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FranceUn prof ayant montré des caricatures de Mahomet meurt décapité

Un enseignant s’est fait couper la tête vendredi en banlieue parisienne. Il avait montré les caricatures de Mahomet à ses élèves. L’agresseur a été tué par la police et son acte a été qualifié d’attentat terroriste.

L’attaque s’est produite vendredi en fin de journée, à Conflans-Sainte-Honorine vendredi, dans le département des Yvelines.
L’attaque s’est produite vendredi en fin de journée, à Conflans-Sainte-Honorine vendredi, dans le département des Yvelines.
AFP

Un enseignant français qui avait montré des caricatures de Mahomet à ses élèves a été décapité vendredi près de Paris, et son assaillant a été tué par la police, un «attentat terroriste islamiste caractérisé» selon le président Emmanuel Macron, qui s’est rendu sur place. Quatre personnes, dont un mineur, ont été placées en garde à vue, selon une source judiciaire. Ces personnes sont issues de l’entourage familial de l’assaillant.

Cette attaque d’une violence inouïe intervient trois semaines après une attaque près des anciens locaux du journal satirique Charlie Hebdo, cible des djihadistes depuis leur publication des caricatures de Mahomet.

Le professeur d’histoire a été tué sur la voie publique non loin de son collège du Bois d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine, en région parisienne. Il avait montré récemment à ses élèves des dessins faisant la satire de Mahomet lors d’un cours sur la liberté d’expression, selon une source policière.

Macron sur place

Le parquet national antiterroriste (Pnat) a annoncé à l’AFP s’être aussitôt saisi de l’enquête, ouverte pour «assassinat en relation avec une entreprise terroriste» et «association de malfaiteurs terroriste criminelle». Le procureur national antiterroriste, Jean-François Ricard tiendra une conférence de presse samedi après-midi.

Le président Emmanuel Macron s’est rendu dans la soirée sur les lieux de l’attaque. Après avoir rencontré le personnel du collège, Emmanuel Macron a appelé «la nation tout entière» à s’unir aux côtés des enseignants pour «les protéger et les défendre». «Toutes et tous nous feront bloc. Ils ne passeront pas. L’obscurantisme et la violence qui l’accompagne ne gagneront pas», a-t-il dit, visiblement ému.

L’agresseur a crié «Allah Akbar» avant d’être abattu par les forces de l’ordre. Les enquêteurs s’intéressent à un message posté sur Twitter par un compte désormais fermé et qui montre notamment une photo de la tête de la victime. Ils cherchent à savoir si elle a été postée par l’agresseur ou une autre personne. Sous cette photo, un message menace Emmanuel Macron, «le dirigeant des infidèles», et son auteur assure vouloir venger celui «qui a osé rabaisser Muhammad» (nom du prophète Mahomet en anglais).

Selon une source judiciaire, une pièce d’identité a été retrouvée sur l’assaillant. Il s’agit d’un homme d’origine tchétchène de 18 ans né en 2002 à Moscou. Mais les enquêteurs attendent une identification formelle.

Incompréhension

Les policiers de la brigade anticriminalité de Conflans-Sainte-Honorine, à environ 50 km au nord-ouest de Paris, ont été appelés vers 17 h 00 pour un individu suspect, rôdant autour d’un établissement scolaire, selon la police. Sur place, les policiers ont découvert la victime, et à 200 mètres de là, sur la commune d’Eragny, ils ont tenté d’interpeller un homme qui les menaçait avec une arme blanche et ont fait feu, le blessant grièvement, avant qu’il ne succombe à ses blessures.

La police sur les lieux.
La police sur les lieux.
AFP

L’incompréhension dominait vendredi chez les riverains rencontrés par l’AFP dans ce quartier pavillonnaire, qu’ils décrivent comme calme et sans histoire. «Il ne passe jamais rien ici», lance, interloqué, Mohand Amara, un habitant de 45 ans sorti, comme d’habitude, promener son chien, le long de l’enceinte du collège.

Rodrigo Arenas, coprésident de la FCPE, la première association de parents d’élèves, dit avoir reçu un signalement il y a une semaine qui faisait état «d’un père extrêmement énervé» après la publication en classe d’une caricature de Mahomet. Auparavant, l’enseignant aurait, selon Rodrigo Arenas, «invité les élèves musulmans à sortir de la classe» avant de montrer une caricature du prophète accroupi avec une étoile dessinée sur ses fesses et l’inscription «une étoile est née». Selon le père d’un élève qui se trouvait dans cette classe de 4e et qui a compris la volonté du professeur de ne pas choquer certains enfants, la séquence a suscité une vive polémique auprès d’autres parents.

«Saluer la mémoire»

L’attentat a soulevé une vague d’indignation dans la classe politique. À l’Assemblée nationale, les députés se sont levés pour «saluer la mémoire» du professeur et dénoncer un «abominable attentat».

Cette attaque est survenue trois semaines jour pour jour après l’attentat au hachoir perpétré par un jeune Pakistanais de 25 ans devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, qui a fait deux blessés graves. L’auteur de cet attentat islamiste a déclaré aux enquêteurs avoir agi en réaction à la republication par Charlie Hebdo début septembre des caricatures de Mahomet, qui avaient fait de l’hebdomadaire satirique une cible des djihadistes.

Charlie Hebdo a de nouveau publié ces caricatures le 1er septembre à l’ouverture du procès des attentats de Paris en janvier 2015, qui se tient jusqu’au 10 novembre. Au total 12 personnes dont des journalistes et caricaturistes de l’hebdomadaire avaient été tués le 7 janvier 2015 dans l’attaque du journal.

Charlie Hebdo réagit

En réaction à la republication de ces dessins, des milliers de manifestants avaient protesté dans plusieurs villes du Pakistan contre Charlie Hebdo et la France. L’organisation Al Qaïda avait également menacé d’attaquer de nouveau la rédaction de l’hebdomadaire satirique.

L’hebdomadaire a exprimé sur Twitter «son sentiment d’horreur et de révolte après qu’un enseignant dans l’exercice de son métier a été assassiné par un fanatique religieux».

Depuis la vague d’attentats djihadistes sans précédent amorcée en 2015 en France et qui a fait 258 morts, plusieurs ont été perpétrés à l’arme blanche, notamment à la préfecture de police de Paris en octobre 2019 ou à Romans-sur-Isère (centre-est) en avril.

afp/nxp