Passer au contenu principal

Carte blancheRacisme, au-delà des émotions

À propos d’antiracisme, de lutte contre l’intolérance et la discrimination.

Les manifestations qui ont suivi les tragiques épisodes de violences policières aux USA, commises envers des individus issus de minorités, ont secoué l’opinion mondiale. Ce climat rend chacune et chacun plus réceptif à la question du racisme. Il nourrit des débats de société en Europe et en Suisse, sur le vivre-ensemble, sur la diversité et aussi sur la nécessaire lutte contre le racisme.

Certes, la Suisse n’a pas le même passif historique que des États anciennement coloniaux où la ségrégation est ancrée dans la mémoire collective. Néanmoins, les dynamiques sociétales de mixité et de diversité croissantes doivent être accompagnées par une véritable réflexion et un engagement institutionnel dans la lutte contre l’intolérance et la protection contre toute forme de discrimination.

«La discrimination raciale est quotidienne. Elle est souvent silencieuse et sournoise.»

Ce mouvement de solidarité envers les victimes des actes racistes a clairement le mérite de mettre cette problématique de société au premier plan. Néanmoins, le risque existe également que le phénomène raciste soit réduit à des bavures policières et, de surcroît, envers des personnes de couleur. Or, la problématique du racisme est plus profonde et complexe. Elle est au cœur des valeurs dominantes d’une société démocratique, en particulier celles se référant à la tolérance, à l’idéal d’égalité et d’ouverture. Pour ce qui est cette dernière, elle vaut particulièrement pour les institutions, qui doivent permettre un «accès équitable aux services de l’administration pour [toutes et] tous, indépendamment du sexe, de la nationalité, de l’appartenance culturelle ou ethnique, de l’orientation sexuelle, du statut socio-économique, de la langue, de l’âge, du mode de vie ou de la présence d’un handicap».

La lutte contre la discrimination raciale a certes besoin d’impulsions émotionnelles pour légitimer des avancées politiques et légales. Cependant, l’efficacité de cette lutte s’inscrit dans la durée, en associant divers acteurs de la société, y compris les forces de l’ordre, souvent montrées de doigt pour des dérives envers des personnes issues de la diversité.

Autrement dit, la question du racisme occupe l’opinion publique lors de la médiatisation de dérapages policiers. Ces focalisations politico-médiatiques ont certes leur importance pour dénoncer publiquement des phénomènes de discrimination, mais elles véhiculent aussi une idée reçue du racisme qui se résumerait à des incidents dénoncés dans l’opinion publique. Or, la discrimination raciale est quotidienne. Elle est souvent silencieuse et sournoise. Elle peut se manifester, partout et en tout temps: au travail, à l’école, chez le médecin, à divers guichets publics ou privés, dans la rue, etc.

Le combat contre le racisme doit être empoigné politiquement, à différents niveaux, en s’inspirant notamment des voies qui ont été poursuivies jusqu’ici pour d’autres causes, comme celles sur le genre ou les minorités sexuelles. Il a fallu de vrais mouvements féministes et des débats de société pour combattre la discrimination et promouvoir l’égalité, dans le monde professionnel par exemple.

Vers une société plus égalitaire

Tout un arsenal institutionnel et juridique a vu le jour pour donner vie à cette vision politique nouvelle, des projets et des formations d’envergure ont été créés pour accompagner une métamorphose vers une société plus égalitaire, sans oublier les nombreux programmes éducatifs pour redéfinir les rapports entre femmes et hommes ou promouvoir des nominations de femmes dans des postes décisionnels ou stratégiques.

Ces processus ont certes été lents et il reste encore beaucoup à faire. Toutefois, ce travail de fond commence à porter ses fruits, car l’égalité entre les sexes est devenue une valeur partagée par une majorité grandissante de la société. Il doit en être de même pour la lutte contre le racisme, au-delà des émotions.