Quelles féministes sont les ministres vaudoises?

Grève des femmesLes cinq ministres vaudoises ont pris la plume pour exposer leur conception du féminisme. Aucune ne se satisfait de la situation actuelle.

Béatrice Métraux (Verte), Jacqueline de Quattro (PLR), Nuria Gorrite (Socialiste), Rebecca Ruiz (Socialiste) et Cesla Amarelle (Socialiste) reconnaissent le travail qui reste à accomplir.

Béatrice Métraux (Verte), Jacqueline de Quattro (PLR), Nuria Gorrite (Socialiste), Rebecca Ruiz (Socialiste) et Cesla Amarelle (Socialiste) reconnaissent le travail qui reste à accomplir. Image: Vanessa Cardoso

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Avec une représentation féminine inédite au Conseil d’État, l’occasion était belle de tendre la plume aux élues pour leur demander un petit devoir pré-estival. Quelles féministes sont-elles? Alors que le collège a reconnu le caractère licite du mouvement du 14 juin, l’engagement politique se traduit aussi par la parole, offerte sur quelque 1500 signes.

Résultat? Un message unilatéral sur le travail qui reste encore à faire pour parvenir à l’égalité entre hommes et femmes. À cet égard, l’État peut déjà se targuer de quelques avancées, comme l’exigence de l’égalité salariale pour les entreprises qui souhaitent travailler avec lui. Ou encore le dispositif de lutte contre la violence domestique.

L’unanimité n’est pas totale sur la forme. La PLR Jacqueline de Quattro, seule à droite, se distancie de la partie «grève» du mouvement de vendredi. Intéressant aussi: la différence des témoignages d’une génération à l’autre, la plus jeune des conseillères d’État ayant 37 ans, la plus âgée, 63. Mais la cause des femmes n’a pas d’âge.


Nuria Gorrite, socialiste

«Je suis une féministe convaincue. Je constate que, malgré les avancées collectives réelles issues des combats féministes, les femmes restent moins bien payées, plus précaires et plus souvent victimes de violences domestiques ou d’agressions sexuelles que les hommes. Nous accomplissons une majorité du travail non payé, du travail domestique et de soin qui reste dévalorisé financièrement et socialement. Il est difficile de ne pas être féministe quand on est une femme. Même dans ma position désormais privilégiée, je le constate.

Le paternalisme est encore bien prégnant. Comme présidente du Conseil d’État, je continue de rencontrer des hommes qui m’interrompent ou cherchent, avec «galanterie», à m’expliquer mes propres dossiers… Le féminisme recouvre une aspiration à la pleine égalité entre êtres humains – ce qui est aussi ma motivation comme socialiste.

Être féministe veut dire, pour moi, revendiquer le droit des femmes à être pleinement des individus, libres et autonomes. Comme conseillères d’État, si nous voulons défiler le 14 juin, c’est pour utiliser la visibilité de notre fonction afin de témoigner des inégalités qui persistent dans notre société et de la justesse de demandes qui ne visent qu’à accomplir enfin les promesses de notre Constitution.

Cet engagement reste nécessaire car, comme l’écrivait Simone de Beauvoir: «N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.»


Béatrice Métraux, verte

«Je suis féministe d’une génération qui a dû se battre pour tout: pour l’accès à la pilule, pour le droit à l’avortement, pour l’autonomie juridique personnelle, pour une place juste dans une famille dominée par les hommes. Mais heureusement nous votions, nous, femmes françaises d’après-guerre. Il a fallu la Résistance pour faire évoluer cette société conservatrice.

Mes modèles? Simone Veil, Simone de Beauvoir, Françoise Dolto, Louise Weiss, Marguerite Duras ou encore Françoise Sagan. J’ai beaucoup lu leurs écrits et ai été très inspirée par leur courage et leur détermination. Elles ont été pour moi des symboles de la lutte pour la place des femmes dans la société.

Mon féminisme à moi? Il est combatif, il est au front. C’est ne jamais rien lâcher, aller jusqu’au bout de mes convictions, mais sans jamais écraser les autres. C’est aussi défendre la préservation du vivant et de la Terre: un engagement écoféministe de longue date.

Dans mon action politique, et comme cheffe de département, je cherche en premier lieu à promouvoir les femmes dans des postes à responsabilité. J’ai ainsi nommé plusieurs cheffes de service et je soutiens aussi les efforts pour favoriser les femmes dans le monde sécuritaire, souvent perçu comme le pré carré des hommes. Il aura quand même fallu attendre 1998 pour avoir les premières gendarmes vaudoises, et vingt ans de plus pour la première officière gendarme vaudoise. Par ailleurs, je m’emploie aussi à soutenir les femmes en politique.


