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L’invitéQuelques précisions sur l’expression Allâhu Akbar (Dieu est plus Grand)!

Hani Ramadan décortique cette expression qui recouvre de multiples sagesses.

Allâhu Akbar! Voilà une expression qui dans la conscience de beaucoup est liée au terrorisme et à la violence. À force de répéter que tel islamiste supposé a crié: «Allâhu Akbar!» avant de commettre son crime, ces termes sont devenus le signe d’un ralliement fanatique à une foi obscurantiste. Ils font peur.

De plus, Allah est perçu comme étant le dieu des Arabes. Dire «qu’Il est plus Grand», c’est affirmer une supériorité qui laisse bien peu de place au dialogue avec toutes celles et ceux qui n’ont pas la prétention de détenir la vérité.

À cela, on peut répondre d’abord que le dogmatisme est une notion relative. L’idée que par nos Lumières, nous disposons d’une avancée considérable sur les autres civilisations, prend elle aussi les allures d’un dogme incontournable. Un vrai dialogue suppose au préalable une modestie quant à ce que l’on possède et une ouverture d’esprit face à ce que l’autre nous propose.

«Elohim, Allah, Eli, tous ces vocables renvoient à Dieu, et on les retrouve aussi bien dans les traditions juives, chrétiennes et musulmanes»

Ensuite, le nom Allah n’appartient pas spécifiquement à la culture arabe. Toute la tradition sémitique se sert de la racine Al ou El pour désigner le divin: Elohim, Allah, Eli, tous ces vocables renvoient à Dieu, et on les retrouve aussi bien dans les traditions juives, chrétiennes et musulmanes.

En outre, l’expression Allâhu Akbar recouvre de multiples sagesses qui, bien comprises, sont un bienfait pour les hommes qui en font leur profession de foi. Elle est traduite souvent, à tort, par «Dieu est le plus Grand». La traduction exacte est «Dieu est plus Grand», sans l’article. Ce qui signifie que Dieu est plus Grand que tout, sans comparaison possible.

Proclamer que Dieu est plus Grand revient à refuser de se soumettre à l’idolâtrie sous toutes ses formes. L’idole est en effet cette imposture qui vient se substituer à Dieu, et à laquelle l’homme s’attache en s’aveuglant sur sa réalité: ni l’or, ni le sexe, ni le pouvoir, ni la notoriété ne peuvent être le sens ultime de notre vie. Toutes les idoles ont en commun qu’elles sont destinées à disparaître. Dieu, Lui, est Éternel. Toutes les idoles finissent par être l’objet d’une désolation sans fond: le temps accomplit son œuvre, appauvrissant ou dépossédant le riche, détrônant le plus grand monarque, creusant des rides sur les plus beaux visages. Allâhu Akbar nous rappelle avec force que le sens de notre existence est d’adorer notre Créateur, et non pas la créature.

Une notion commune

Allâhu Akbar est d’ailleurs une notion commune à toute la tradition abrahamique. Juifs et chrétiens vous le confirmeront: «Je sais que l’Éternel est Grand.» (La Bible, Psaume, 135-5)

De façon constante, le culte musulman entraîne les croyants à proclamer la grandeur de Dieu: lors de l’appel à la prière, et pendant celle-ci; lors du pèlerinage, pendant les fêtes musulmanes et à tout moment.

La perception que les foules ont aujourd’hui de cette expression à travers les médias, qui l’associent systématiquement à des actes terroristes, ne révèle finalement que le degré d’analphabétisme religieux qui gangrène une opinion publique dévastée par la culture du non-sens, que la pensée contemporaine sécularisée a bien du mal à redresser.