Votre navigateur est obsolète. Veuillez le mettre à jour avec la dernière version ou passer à un autre navigateur comme ChromeSafariFirefox ou Edge pour éviter les failles de sécurité et garantir les meilleures performances possibles.

Passer au contenu principal

Réflexion de politologues (4/6)
Les Suisses, un électorat apathique?

Abonnez-vous dès maintenant et profitez de la fonction de lecture audio.
BotTalk

En Suisse, le plus grand parti est – de loin – celui des abstentionnistes: aux élections fédérales, plus de 50% des citoyens et citoyennes désertent les urnes. De tous les pays de l’OCDE, la Suisse est traditionnellement celui qui affiche le plus faible taux de participation aux élections nationales. D’où la réputation d’un électorat apathique, fatigué démocratiquement et somme toute peu respectueux de ses droits politiques. Cet abstentionnisme élevé affaiblirait à son tour la démocratie, ce que semblait corroborer le baromètre de la démocratie, dans lequel la Suisse figurait seulement en milieu de classement.

À la décharge des abstentionnistes, il existe de très bonnes raisons de ne pas participer. D’une part, dans le système suisse de concordance, les élections fédérales n’ont guère d’impact sur la composition partisane du Conseil fédéral, inchangée depuis des décennies. Ne pas pouvoir influencer qui est au gouvernement et qui est dans l’opposition réduit fortement l’incitation à voter. D’autre part, la démocratie directe contribue aussi à réduire l’importance des élections, puisqu’il est toujours possible de corriger par référendum les décisions prises par le parlement.

Un nombre non négligeable de citoyens préfèrent ainsi décider eux-mêmes via les votations fédérales plutôt que d’élire des représentants et les laisser décider à leur place. Cela étant, la participation des abstentionnistes ne modifierait probablement pas le résultat des élections, les préférences partisanes des votants étant largement analogues à celles des non-votants.

Pour contrer l’abstentionnisme, l’idée de rendre le vote obligatoire refait régulièrement surface. De fait, à Schaffhouse, le seul canton qui y recourt encore (l’abstention coûte 6 francs d’amende), la participation dépasse généralement la moyenne nationale de 15 à 20 points de pourcentage. Mais il y a un (gros) hic: la proportion de votes blancs et nuls y est aussi bien plus élevée qu’ailleurs. Des études à l’étranger montrent également que le vote obligatoire augmente la participation de personnes non intéressées par la politique et réduit ainsi la qualité des décisions.

«Si l’on participe peu en Suisse, c’est aussi parce que l’on vote souvent.»

De petites incitations à voter dénuées d’effets pervers semblent donc préférables: par exemple, l’envoi, avec le matériel de vote, d’une enveloppe de retour préaffranchie augmente la participation, notamment dans les communes urbaines et densément peuplées. De même, selon l’expérience faite dans le canton de Genève, si le vote par internet n’augmente pas le taux global de participation, il a néanmoins des effets favorables parmi les personnes qui ne votent généralement pas ou très peu.

Enfin, il faut tenir compte du fait que si l’on participe peu en Suisse, c’est aussi parce que l’on vote souvent. Si l’on adopte une perspective dynamique et que l’on considère la participation «cumulative», c’est-à-dire la participation à une série de scrutins successifs, l’activisme politique n’est pas si anémique: selon des données officielles, disponibles par exemple pour le canton de Genève, 80% des citoyens participent à au moins une votation fédérale sur dix (soit une période de trois ou quatre ans) et 50% participent à au moins cinq votations sur dix.

Seule une personne sur cinq ne participe jamais – ce chiffre recule même à une sur dix si l’on étend l’analyse à 30 votations successives (soit environ dix ans). En clair: la part d’abstentionnistes purs et durs est en fait minime.

Dans les pays de l’OCDE, où la possibilité d’exprimer un choix politique se résume pour l’essentiel aux élections, la participation a baissé de 75% à 65% en moyenne au cours des trente dernières années. Chez nous, environ 80% des électeurs font usage au moins une fois tous les quatre ans de leur droit de vote. De quoi tordre le cou à l’image d’Épinal de la Suisse comme pays à faible participation.