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Rentrée littéraire romande
Un roman biographique revient sur l’affaire Gurlitt

Par la grâce de la fiction, Marie Perny nous fait voyager dans les souvenirs de Cornelius Gurlitt, et approcher ce qui a scellé le destin d’un homme et de sa famille en temps de guerre.
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En septembre 2011, dans un appartement de Munich, un vieil homme hébété dialogue avec des murs dénudés. Ils portent la trace des tableaux qui viennent d’être saisis. Il s’insurge. Les 1200 toiles qu’on lui a prises lui appartiennent. Cet octogénaire perdu dans ses pensées, c’est Cornelius G., dont la Vaudoise Marie Perny propose une «vie imaginaire». L’autrice poursuit dans le domaine pictural après son premier roman «Les radieux», prix du public de la RTS 2015. L’on reconnaît ici Cornelius Gurlitt. Mais qui était-il? Qu’est-ce qui l’a amené à léguer les œuvres, qui lui ont finalement été restituées, au Kunstmuseum de Berne?

L’homme n’a laissé aucun écrit, l’imagination prend donc le relais pour mieux cerner cet «ermite païen» qui a vécu à l’abri du besoin et des regards, voué tout entier à préserver la collection paternelle.

Voyageant dans les souvenirs de l’octogénaire, le court roman donne corps à une réalité plus subtile que les gros titres qui ont annoncé en 2013 la découverte d’un énorme trésor d’art volé aux Juifs à l’époque nazie. Au fil de sa rêverie se dévoile le traumatisme encore vivace de la Seconde Guerre mondiale, et ce qui a amené son père, directeur de musée déchu car classé comme quart de juif, à devenir acheteur de tableaux pour les nazis.

Sauver les œuvres… et sa peau

Dans les méandres de sa réflexion, le fils entrevoit cette vérité à propos de son père: «Sauver les œuvres, sauver sa peau, deux missions qu’il a confondues.» Sur la route des souvenirs, l’on croise des toiles, dont un Monet de la série du «Pont de Waterloo», acquis avant la première guerre par les grands-parents de Cornelius, à une époque où l’impressionnisme français était encore accessible.

Il n’est pas question ici de juger, mais d’explorer les nuances. Marie Perny excelle à nous faire sentir, à travers la trajectoire d’une famille férue d’art chamboulée par la guerre, la complexité des choix à opérer sous pareil régime. Se dessine aussi le drame intime d’un fils qui, à la fin du conflit, a vu son avenir bouleversé une nouvelle fois à la mort de son père. En plus des tableaux, il a hérité de la mission de les conserver. Sa vie complète y a passé.