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Rentrée littéraire
Serge Joncour reconfine, pour déconfiner nos souvenirs

Serge Joncour revient dans «Chaleur humaine» sur un temps qui semble déjà loin: celui du confinement.
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Après «Nature humaine», Prix Femina 2020, Serge Joncour publie «Chaleur humaine». Un seul mot change, mais tout a changé. Ou du moins, l’a-t-on cru avec ce virus qui est arrivé entre les deux livres. C’est justement de janvier à mars 2020 que l’auteur français situe son intrigue, là où «Nature humaine» s’étendant sur trois décennies. On se souvient à quel point, pratiquée sur le vif, la démarche du journal de confinement avait peu convaincu, mais ici, le recul a permis une construction romanesque qui cerne mieux la réalité d’alors que des mots jetés dans l’urgence.

L’auteur observe le monde basculer par le prisme d’une famille paysanne écartelée entre ville et campagne. Vanessa, Caroline et Agathe: voilà le nom des trois éoliennes qu’Alexandre voit depuis sa ferme. Des géantes d’acier qu’il regarde le cœur pincé. Il les a appelées comme ses sœurs parties à la ville en lui laissant, en cadeau, «trois frangines de plus cent tonnes chacune».

Petit à petit cependant, tandis que ces femmes déboussolées reviennent chercher du réconfort dans leur maison d’enfance, seule ou avec leur famille,  Alexandre le paysan montre des ressources insoupçonnées. Elles le savaient fermier, elles le découvrent aussi en amoureux tranquille de Constanze, qui vit dans une forêt préservée en vue d’observations scientifiques. Il se révèle aussi l’indispensable soutien de leurs parents vieillissants. C’est lui, aussi, qui décidera de mettre tout le monde au travail… Car virus ou pas, la terre n’attend pas.

Malice et humanité

Le roman brosse ce portrait familial avec malice et humanité. Un petit monde, bientôt complété de trois attendrissants chiots sauvés d’un trafic d’animaux, qui évolue dans une nature bouleversée. On y lit une paysannerie aux avant-postes des violentes tempêtes, des étés qui arrivent toujours plus vite, de la tuberculose bovine ou des arbres attaqués par des scolytes que les hivers trop doux ne suffisent pas à éradiquer.

L’auteur rappelle aussi avec ironie les vœux de retour à la terre et à une vie plus simple formulés dans l’hébétude du confinement, qui ont eu le destin que l’on sait. Le romancier travaille ici contre notre mémoire courte, et c’est salutaire. 

Serge Joncour sera au Livre sur les quais ve 1er sept., sa 2 et di 3. Infos: www.lelivresuresquais.ch