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RécitArchives de Sainte-Croix, l’histoire d’un clan

Franklin Thévenaz, alors syndic de Sainte-Croix en 2011.
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C’est l’histoire d’une famille. Les Thévenaz de Sainte-Croix. Une famille, ou plutôt un clan, qui n’en serait pas un sans la figure tutélaire, au destin admiré par toute la tribu, Franklin, né un jour de Noël. Le récit de Tasha Rumley, ex-déléguée du CICR à Marioupol et Donetsk, avant de revenir en Suisse travailler aux missions humanitaires de la Chaîne du Bonheur et d’écrire, commence dans un hôpital. Franklin, l’oncle adoré, a un cancer. Il va mourir, et Tasha va lui redonner vie.

Cette histoire aurait pu ne pas exister et la vie de la nièce Tasha Rumley en aurait été bouleversée. Le petit Franklin est atteint d’une leucémie à 2 ans. Il y survivra et Tasha l’écrit: «Qu’ai-je accompli qu’il n’a lui-même tenté?». Le journalisme, le russe, l’humanitaire, le CICR: tout pareil.

Les petits carnets noirs de l’«enfant-Noël»

Tout commence à Sainte-Croix, dont le génie mécanique (boîtes à musique, phonographes, appareils de photo) s’exporte dans le monde entier. Cette communauté vit à l’ombre des usines. Gustave est masseur, attaché à ses racines même s’il souffre de n’être qu’un «bâtard» pour quelques langues de vipère de la commune. Cécile, sa femme, rêve d’Amérique. À eux deux, ils dessinent déjà l’histoire de leurs cinq enfants. Et celui de Franklin, l’enfant-roi.

Tasha Rumley se lance dans un travail de recherches sur sa famille et l’écrit. À la manière de Marguerite Yourcenar pour son livre «Archives du Nord», la voilà qui fouille dans des paquets de lettres, les petits carnets noirs de son oncle, la mémoire de chacun des membres de la famille, de ceux qui ont connu Franklin. Le livre s’écrit et se décrit, alternant le récit et le processus de son avancement en écho à la vie de son autrice.

Les chanoines et le Che

Franklin est pensionnaire dix ans chez les chanoines de Saint-Maurice. La meilleure école de Suisse, parmi les fils d’industriels et de commerçants, rêveur et lecteur parmi quelques brutes. Fin des années 60, alors que la contestation de la jeunesse gronde, sous l’influence subversive d’un ami, Franklin lit Debray sous le poster du Che que sa cadette Dominique lui a offert.

Ce sont les années des copains, ceux de la Patrouille libre, des Éclaireurs, ces scouts laïcs et une première aventure, un voyage en Camargue. Les amourettes et l’armée. Gustave veut en faire un officier. Franklin sera tiraillé toute sa vie entre les injonctions de son père et sa destinée propre. Il sera simple soldat. Et connaîtra l’échec scolaire. Il écoute Leonard Cohen: «Il y a une fissure en tout et c’est là qu’entre la lumière.» Tasha a le titre de son livre, le très énigmatique «Une fissure en tout». Et elle écrit sa solitude, son sentiment d’échec, à elle aussi.

L’appel du Québec

C’est la crise à Sainte-Croix, son industrie s’effondre, victime de la mondialisation. Il faut partir, comme son chanteur emblématique Michel Bühler. 1972, «le top départ de tout le défilé des Saints-Crix qui comptent à Montréal». Franklin va y connaître une ascension fulgurante jusqu’à diriger plusieurs bars crêperies de la maison Tavan. Le Québec de la Révolution tranquille rêve d’indépendance. L’occasion pour Tasha de parler de la Belle Province dans ses années 70. Et des neveux et nièces de partir voir l’oncle d’Amérique. Trois d’entre eux s’y installeront. Tandis que Franklin succombe aux charmes d’une belle québécoise nommée Bibiane.

Un séjour à Londres et retour au Québec. Fini le travail chez Tavan dont le petit empire va mal. La rencontre avec un kiosquier et un petit boulot le rend papivore, lisant tout ce qui lui passe devant les yeux. Il écrit quelques articles sur le Québec qui trouveront place dans les colonnes de «24 heures». Il rencontre même son idole, Leonard Cohen, prêt à lui donner une interview. Son copain Yves à Lausanne l’assure que le quotidien lausannois le publiera. Las. Il n’irait pas poser de questions. Savoir qu’il aurait pu, lui suffit. Yves, lui, créera «L’Hebdo».

Le CICR et «L’Hebdo»

La politique le chatouille. Président de la Confédération, lance-t-il à ses copains suisses. Cécile, sa mère, le remet à sa place: commence par être syndic de Sainte-Croix… Ce qu’il sera. Franklin reprend les études. Il prépare une thèse à Saint-Gall avec Hans Haug, président du CICR comme superviseur. «Le CICR, enfin, nous voilà», écrit Tasha. On arrive à la fin du livre. Dans quelques pages, déjà, l’autrice s’était emportée contre les RH du CICR et maintenant contre la Suisse, son pays, qui lui refuse la PMA. Elle a du caractère et la dent dure. Franklin aussi, qui torpille le numéro 0 de «L’Hebdo» que lui a envoyé Yves, son ami journaliste. L’amitié se fissure dans un vent de tempête. Franklin entre au CICR, direction le Liban, plutôt que la Pologne, affectation qu’il aurait souhaitée. Pour elle, ce sera l’Ukraine, son pays de cœur.

L’histoire se termine avec la mention d’une date sans autre commentaire dans le carnet noir de l’oncle Franklin: 15 novembre 1982, naissance de bébé Tasha. Une mort ouvre le livre, une naissance le clôt. Entre les deux, des histoires de femmes et d’hommes aux destins contrariés. Le sien l’amènera à s’occuper des missions humanitaires de la Chaîne du Bonheur et à écrire. Ce n’est qu’un premier tome. Il reste tant à raconter.

«Une fissure en tout», Tasha Rumley, Éditions Favre, 272 p., mars 2024, de 26 fr. 10 à 29 fr.

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