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AboPutschs à répétition
La France face au fantôme de la Françafrique

Le président Macron en juin 2023 avec le président gabonais Ali Bongo. La France l’aura soutenu jusqu’au putsch qui l’a renversé.
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C’est une séquence inquiétante pour la France: en à peine plus de deux ans, six pays d’Afrique francophone ont connu un coup d’État, et la liste n’est probablement pas finie. Cela a commencé au Mali en mai 2021, puis en Guinée, au Burkina Faso et tout récemment, fin juillet, au Niger. Dans ces quatre pays du Sahel, c’est l’incapacité de la France à faire reculer le djihadisme, malgré une présence armée importante, qui a tout déclenché. À chaque fois, Paris a été pris au dépourvu. Partout, le sentiment anti-français est agité par les putschistes. Ce jeudi, les militaires au Niger ont confirmé sans concession leur volonté d’«expulser» l’ambassadeur de France.

«C’est une débandade. Jadis, les coups d’État étaient faits de concert avec la France, parfois même avec sa complicité.»

Jean-François Bayart, professeur à l’IHEID

Lundi, Emmanuel Macron déplorait «une épidémie de coups d’État» devant la conférence de ses ambassadeurs. Mais il ignorait que le lendemain déjà, un nouveau putsch militaire éclaterait au Gabon, mettant fin à la dynastie des Bongo, que la France soutenait depuis cinquante-six ans. «C’est une débandade. Jadis, les coups d’État étaient faits de concert avec la France, parfois même avec sa complicité, et ne passaient pas pour des affronts à notre pays. Maintenant, c’est différent», constate avec un brin d’ironie Jean-François Bayart, professeur à l’IHEID, à Genève, et spécialiste de l’Afrique subsaharienne.

Beaux discours

Certes, le coup d’État au Gabon ne semble pas dirigé contre la France, c’est plutôt une révolution de palais qui ne devrait pas remettre en cause la présence d’une base militaire française et les intérêts du pays dans le pétrole (TotalEnergies) et l’extraction de manganèse (Eramet). Mais l’épisode vient rappeler une fois de plus le fantôme de la Françafrique, cette tradition de liens étroits entretenus par Paris avec les dirigeants qui lui sont favorables et qu’elle soutient systématiquement, en dépit des beaux discours sur la démocratie.

«Emmanuel Macron, au cours de son premier mandat, n’avait qu’une idée: passer le passé de la Françafrique à l’ardoise magique. […] En fait, il est toujours rattrapé par la realpolitik africaine. On ne gomme pas une présence française sur une période aussi longue», souligne Antoine Glaser, journaliste et auteur du livre «Le piège africain de Macron».

«On est trop proches des pouvoirs, et pas assez de la jeunesse ou des sociétés civiles.»

Pascal Boniface, politologue

Le soutien de Paris à Ali Bongo au Gabon, à Mahamat Idriss Déby au Tchad ou à Paul Biya au Cameroun en témoigne: «On est trop proches des pouvoirs, et pas assez de la jeunesse ou des sociétés civiles. En fait, nous sommes coincés entre des jeunesses qui demandent des changements et des régimes en place qui nous sont favorables», résume le politologue Pascal Boniface.

Emmanuel Macron et des dirigeants africains lors d’un sommet à Libreville, le 2 mars 2023. La France continue à soutenir des autocrates tout en promouvant la démocratie.

Pacte dénaturé

Pour Jean-François Bayart, le mal est plus profond. Il remonte au pacte passé en 1951 entre François Mitterrand, alors ministre des Colonies, et Félix Houphouët-Boigny, un des leaders du nationalisme ouest-africain. «C’est le projet fondateur de ce qu’on appellera la Françafrique, mais qui reposait sur des choses positives comme la libre circulation des gens entre l’Afrique et la France, une zone monétaire, des prix agricoles garantis… Tout cela a été progressivement vidé à partir du milieu des années 70: abandon des prix préférentiels, suppression de la convertibilité manuelle du franc CFA, sans parler des mesures antimigratoires. La débandade actuelle s’explique par le fait que la France a laissé s’évider le projet positif de la Françafrique, tout en continuant à soutenir activement des dictateurs qui ont perdu la confiance de leur peuple.»

«La catastrophe à venir sera très violente: c’est le Cameroun du président Biya. On peut déjà dire que les Français passeront un mauvais quart d’heure…»

Jean-François Bayart, professeur à l’IHEID

À ses yeux, la fermeture des frontières de la France et de l’UE joue ainsi un rôle essentiel dans le désamour des Africains et la débandade n’est pas finie: «La catastrophe à venir sera très violente: c’est le Cameroun du président Biya. Il a 90 ans, sa succession va donner lieu à une bataille terrible, et on peut déjà dire que ceux qui passeront un mauvais quart d’heure, ce seront les Français…»

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