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Reprise des arts vivantsRépéter à distance? Les artistes se rebiffent

La première version du concept de protection imaginé par l’Union des théâtres suisses provoque une levée de boucliers dans les arts de la scène et la musique classique.

En Hongrie, les danseurs (ici le Ballet Company of Gyor, lundi 18 mai) portent des masques pendant les répétitions. Qu’en sera-t-il en Suisse?
En Hongrie, les danseurs (ici le Ballet Company of Gyor, lundi 18 mai) portent des masques pendant les répétitions. Qu’en sera-t-il en Suisse?
KEYSTONE

Imaginez deux comédiens éructant leurs répliques cinglantes, face à face mais à cinq mètres l’un de l’autre. Ou un essaim de danseurs forcé de se disséminer aux quatre coins du plateau, interdits de tout contact. Imaginez, encore, un pianiste et une chanteuse soliste séparés par une vitre en plexiglas. Au théâtre comme dans la musique, les spectacles de demain risquent bien de ressembler à ce drôle de tableau, si la Confédération et les Cantons devaient suivre le concept de protection conçu par l’Union des théâtres suisses (UTS), orchester.ch et l’Association suisse des techniciens de théâtre et de spectacle (svtb-astt), en partenariat avec une entreprise de sécurité. Publiée en allemand, la première mouture de ce document de 54 pages, dévoilée par la RTS, et son résumé traduit en français, font bondir les acteurs du milieu. Les initiateurs de la charte, eux, ne souhaitent pas commenter avant la diffusion de la version définitive.

Règles draconiennes

«Ils sont complètement dans le fromage!» s’insurge Jean-Luc Borgeat, comédien et metteur en scène bien connu des planches vaudoises. Cela va à l’encontre de ce que doit être le théâtre.» Car le document édicte des règles draconiennes rien que pour les répétitions: prise de température des interprètes, distances de 2 mètres voire de 3 à 5 mètres en cas de face-à-face, formation d’équipes fixes, etc. «Ce qui nous heurte le plus, c’est qu’une faîtière fasse comme s’il était réaliste de travailler dans de telles conditions, s’emporte Anne Papilloud, secrétaire générale du Syndicat suisse romand du spectacle (SSRS). Nous aurions souhaité, au contraire, qu’elle pointe l’impossibilité pour 90% des travailleurs de répéter avec de telles contraintes.»

Il faut dire que l’enjeu est crucial. Le 27 mai, le Conseil fédéral se prononcera sur la réouverture des salles de spectacle et de concert, prévue le 8 juin. «Nous craignons que l’on nous dise: regardez, c’est possible de tout rouvrir, la preuve dans ce document!»

«Ces mesures vont à l’encontre de ce que doit être le théâtre»

Jean-Luc Borgeat, comédien et metteur en scène

Une complainte partagée dans le domaine de la musique classique, où l’on pointe un autre problème: ces recommandations ne tiennent pas compte d’études européennes qui ont notamment montré que les aérosols dégagés par les instruments à vent sont extrêmement restreints au-delà de 50 cm. L’ Allemagne a d’ailleurs déjà statué sur le sujet, recommandant une distance d’un mètre 50 entre les musiciens à cordes et de 2 mètres pour les souffleurs. «Plus on attend avant de rejouer, plus ce sera difficile», fait ainsi remarquer Estelle Revaz, violoncelliste soliste, en panne de revenus.