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AboProcès à Zurich
Un psy a couché avec une patiente instable pendant des années

Le psychologue de 67 ans était accusé d’avoir profité de la situation de détresse de sa patiente.
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C’est durant la période la plus sombre de sa vie qu’Anja Kunz (nom d’emprunt) s’est rendue pour la première fois dans un centre thérapeutique situé dans le district de Meilen (ZH), en 2012. Le centre, fermé depuis, devait lui offrir un soutien et une structure de jour. En effet, alors âgée de 20 ans, elle vivait très isolée en raison de problèmes familiaux et souffrait de fortes crises de panique, comme elle l’a récemment raconté à la juge du Tribunal de district de Meilen. «J’étais psychiquement à bout.»

Sa psychologue lui avait donc conseillé de participer à l’une des thérapies de groupe de cet établissement. Aujourd’hui, Anja Kunz souhaiterait sans doute ne jamais avoir suivi cette recommandation. Mais elle ne pouvait pas imaginer, à l’époque, à quel point cette décision allait peser sur sa vie future.

Le «cercle intérieur»

Sa thérapie, si on peut l’appeler ainsi, avait pourtant commencé de manière plutôt anodine. «On faisait les courses ensemble, on mangeait et on parlait de nos problèmes», a expliqué la femme, désormais âgée de 32 ans, à la Cour. Tout le monde était gentil. Le centre et les différentes activités étaient dirigés par sa thérapeute et son mari, également psychologue de formation, a précisé la trentenaire.

La relation avec le couple dirigeant se serait rapidement renforcée. Selon Anja Kunz, il y avait dans l’établissement une sorte de «cercle intérieur», dont elle a rapidement pu faire partie. Il s’agissait de patients auxquels on confiait davantage de responsabilités, a raconté Anja Kunz lors de l’audience. «Nous devions par exemple mener les entretiens lors des tables rondes où aucun thérapeute n’était présent.»

Mais peu à peu, thérapie et vie privée se sont chevauchées. Le couple de responsables l’aurait encouragée à réduire les contacts avec sa famille. Elle a également été invitée chez eux et y a même souvent passé la nuit, a expliqué Anja Kunz à la Cour. «Je les considérais comme des parents de substitution.»

Une excursion en Italie

Six mois plus tard, c’est arrivé pour la première fois. Lors d’une excursion en Italie, le mari de sa psychologue s’est approché d’elle. «Il m’avait déjà fait beaucoup de compliments», se souvient Anja Kunz. Pas sur son apparence, mais sur son caractère et à quel point c’était génial de passer du temps avec elle.

Le soir même, ils ont eu un rapport sexuel. C’était sa première expérience sexuelle, raconte-t-elle doucement. Surprise et dépassée par la situation, elle a «simplement laissé faire» l’homme. L’accusé ne veut pas raconter au tribunal comment les choses se sont déroulées de son point de vue. Sur les conseils de son avocate, l’homme, aujourd’hui âgé de 67 ans, aux cheveux gris coiffés en arrière, refuse de témoigner.

La femme de ce dernier avait fini par remarquer l’infidélité de son mari. «Elle était horrifiée et en colère», a expliqué Anja Kunz. Mais l’incident n’a pas eu de conséquences à long terme. Seulement, quelques mois plus tard, cela s’est reproduit. Des centaines de fois ont suivi.

Anciens membres d’une «psychosecte»

Une décennie plus tard, les deux (ndlr: le psychologue et sa patiente) se sont retrouvés dans la salle d’audience du Tribunal de Meilen. Anja Kunz accuse son ancien thérapeute d’avoir profité à plusieurs reprises de sa situation de détresse: «Aujourd’hui encore, j’ai du mal à accepter que je me suis laissée entraîner dans une telle aventure», dit-elle au bord des larmes. Dans son état d’esprit de l’époque, elle a été réceptive et a reflété le comportement de l’accusé.

Anja Kunz sait aujourd’hui que ce qu’elle a vécu à l’époque est très éloigné d’une thérapie classique. Elle est aujourd’hui elle-même psychologue de formation et dirige son propre cabinet. «La situation devenait de plus en plus idéologique», se souvient-elle. À l’époque, l’accent était mis sur la «force de la communauté». Les autres formes de psychothérapie étaient considérées comme mauvaises.

Comme le montrent nos recherches, l’établissement, aujourd’hui fermé, s’est fait remarquer à plusieurs reprises pour ses méthodes douteuses. Il y a près d’une décennie, le centre pour les questions relatives aux sectes Infosekta avait publié un rapport sur l’établissement. Il s’agissait d’un rapport d’enquête, car plus d’une dizaine d’anciens patients, de collaborateurs et de proches se sont manifestés.

Le rapport parle d’une «dynamique problématique, caractérisée par l’appropriation, le contrôle, l’intimidation et un comportement envahissant». Le sigle «VPM» est mentionné à plusieurs reprises. Il s’agit de l’association controversée pour la promotion de la connaissance psychologique de l’être humain.

Dissoute en 2002, cette association a surtout fait parler d’elle dans les années 90. Elle s’est fait remarquer pour ses positions ultraconservatrices mêlées à des théories du complot, et a été critiquée par des experts comme étant une «psychosecte». Selon le rapport d’Infosekta et d’autres sources, l’accusé et sa femme de l’époque ont tous deux été des membres actifs de cette association à l’époque.

«Véritable relation amoureuse»?

Du point de vue de la défense, la «thématique de la secte» n’a cependant aucune pertinence sur le plan pénal. La question centrale est plutôt de savoir s’il existait effectivement un rapport de dépendance. Comme l’a souligné l’avocate dans sa plaidoirie, cela n’est pas évident dans le cas présent, entre autres parce qu’Anja Kunz n’a eu officiellement que des thérapies de groupe et pas de séances individuelles avec l’accusé.

L’avocate de la défense a également lu de nombreux messages et courriels qu’Anja Kunz avait envoyés à l’accusé. Celle-ci y décrivait son amour pour cet homme nettement plus âgé qu’elle et à quel point elle se sentait «en sécurité» auprès de lui. Même des années plus tard, elle lui a encore envoyé des messages amicaux et lui a demandé conseil. «Mon client pensait qu’il s’agissait d’une véritable relation amoureuse», a-t-elle souligné. Une telle relation est bien sûr réprouvée, mais pas punissable. Elle a donc plaidé pour l’acquittement du psychologue.

Peine d’emprisonnement avec sursis et interdiction d’exercer une activité

Le tribunal n’était pas de cet avis: «Les thérapies de groupe faisaient partie d’une psychothérapie globale», a expliqué la juge lors du prononcé du jugement. Son état instable et les «structures sectaires» ont rendu l’éloignement de l’établissement presque impossible pour la jeune femme. «Cela aurait signifié la perte de tout contexte social.»

De plus, a souligné la juge, les avances faites au début de la relation avaient été clairement initiées par l’accusé. En tant que thérapeute, il aurait dû interrompre la thérapie dès qu’il s'est rendu compte qu’il s’était trop rapproché de sa patiente. «Mais, bien que la relation ait été révélée à plusieurs reprises, cela ne s’est pas produit.»

Le Tribunal de district de Meilen a donc condamné le prévenu à une peine de prison avec sursis de 16 mois et à une interdiction d’exercer une activité pendant cinq ans. Il devra par ailleurs verser à son ancienne patiente une indemnité pour tort moral de 15'000 francs. Le jugement n’est toutefois pas encore définitif et peut faire l’objet d’un recours dans les trente jours.

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