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AboActivistes climatiques
Qui sont les militants qui collent leurs mains au bitume? 

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Renovate Switzerland. En avril, ces militants du climat sont devenus célèbres après avoir mené des actions à Lausanne, Genève et Berne. Plusieurs d’entre eux ont collé leur main à la chaussée. La circulation a notamment été bloquée sur le pont du Mont-Blanc ou aux sorties d’autoroute de la Bourdonette et de Crissier. Mais qui sont ces personnes? Zoom sur ces activistes, leurs profils, leurs revendications et leurs méthodes. 

14 avril 2022. Dix activistes de Renovate Switzerland bloquent le pont du Mont-Blanc à Genève. Des secouristes décollent leurs mains du bitume.

Réseau international aux profils variés

L’opération s’inscrit dans un réseau international de résistance civile, prônant la non-violence. Des actions similaires ont vu le jour en Allemagne, en Australie, au Canada, en France, en Italie, en Norvège, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Avec, à chaque fois, des revendications bien précises. 

En France, Dernière Rénovation se bat aussi pour la rénovation du parc immobilier. Ailleurs, il est exigé la fin des investissements dans les combustibles fossiles (Royaume-Uni, Allemagne, Italie), l’arrêt de l’exploration pétrolière (Norvège), la proclamation de l’urgence climatique (États-Unis), des investissements dans la lutte contre les incendies (Australie) et l’interdiction d’exploiter des forêts anciennes (Canada).

À ce jour, l’antenne suisse compte une quarantaine de personnes, dont six ont quitté leur travail ou leurs études pour se consacrer au projet. 

Une revendication claire et ciblée

Renovate Switzerland se concentre sur une revendication précise. Les activistes demandent au Conseil fédéral de «présenter en quatre mois un plan d’action national pour permettre aux cantons de rénover, d’ici à 2040, le million de maisons qui nécessite une isolation d’urgence». Dans le détail, ils veulent que, à l’horizon 2023, les subventions destinées à la rénovation soient quintuplées, pour atteindre 1 milliard de francs par année.

«Ils ont fait un bon choix. Les études montrent que plus une revendication est ponctuelle et plus elle a de chances d’aboutir.»

Marco Giugni, directeur de l’Institut d’études de la citoyenneté à l’Université de Genève

Après une lettre envoyée à Simonetta Sommaruga en mars, les activistes ont passé la vitesse supérieure. «Nous avons mené nos premières actions parce que nous n’avons pas obtenu de réponse substantielle. Et nous continuerons tant que cela ne sera pas le cas. Nous faisons une pause pour laisser aux autorités le temps d’agir. Mais s’il le faut, nous reprendrons nos blocages dans les prochaines semaines», prévient Cécile Bessire, porte-parole de la campagne

Cette stratégie ciblée est assumée. «Les pétitions, les manifestations et les précédents actes de désobéissance civile n’ont pas eu l’effet escompté et la Suisse n’a toujours pas de plan concret pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, poursuit Cécile Bessire. Nous proposons donc une première piste concrète. En somme, nous prémâchons le travail aux autorités.»

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Chez leurs pairs, la tactique est saluée. «Cette demande unique est la grande force du mouvement, admire un militant vaudois de longue date, plutôt proche d’Extinction Rebellion (XR). L’argument de la rénovation énergétique est précis, réalisable. On ne peut pas s’y opposer, c’est très fort!»

Plus efficaces que les revendications de XR? «XR demande notamment aux dirigeants de dire la vérité. C’est abstrait et conceptuel. Peut-être un peu trop flou.» 

Directeur de l’Institut d’études de la citoyenneté à l’Université de Genève, Marco Giugni abonde et note que cette concentration sur un aspect spécifique permet également de se démarquer de ce que font d’autres militants du climat. «Je ne sais pas s’ils connaissent la littérature des mouvements sociaux, mais ils ont fait un bon choix. Les études montrent que plus une revendication est ponctuelle et plus elle a de chances d’aboutir.» 

Le choix d’une thématique porteuse

Si les bâtiments et l’isolation ont été sélectionnés pour cette campagne, c’est parce qu’ils sont la deuxième source d’émissions de gaz à effet de serre (un tiers du total) en Suisse, derrière les transports. Un choix stratégique autant que porteur. La preuve avec la branche vaudoise de la faîtière suisse de l’économie des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (AEE Suisse), qui entend demander au Grand Conseil de traiter trois mesures urgentes pour accélérer l’assainissement énergétique des bâtiments.

Cécile Bessire, porte-parole de Renovate Switzerland.
Peter Tillessen

«Ces travaux profiteront à tous. Ils vont réduire notre dépendance énergétique, permettre au Conseil fédéral de respecter ses engagements et diminuer les charges que les propriétaires ou les locataires doivent payer.»

Cécile Bessire, porte-parole

«Ces travaux profiteront à tous, assure Cécile Bessire. Ils vont réduire notre dépendance énergétique, permettre au Conseil fédéral de respecter ses engagements et diminuer les charges que les propriétaires ou les locataires doivent payer.» L’idée est donc de proposer une revendication proche des préoccupations de chacun, alors que d’autres changements en faveur du climat seraient plus contraignants.

Des méthodes déjà vues

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Les militants se sont fait connaître en entravant la circulation. Quelques-uns ont attaché leurs mains au bitume, grâce à un peu de colle rapide. À Lausanne, les ambulanciers ont dû intervenir pour décoller les mains, avec de l’eau salée. À Genève, on a tenté d’utiliser du gel hydroalcoolique.

Cette solution est redoutable. Un secouriste vaudois expliquait en avril dans nos colonnes qu’il n’existe pas de protocole dans ce genre de situation, d’autant que chaque colle est différente et qu’il faut se renseigner sur la substance utilisée avant d’agir.

À bien des égards, ces méthodes d’entrave rappellent celles de XR, qui a fait des blocages de ponts sa marque de fabrique. Ajoutons qu’en juin 2021 à Berne, plusieurs activistes de XR avaient collé leurs mains au Palais fédéral pour protester contre la politique climatique du Conseil fédéral.

Renovate, spin-off de XR?

«Notre campagne est indépendante d’autres mouvements climatiques dont les revendications sont plus larges», souligne Cécile Bessire.  De l’aveu de plusieurs militants, de nombreux membres d’Extinction Rebellion ont été sollicités pour rejoindre Renovate, plusieurs ont d’ailleurs accepté. Et il n’est pas rare, à l’étranger notamment, de voir flotter des drapeaux d’Extinction Rebellion lors d’actions qui s’inscrivent dans le même réseau que  Renovate. 

«Tous ces mouvements sont très fluides. Il n’est donc pas rare de retrouver les mêmes têtes à gauche et à droite. Mais Renovate n’est pas une action «undercover» de XR!»

Un militant d’Extinction Rebellion

Sur internet, la frontière entre les deux mouvements est parfois très fine. XR ayant quasi disparu des radars, faut-il en conclure que Renovate est le nouveau nom d’Extinction Rebellion? «Tous ces mouvements sont très fluides, admet un militant XR actuellement aux prises avec la justice vaudoise. Il n’est donc pas rare de retrouver les mêmes têtes à gauche et à droite. Mais Renovate n’est pas une action «undercover» de XR!»

Chez Renovate, Cécile Bessire résume le sentiment général des différents militants interrogés, où «bienveillance, synergies et porosité» sont les maîtres mots: «Il faut voir le mouvement climat comme un réseau de personnes. Elles vont s’engager dans un projet ou dans un autre, selon le moment et la pertinence de celui-ci.»