Jacqueline de Quattro, PLR

«Je suis une femme qui défend les droits des femmes. Dans l’action. Je refuse le fatalisme et le passéisme. Je m’inscris dans l’histoire de ces femmes de droite ou de gauche qui se sont engagées contre toutes les discriminations dont elles ont été et sont encore victimes.

Antoinette Quinche, Simone Chapuis, Christiane Langenberger et bien d’autres. Ces femmes qui ont notamment permis aux Vaudoises, il y a soixante ans, d’obtenir les droits civiques. Leur héritage mérite d’être honoré et poursuivi. Comme responsable du Bureau de l’égalité du Canton de Vaud, je me bats pour le respect et la concrétisation des droits des femmes.

Nous avons fait ainsi adopter une loi pionnière pour lutter contre le fléau de la violence domestique ainsi que des dispositions permettant le contrôle de l’égalité salariale dans les marchés publics et les subventions, soit dans les domaines où l’État peut prendre influence. Nous proposons également d’interdire toute forme de publicités sexistes sur l’espace public vaudois; le Grand Conseil en débattra prochainement. Des avancées importantes qui ne doivent pas cacher la réalité. Les stéréotypes, les non-dits, le sexisme, les discriminations et la violence à l’encontre des femmes ont la dent dure. Des acquis comme le droit à l’avortement sont remis en question.

Ces dérives sont inacceptables. Le 14 juin, je ne ferai pas la grève. Je n’adhère pas non plus à la Charte. Mais je continuerai à mener une politique volontariste en faveur de l’égalité.»


Rebecca Ruiz, socialiste

«Je suis une féministe engagée et assumée. Engagée car la lutte pour l’égalité entre les hommes et les femmes a toujours été un moteur puissant de mon engagement politique, au même titre que celle pour réduire les inégalités sociales. J’en ai pris conscience tôt: enfant, ma mère me racontait qu’elle aurait voulu faire des études mais que, contrairement à son frère, elle n’y avait pas eu accès.

Quand j’ai pu moi-même faire les études qui lui avaient été refusées, j’ai pu encore mieux prendre conscience de l’ampleur des inégalités, et j’ai alors compris ce que Simone de Beauvoir avait voulu dire par sa célèbre phrase: «On ne naît pas femme, on le devient.» Assumée car je ne crains pas de me dire féministe ni de me battre pour permettre aux femmes d’atteindre enfin l’égalité.

J’identifie trois combats politiques prioritaires. Premièrement, les inégalités salariales, mais aussi celles des rentes touchées par les femmes. Deuxièmement, les discriminations liées à la maternité: près d’une femme sur sept est licenciée à la suite d’un accouchement. Enfin, les violences domestiques, qui touchent toujours majoritairement les femmes.

Je souhaite poursuivre cet engagement dans ma fonction de conseillère d’État, aux côtés de mes six collègues, ainsi que dans mon département. Aujourd’hui, je suis aussi heureuse de voir l’engagement des hommes solidaires qui nous rappelle que l’égalité n’est pas un combat sectoriel, mais une cause universelle. Tout le monde ne peut que profiter d’une meilleure répartition des postes à responsabilité comme des tâches éducatives et domestiques.»


Cesla Amarelle, socialiste

«Le féminisme, pour moi, c’est à la fois un précieux héritage légué par des femmes extraordinaires, un engagement et un devoir permanents aujourd’hui pour donner à toutes et tous, femmes et hommes, les mêmes droits et les mêmes chances dans la vie. Il se traduit par des convictions, comme celle, fondamentale, que tous les individus sont égaux en droits et en devoirs.

Comme le démontrent d’innombrables femmes et, heureusement, aussi un nombre croissant d’hommes, cet engagement concerne les grandes causes telles que l’égalité salariale ou la liberté de la femme de disposer de son corps. Mais il se traduit aussi dans une lutte quotidienne pour des choses prétendument anodines comme le partage des tâches ménagères ou l’organisation familiale. C’est ça le féminisme pour moi. Celui des femmes et des hommes qui s’engagent pour que les barrières tombent.

Par des actes politiques dans un plénum ou un collège pour certaines, en brandissant fièrement ses revendications dans la rue pour d’autres, ou simplement dans une discussion ou un geste du quotidien, pour faire reculer les inégalités qui persistent.

L’éducation joue un rôle essentiel dans ce combat. Je suis convaincue que notre système de formation doit participer – et il le fait – à la construction d’une égalité réelle par un enseignement axé sur les capacités individuelles et non sur des stéréotypes. Je m’y engage car je suis une féministe optimiste et réaliste. Je fais confiance à notre jeune génération. Nos filles et garçons concrétiseront ensemble l’égalité comme fondement d’un développement social équilibré et juste.» (24 heures)

Créé: 10.06.2019, 19h00

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