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Hippie pop hourra Promesses d’amour dans le ciel romand

Nouveau gang veveysan semi-hirsute trempant ses guitares dans l’acide des eighties, Swear I Love You publie un premier disque aux tons chauds et à l’extase délicate.

Déjà connu pour son travail de photographe en noir et blanc, Mehdi Benkler met le double de couleurs dans ses oeuvres de guitariste. On l’imagine bien tenir le sitar sur les enregistrements solos de George Harrison, le plus hippie des Beatles, et y pianoter sans complexe les mêmes escaliers de notes acides dont il charpente le premier disque de Swear I Love You. Le résident de Saint-Saphorin et ses camarades ont trouvé dans l’azote de ces sept chansons pop un parfait terrain de jeu et un remède utile à la grisaille ambiante, élégamment équipés d’instruments d’époque et fort bien inspirés par les centaines de vinyles et de concerts qu’ils ingurgitent depuis des années.

Car on ne tombe pas par hasard, la trentaine passée, dans le chaudron cabossé des musiques vintage – quoique le terme «vintage» est devenu très relatif. Chez Swear I Love You, il fut décidé qu’il se rapportera aux années 1980, bien que les structures en spirale hypnotiques, les textures carillonnantes et les langueurs planantes de leur musique projettent les Veveysans dans les années 60, du côté de Love, Pink Floyd et autres électriques bretteurs psychédéliques. «Pourtant, on a le fantasme des eighties, confesse Benkler (né en 1987), pour les nombreux ponts entre les styles et la qualité radiophonique de leurs chansons, efficaces dans leur formule «couplet-refrain» que nous avons essayé d’apprivoiser après avoir longtemps joué dans des groupes qui aimaient les trucs sombres et tordus (ndlr: Forks, notamment). J’adore les artistes capables d’avoir à la fois un pied dans le très expérimental et l’autre dans le grand public, à la façon de Robert Wyatt.»

Ils n’en ont pas l’air mais promis, ils vous aiment! Swear I Love You le dit mieux avec les carillons de guitares fleuries de son premier album. Mehdi Benkler (debout, air fatigué) s’en charge.
Ils n’en ont pas l’air mais promis, ils vous aiment! Swear I Love You le dit mieux avec les carillons de guitares fleuries de son premier album. Mehdi Benkler (debout, air fatigué) s’en charge.

Dont acte. Porté par la voix polymorphe de Pacifique Vuillemin, le quintette brode une pop d’écoute confortable, sur des tempos carrés et lestes qui, parfois, se lovent dans des zones plus obscures à la manière d’un jeune Cure ou The Fall. Les références se font parfois tirer l’oreille: le pimpant single, «Under the Pines», ne laissera pas insensible les gardiens de «That’s Entertainement» des Jam. «On le sait, en général on appelle nos chansons en construction du nom du groupe auquel elles ressemblent», désamorce Mehdi Benkler. Qu’importe: le versant pop de l’ensemble a séduit les radios, le côté tourmenté a convaincu les aficionados pointus. Ainsi de l’Américain Anton Newcombe, stakhanoviste longtemps ingérable des Brian Jonestown Massacre qui joue de la guitare sur un titre.

Libres

Par cette ambiguïté décomplexée, Swear I Love You s’inscrit presque idéalement dans la tradition garage, nourrie de ces groupes qui colorièrent et raturèrent les marges de la pop par leur enthousiasme à ressembler aux formations cultes ou vedettes. Un éclectisme stylistique et temporel bienheureux avec pour seul risque, à trop brouiller les codes, de tomber dans la case honnie du hipster, qui embrasse moins une musique pour les émotions qu’elle procure que pour l’image qu’elle représente. «Aujourd’hui, même les scènes dites alternatives sont absolument conformistes, s’amuse Mehdi Benkler. Il faut s’habiller juste, penser juste, etc. Paradoxalement, sous prétexte de liberté, l’alternatif est devenu très uniforme et sectaire.»

En attendant le retour des beaux jours – les gazouillis des oiseaux autant que la possibilité de faire du bruit sur une scène devant un public si possible non masqué et non quadrillé par des barrières métalliques – le quintette peaufine la distribution de son album, en ligne dès le 12 février, chez les disquaires la semaine suivante (méthode «pick and collect» ou le bon vieil envoi postal). Digital et analogique, tout est bon à prendre pour créer sa petite économie et porter loin les pulsations enamourées de Swear I Love You.

Swear I Love YOu

2 commentaires
    Jacques Gaillard

    Comme dirait PFC, "boomer oui, vieux silure non!" Avec Sonnentanz de Klangkarussell, voilà qui nous ramène effectivement très agréablement quelques décennies en arrière.