les climatologues veulent tout de même s’exprimer

La défense des militants du climat voulait faire témoigner des experts. La Cour a refusé. Les climatologues ont donc accepté de prendre la plume.

Avec l’augmentation des températures, les sécheresses et l’élévation du niveau des mers, la fonte des glaciers (ici celui d’Aletsch) est l’une des conséquences déjà visibles des changements climatiques.
Avec l’augmentation des températures, les sécheresses et l’élévation du niveau des mers, la fonte des glaciers (ici celui d’Aletsch) est l’une des conséquences déjà visibles des changements climatiques.
Keystone

En janvier, le procès des militants du climat jugés pour une partie de tennis sauvage dans les locaux lausannois de Credit Suisse, pour dénoncer ses investissements dans les énergies fossiles, s’était à peine penché sur les faits. Grâce à l’exposé d’une témoin de la défense, Sonia Seneviratne, climatologue de l’EPFZ et auteure principale pour la Suisse du rapport du GIEC, l’urgence climatique avait totalement éclipsé les infractions des activistes (la violation de domicile et l’infraction du règlement de police de Lausanne). «L’ampleur et la précision de l’audition de l’experte ont emporté la conviction du tribunal», indiquait le juge unique Philippe Colelough, lorsqu’il acquittait les activistes dans un verdict qualifié d’historique.

Pour le procès en appel, prévu ce mardi, la défense rêvait de placer une nouvelle fois l’urgence climatique au centre des débats. Pour y parvenir, les avocats des militants avaient demandé l’audition de deux témoins: Thomas Stocker, professeur de climatologie à l’Université de Berne et membre du GIEC, et Lucie Pinson, directrice de l’ONG Reclaim Finance, active dans la finance durable.

Peine perdue, la défense devra s’en passer. Le tribunal n’est pas entré en matière. «Au motif que la Cour d'appel n’avait pas à procéder à de nouvelles mesures d’instruction», confirme Me Raphaël Mahaim, avocat de l’un des douze activistes.

Stratégie assumée

Pour autant, les avocats de la défense ne désarment pas. Il y a quelques jours, pour maintenir les projecteurs sur la problématique environnementale, ils ont adressé une liste de questions à une vingtaine de climatologues suisses, dont Thomas Stocker et Martine Rebetez, de l’Université de Neuchâtel. Et étrangers, Corinne Le Quéré, professeure de recherche de la Société royale à l’University of East Anglia, Angleterre, et Jean Jouzel, expert français du réchauffement climatique, en tête.

Avec un objectif clair et assumé: tout faire pour se faire entendre. Quitte à déplacer le débat, le faisant passer du terrain judiciaire à médiatique. Il en ressort un document qui tient en une quinzaine de pages. En creux, la démarche s’explique par la stratégie de la défense, pour qui l’imminence du danger est telle que l’on peut enfreindre la loi.

«Le réchauffement en Suisse est de l’ordre de deux fois plus élevé qu’en moyenne globale»

Les climatologues interrogés par la défense

La Suisse pointée du doigt

Rappelant d’emblée que «les effets du changement climatique peuvent être mesurés et ressentis dans le monde entier», les scientifiques interrogés précisent assez vite que notre pays n’est pas épargné. Tant s’en faut. «Le réchauffement en Suisse est de l’ordre de deux fois plus élevé qu’en moyenne globale (+2 °C par rapport à +1 °C à l’échelle globale)», assènent les climatologues, soulignant les dégâts d’un tel réchauffement: augmentation des températures extrêmes, davantage de précipitations intenses et de sécheresses et extinction de certaines espèces végétales et animales.

S’ils ne font pas l’impasse sur la dimension planétaire de la menace, les climatologues soulignent souvent le cas de la Suisse. Notre pays, qui a ratifié l’Accord de Paris mais dont la révision de la loi sur le CO₂ s’enlise au parlement, est taxé de mauvais élève. «La Suisse est très en retard dans la mise en œuvre de législation pour la réduction des émissions de CO₂ et autres gaz à effet de serre. […] La Suisse n’a donc en ce moment aucune législation visant à la neutralité CO₂ à des échéances compatibles avec une stabilisation du réchauffement climatique à 1,5 °C, et ce malgré les presque cinq ans écoulés depuis l’approbation de l’Accord de Paris.»

Climatologues inquiets

La partie de tennis sauvage qui doit aux militants d’être rejugés ce mardi, après un acquittement coup de théâtre en janvier dernier.
La partie de tennis sauvage qui doit aux militants d’être rejugés ce mardi, après un acquittement coup de théâtre en janvier dernier.
Lausanne Action Climat

En novembre 2018, l’occupation pacifique des locaux de Credit Suisse par les douze militants de Lausanne Action Climat (photo) visait à dénoncer les investissements de la banque dans les énergies fossiles. «Les activités humaines (utilisation des énergies fossiles et des terres) sont responsable de près de la totalité du réchauffement climatique planétaire observé jusqu’à présent (1,1 °C). Les variabilités naturelles ne peuvent pas expliquer le réchauffement observé au cours du siècle dernier», indiquent à ce titre les climatologues, dont la conclusion est sans appel: « Nous sommes très inquiets, en particulier au vu des impacts déjà observés d’un réchauffement qui avait été anticipé depuis plusieurs décennies. […] Notre inquiétude est renforcée par le décalage entre les engagements pris dans cet accord et la capacité et volonté à les mettre réellement en œuvre.»

18 commentaires
    ancien libéral

    par rapport à ce que disait une élue verte au TJ, il me semble que les femmes pour le droit de vote et les objecteurs de conscience ont toujours agi dans le cadre de la légalité, sur la Place fédérale aujourd'hui ce n'est pas le même combat, on occupe des lieux publics, on empêche les transports publics de fonctionner.