AboL’America’s Cup devient suisseQuand Alinghi soulevait une vague de folie
Le 2 mars 2003, Ernesto Bertarelli remportait la Coupe de l’America avec son équipe de choc. Retour sur une épopée qui a marqué tout un pays et généré bien des vocations.

C’était possible. Alors, ils l’ont fait. Alinghi l’a fait. Il fallait sans doute avoir une forme d’insouciance. Une forme d’impudence, aussi. Le 2 mars 2003, la Suisse se réveille avec les yeux humides. Les larmes de joie ont le goût du sel. Le pays est une île, balayée par des vagues d’enthousiasme légitime et de fierté cocardière. Les montagnards ont réussi là où des gens de mer – la France, l’Italie, l’Espagne, l’Angleterre – se sont échoués au fil des éditions de l’America’s Cup. «Je me souviens précisément du moment où j’ai levé la Coupe au-dessus de ma tête, se rappelle Ernesto Bertarelli. Je me suis alors rendu compte que ce trophée historique était fixé à son socle en bois avec un simple écrou et que je devais avoir les pieds par terre pour le porter. Un moment d’humilité et de prise de conscience. Je commençais à mesurer ce que nous venions de faire.»
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Vingt ans plus tard, l’anniversaire est célébré à Barcelone, où le team, devenu Alinghi Red Bull Racing, s’est installé pour tenter de refaire le coup de 2003. La fête, en réalité, aurait pu avoir lieu trois ans plus tôt. Car c’est sans doute là que la graine du succès a été plantée dans l’esprit d’un homme ambitieux, doté de moyens conséquents. Ernesto Bertarelli, spectateur passionné et attentif du duel entre Team New Zealand et Luna Rossa, se souvient de la folie populaire qui soufflait sur la baie de Hauraki. «J’avais eu la chance d’y être en 2000 et ce voyage avait clairement eu un effet déclencheur sur mon envie de participer à la Coupe, nous avait-il confié en 2021. Cela avait été une sorte de point de départ de toute l’aventure Alinghi à ce niveau de compétition.»
Un plan sans accroc
Le coup d’essai a été un coup de maître. En coulisses, Alinghi élabore un plan qui doit se dérouler sans accroc. Les meilleurs designers, les meilleurs marins, les meilleurs communicants, les meilleurs ingénieurs, les meilleurs constructeurs navals sont réunis sous le drapeau national. Les «désertions» de Russell Coutts ou Brad Butterworth sont vécues comme des trahisons aux Antipodes. Le champagne coulait encore que l’encre des stylos se posait sur les contrats du défi suisse. Les Kiwis ne pardonneront pas. Trois ans plus tard, le climat est délétère. Menaces de mort, intimidation. Les «traîtres» auront pourtant les reins suffisamment solides pour résister à la pression et contribuer au succès historique du défi suisse.
Le 2 mars 2003, la Nouvelle-Zélande ne peut que reconnaître la supériorité de son opposant. Cinq manches, autant de défaites. Pour la première fois de l’histoire, un challenger l’emporte lors de sa première participation. Pour la première fois aussi, un pays dépourvu d’accès à la mer soulève le plus vieux trophée sportif du monde. En Suisse, il fait nuit. Dans les cœurs des Kiwis aussi. Le succès d’Alinghi soulève une vague d’enthousiasme inédite et quasi unanime. La qualité du projet élaboré a su fédérer tout un peuple peu au fait des choses de la voile. Il y a bien quelques voix dissonantes pour dénoncer la victoire de l’argent et du pouvoir. «Mais si l’argent seul suffisait pour soulever l’aiguière d’argent, cela se saurait, non?» rétorque la foule de 30’000 personnes qui envahit les quais de Genève quelques jours plus tard lors de l’accueil des héros.
Un esprit Alinghi
Tous ceux qui ont eu la chance de vivre la campagne au plus près de l’action, journalistes, amis, familles, membres de l’équipe ou invités, partagent encore aujourd’hui le souvenir d’une équipe animée par un esprit à la fois novateur et particulier. Ce fameux esprit Alinghi qui se nourrit au quotidien d’une exigence de perfection. Que ce soit dans le choix des hommes et des femmes, des matériaux composites, de l’option tactique, de la petite cuillère pour le café ou de la vodka qui inondera la fontaine glacée un soir de fête mémorable du côté d’Auckland.
«Nous avions la chair de poule, avec un mélange de joie, de larmes et de rires.»
Bras droit d’Ernesto Bertarelli depuis ses débuts en voile sur le Léman, Pierre-Yves Jorand n’a rien oublié de ce temps glorieux et de cette ambiance si particulière au sein d’une équipe cosmopolite. «Les souvenirs d’Auckland sont absolument incroyables, l’esprit d’équipe d’Alinghi était magique. Lorsque nous quittions le ponton, l’intégralité de l’équipe descendait pour nous soutenir au son des cors des Alpes. C’était émouvant et motivant.» Personne ne pouvait les arrêter.
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Alors, ils l’ont fait. Ils ont gagné les Louis Vuitton Series contre neuf autres équipes prétendantes. Puis ils ont balayé les Kiwis. «Je me rappelle comme si c’était hier le passage de la ligne, se souvient Ernesto Bertarelli. J’ai embrassé mes coéquipiers, puis les autres membres de l’équipe sont montés sur le bateau au point de presque le faire couler. Nous avons ressenti un esprit d’équipe, de camaraderie et d’accomplissement très fort. Nous avions la chair de poule, avec un mélange de joie, de larmes et de rires. Cela restera un des événements marquants de ma vie.»
Vingt ans plus tard, Ernesto Bertarelli a toujours la conviction que c’est possible.
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