AboEn concert à GenèveRencontre avec Nancy Vieira, sur les pas de Cesaria Evora
À L’épicentre samedi 11 mars, avec les Ateliers d’ethnomusicologie, la chanteuse reprend «mornas» et «coladeiras» insulaires. L’occasion d’évoquer ses racines africaines avec vue sur le Brésil.

Parfois, au fil d’une morna, chanson traditionnelle cap-verdienne, le timbre solaire de la petite guitare cavaquinho se confond avec sa cousine portugaise, la guitarra. Parfois aussi, la plainte subtile du chant prend des couleurs d’outre-Atlantique, se liant d’un regard avec l’au-delà de l’océan, jusqu’au Brésil.
Il y avait de tout cela chez Cesaria Evora, figure unique dans l’histoire du Cap-Vert, disparue en 2011. Nécessairement, il y a de tout cela aussi chez ses héritiers, hommes ou femmes. Ainsi de Nancy Vieira, en concert samedi 11 mars à L’épicentre de Collonge-Bellerive, avec en première partie Germán López, des Canaries.
«Mornas» insulaires
Les longues traversées d’une rive à l’autre de la planète musicale motivent depuis des décennies les Ateliers d’ethnomusicologie (ADEM). L’institution attachée aux répertoires traditionnels marque chaque saison d’un festival. À l’orée du printemps, l’association dirigée par Fabrice Contri visite cette fois la Macaronésie.
Ici, les «îles des bienheureux», baptisées dans l’antiquité grecque pour situer la frontière ouest du monde connu. Au large de l’Ouest africain, du nord au sud, ce sont les Açores, Madère, les Canaries et le Cap-Vert. À l’autre bout de la Terre, à Genève, deux autres soirées encore, du fado le 19 mars à l’Alhambra avec le Mário Lundum Quartet, puis le trio Roberto Moniz, Roberto Moritz et Paulo Esteireiro, de Madère, le 24 mars au Sud des Alpes.
«Les émotions les plus fortes viennent toujours en créole.»
Le cadre est posé. Le son tourne comme une toupie. Des mornas, on vogue vers les coladeiras, avant d’accélérer le pas au rythme funaná, batuque, tabanka encore, trois styles plus proches du continent africain. En face du Cap-Vert, les terres restent pour les insulaires ce berceau culturel d’où tout est venu. «En comparaison, explique la musicienne, mornas et coladeiras s’apparentent au fado portugais, à la musique populaire brésilienne aussi, dont le Cap-Vert a adopté tendrement la samba, au classique également.»
Lors de notre rencontre dans un hôtel genevois, ce vendredi 10 mars, la conversation se déroule en français. Nancy Vieira sait naviguer entre les mondes. «Tel est le grand cadeau de mes parents, qui ont toujours été aussi amoureux que cultivés.»
Jusqu’à Lisbonne
Elle est née en Guinée-Bissau. En 1975, année de l’indépendance du Cap-Vert. Elle raconte comment ses parents, inscrits dans un mouvement de libération du pays, se sont rencontrés dans l’adversité. Nancy Vieira a 4 mois lorsque sa famille peut enfin retourner à la maison. Le mouvement deviendra parti unique. À 14 ans, lorsque son père, diplomate, est nommé à Lisbonne, Nancy Vieira, enfin, découvre le Portugal, où elle vit toujours depuis trente ans.
«Les émotions les plus fortes viennent toujours en créole. J’ai ressenti le plus souvent la saudade lorsque je me suis retrouvée ailleurs. Quand me manquaient les amis, quand me manquaient la mer, le soleil, tout, dans ces moments cette envie de chanter grandissait.»
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Pour la première fois, la chanteuse cap-verdienne se produit à Genève. Grâce à Cesaria Evora, dit-elle. Grâce à la «diva aux pieds nus», célébrée aussi pour avoir «ouvert toutes les portes» qu’emprunte aujourd’hui la nouvelle génération d’artistes.
Nancy Vieira chante à Genève les mornas du «tout petit pays, qui voit les autres en si grand» qui est le sien. Immense répertoire. Qui vaut, dit-elle encore, de s’attarder auprès des aînés, de Cesaria Evora bien sûr, et d’autres aussi, tous disparus aujourd’hui et qui n’auront pas connu le même succès. Les Bana – «l’Evora en homme», sourit Nancy Vieira – et puis Titina encore, Celina Pereira comme Ildo Lobo.
Du Cap-Vert aux Açores, du 11 au 24 mars. Infos: adem.ch
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