Passer au contenu principal

La rédactionQuand une épaule douloureuse éclaire la politique de Macron

Comment une kinésithérapeute vous triturant l’épaule amène à comprendre pourquoi la toute-puissance du président français est aussi une fragilité.

L’autre matin, alors qu’elle tentait de me débloquer cette fichue épaule gauche qui trouve malin de me faire souffrir, la kinésithérapeute a lâché une remarque qui m’a fait dresser l’oreille: «C’est fou le nombre de gens qui détestent Macron!» Bon, jusque-là, rien de très étonnant, on est d’accord. Mais ce qui suit l’est plus, lorsqu’elle a ajouté: «Quand je dis qu’ils le détestent, c’est même pire. Ils veulent sa mort, ils la souhaitent, ils en parlent comme si à l’annonce de son décès ils feraient la fête. Et pas seulement des petits jeunes, des vieilles dames toutes gentilles aussi…»

Permettez une parenthèse: en France, le kiné, c’est une institution. Les Suisses disent physiothérapie, «soin par la nature», ici on préfère kinésithérapie, «soin du mouvement». Nuance étymologique poétique. Mais surtout, chacun ici a «son» ou «sa» kiné. J’ai donc «la mienne», une jeune Marseillaise venue s’installer à Paris il y a quelques années, plutôt loquacepeut-être une exigence du métieret dont le regard à la fois distant et plein de bon sens sur la politique m’amuse.

«On vient d’apprendre que le président Macron est positif au Covid et je lui souhaite un prompt rétablissement.»

Mais revenons à la haine anti-Macron. D’abord, pas d’ambiguïté: on vient d’apprendre qu’il est positif au Covid et je lui souhaite un prompt rétablissement. Pourtant ce qui choque ma kiné est une réalité: voilà un président dont une partie non négligeable de la population rejette à ce point la personne qu’elle souhaiterait le voir disparaître. J’ai mis du temps à percevoir cette brutalité qui me semble une perversion de la politique, mais je crois qu’elle n’a pas tort, ma kiné.

Pourtant Emmanuel Macron traverse une période plutôt bénie des sondages, lui qui obtient 42% d’opinions favorables dans les dernières enquêtes, résultat encourageant à une année et demie de l’élection présidentielle, nettement supérieur à celui de ses deux prédécesseurs. Mais dans le système politique français, où tout se rattache fatalement à la décision ultime du président, on a l’impression que le pays se divise en deux camps antagonistes: ceux qui s’accommodent de sa personne et ceux qui l’exècrent.

En Suisse, un conseiller fédéral impopulaire peut continuer à exercer son pouvoir et dormir tranquille. En France pas. Sans popularité, un président s’effondre.

Fragilité et toute-puissance

Cette fragilité mêlée à une toute-puissance institutionnelle explique les à-coups spectaculaires de la politique d’Emmanuel Macron: sa réforme des retraites suspendue à mi-chemin alors que la lutte parlementaire semblait gagnée; son offensive audacieuse sur les séparatismes islamistes; sa promesse opportuniste d’un référendum sur une modification de la constitution en faveur de l’écologie

À chaque fois, la parole présidentielle semble décider de tout. Mais depuis la remarque de ma kiné, je me prends à imaginer, sur son auguste gorge, un couteau imaginaire tenu par la multitude populaire. Et j’ai l’impression que parfois il en sent la froide lame spectrale.

6 commentaires
    Le Baron noir

    Le "en-même temps" et ni gauche ni droite a rapidement trouvé ses limites dans le monde politique français avec la difficulté inextricable de Macron à trouver du personnel politique de qualité, plutôt que technocratique, qui pourrait agir comme un pare-feu pour la fonction présidentielle. Le choix de Jean Castex est pour le moins intéressant.....Voici un technocrate pur sucre passé par différents ministères, étiqueté droite sociale, que personne ne connaissait avant sa nomination et qui au final n'imprime absolument pas dans l'esprit des Français, sans parler de ses nombreuses gaffes.Les Français ne lui reconnaissent aucune légitimité si ce n'est celle de servir de fusible pour Macron. On en revient encore et toujours à la responsabilité de Macron devant les Français qui l'adorent pour partie ou le détestent profondément pour l'autre......