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La rédactionÀ la mi-match, le professeur Raoult arrive en tête

Allez, je vous le dis franchement: je n’y connais rien en médecine et n’ai jamais su retenir le moindre nom de médicament. Je serais donc bien incapable de juger de l’efficacité des hydroxychloroquine ou autre azythromycine préconisées par le professeur Didier Raoult contre le Covid-19.

En revanche j’ai suivi le feuilleton de la polémique, ce match qui a pris parfois en France des accents politico-délirants mais qui, s’il est loin d’être terminé, arrive à une sorte de mi-temps avec le recul de la pandémie. L’occasion de se rappeler ce que les uns et les autres affirmaient à la mi-mars et d’en juger trois mois plus tard.

Que disait Didier Raoult si l’on écarte l’accessoire, son goût pour la provocation et le narcissisme?

Avant tout, il critiquait le choix du gouvernement: plutôt que de prescrire aux malades du coronavirus de rester chez eux sans aucuns soins et de n’appeler qu’en cas d’aggravation, il préconisait un test sur toutes les personnes présentant des symptômes et un suivi médical immédiat chez les cas positifs. «Il faut traiter», affirmait-il.

Ensuite, il y avait la question de l’administration d’un médicament contre la maladie nouvelle. Sur la base d’une étude chinoise, Didier Raoult préconisait l’usage de la chloroquine, médicament ancien et aux effets secondaires bien connus, sans attendre les études randomisées destinées à prouver scientifiquement son efficacité. Il affirmait qu’en temps de pandémie ces études sont inadéquates (elles ne produisent leurs résultats qu’après la fin de la vague) et éthiquement discutables (on prive les patients qui le souhaiteraient d’un traitement potentiellement bénéfique).

«On a cru avoir du sérieux avec une étude publiée dans le «Lancet» condamnant la dangerosité de la chloroquine, mais ce n’était qu’une imposture scientifique.»

Face à lui, le gouvernement et de nombreux chercheurs invoquaient les risques d’une administration généralisée de chloroquine tant que le bénéfice thérapeutique ne serait pas prouvé. Plusieurs études avaient été lancées, elles seraient accélérées, il fallait avoir la sagesse d’attendre les résultats.

Trois mois après, ces résultats ne sont toujours pas tombés. Faute d’un nombre suffisant de patients ayant accepté de participer aux essais, ils ne donneront peut-être pas de réponse solide. On a cru avoir du sérieux avec une étude publiée dans le «Lancet» condamnant la dangerosité de la chloroquine, mais ce n’était qu’une imposture scientifique.

Pendant ce temps, Didier Raoult a soigné des milliers de patients à Marseille selon son protocole, avec des statistiques très favorables au niveau français en termes de complications ou de mortalité. Quel rôle a joué la chloroquine, ou l’azytromycine, ou simplement les soins préventifs, ou même le hasard? Je l’ignore, mais pour l’instant, entre les paroles d’alors et les faits d’aujourd’hui, il ne s’en tire pas trop mal.