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Images d’une enclave européenneRegards croisés sur Kaliningrad, la petite Russie

L’ex-Prusse-Orientale, territoire russe, photographié par Dominique de Rivaz et Dmitri Leltschuk dans un livre aux volets en couleurs et en noir et blanc.

Dominique de Rivaz entretient avec la Russie une histoire qui dure depuis plus de quarante ans.
Dominique de Rivaz entretient avec la Russie une histoire qui dure depuis plus de quarante ans.
DR

L’histoire que Dominique de Rivaz entretient avec la Russie depuis plus de quarante ans n’en finit pas de s’étoffer au fil des voyages, des rencontres et des projets. Sept ans après «Élégie pour un phare», film du deuil de son père pour lequel elle était partie dans le Grand-Nord et dont elle était revenue avec un ouvrage réalisé avec le photographe Dmitri Leltschuk, «Les hommes de sable de Choïna», la cinéaste est de retour avec un projet russe, réitérant la collaboration avec l’homme d’images biélorusse.

Une chanteuse se produit devant les étudiants de l’Académie d’État pour la flotte de pêche.
Une chanteuse se produit devant les étudiants de l’Académie d’État pour la flotte de pêche.
DMITRI LELTSCHUK

Celle qui faisait ses premières armes aux côtés du cinéaste Bakhtiar Khudojnazarov, en plein tournage de «Bratan» au moment où le Tadjikistan gagne son indépendance en 1991, s’est plongée cette fois dans une facette tout à fait particulière de cette Russie qu’elle fréquente depuis longtemps: Kaliningrad, ville et enclave russe en Europe, fichée entre la Pologne et la Lituanie, anciennement partie de la Prusse-Orientale.

La Coupe du monde de football de 2018 passait par le stade Arena-Baltica de Kaliningrad, inauguré à cette occasion et surnommé «le bouchon flotteur» parce qu’il est construit sur des marécages.
La Coupe du monde de football de 2018 passait par le stade Arena-Baltica de Kaliningrad, inauguré à cette occasion et surnommé «le bouchon flotteur» parce qu’il est construit sur des marécages.
DOMINIQUE DE RIVAZ

«Je suis d’abord partie par ennui de la Russie, se souvient l’ancienne concurrente de «La Course autour du monde» en 1978. Je vis avec mon mari à Berlin et la destination n’est qu’à un peu plus de 600 km de la capitale allemande. Dmitri avait déjà réalisé ses images sur la côte baltique et j’étais curieuse de cette «Ostpreussen» reléguée dans les livres d’histoire. À vrai dire, il y avait aussi une autre raison: à l’étage d’en dessous de chez nous vivait une femme un peu folle, de cette génération qui avait dû fuir la Prusse-Orientale et qui m’avait dit: les hommes sont des animaux. Elle avait subi des viols et cette déclaration s’était plantée comme une écharde dans mon cœur qui ne m’avait jamais quittée.»

Elena Masko dans la maison des Soviets, tour érigée dans les années 1960 sur l’emplacement du château de Königsberg.
Elena Masko dans la maison des Soviets, tour érigée dans les années 1960 sur l’emplacement du château de Königsberg.
DMITRI LELTSCHUCK

L’ancienne Königsberg

En deux ans, Dominique de Rivaz fera six fois le voyage en direction de l’ancienne Königsberg, la ville de Kant, philosophe qui ne parvint pas à donner son nom au récent aéroport de Kaliningrad, baptisé Elisabeth, du nom de l’impératrice de Russie… Trophée de guerre de Staline, la Prusse-Orientale fut nettoyée de son héritage allemand à grande échelle. La population y fut déplacée, au profit d’une migration de remplacement. Même si de rares bâtiments ont été plus ou moins préservés, les traces du passé prusse ne sont pas légion, surtout pour le visiteur non averti.

Le quartier de Baltraïon à Kaliningrad. Considéré comme mal famé, il a acquis ces dernières années un charme méridional.
Le quartier de Baltraïon à Kaliningrad. Considéré comme mal famé, il a acquis ces dernières années un charme méridional.
DOMINIQUE DE RIVAZ

«Pendant mes visites, j’ai habité pendant des mois dans la famille de celle qui est devenue une amie, Elena Masko, et qui m’a indiqué de nombreux endroits stratégiques.»Entre les images en noir et blanc de Dmitri Leltschuk et celles en couleur de Dominique de Rivaz, ce livre réalise un équilibre fascinant entre une évocation rugueuse du passé et la documentation de ses vestiges tels qu’ils peuvent encore apparaître au visiteur d’aujourd’hui. La cinéaste-photographe verrait d’ailleurs bien son ouvrage servir la cause du tourisme de Kaliningrad, «introduction idéale à la Russie», mais sans se faire d’illusion sur l’avenir politique de la région. «C’est un débouché sur la mer pour Poutine, en plus c’est la ville de sa belle-mère. Il y tient, l’indépendance n’est pas pour demain.»

2 commentaires
    Alix Lecor

    Kaliningrad / Prusse orientale, territoire d'origine germanique depuis le IIème siècle, volé à l'Allemagne en 1945.