AboRestructuration bancaire«UBS ne paiera probablement pas d’impôts sur ce bénéfice de 25 milliards»
L’intégration de Credit Suisse au sein de son concurrent UBS se fait au pas de charge. L’avis d’un observateur de la place financière sur les conséquences de cette reprise.

Credit Suisse va disparaître. C’est maintenant officiel. Toutes les activités de l’ex-numéro deux bancaires du pays seront progressivement regroupées sous la bannière UBS. Le point sur les conséquences de cette disparition avec Henry Peter, professeur à la Faculté de droit de l’Université de Genève, spécialiste du monde bancaire.
UBS veut économiser près de 9 milliards de francs avec cette opération. Faut-il s’inquiéter pour l’emploi en Suisse?
Environ 3000 postes de travail devraient disparaître d’ici à 2026 dans le pays, et 35’000 au total dans le monde (ndlr: environ 8000 personnes ont déjà quitté Credit Suisse ces derniers mois). Les deux établissements (ndlr: qui emploient au total 123’000 personnes, dont 35’000 en Suisse) sont concernés. La nouvelle direction d’UBS comporte un tiers de dirigeants de Credit Suisse. Ce n’est pas une purge où l’on se séparerait de tous les anciens de Credit Suisse. De plus, de nombreux employés hautement qualifiés issus des deux banques vont retrouver ou ont déjà retrouvé un emploi ailleurs.
Est-il finalement positif que la marque Credit Suisse disparaisse à la suite de sa débâcle?
Je pense que c’est positif en termes de création de valeur. Avec cette intégration, des économies d’échelles seront réalisées, car il existe de nombreux doublons dans les activités. La nouvelle UBS va gagner en efficience. La question des bureaux et de l’immobilier se pose. Des succursales ou des sièges seront fermés et vendus. Certaines activités de banque d’affaires, risquées (ndlr: trading, fusions et acquisitions, etc.), basées surtout à Londres et New York, ont déjà été réduites.
La nouvelle UBS a dégagé 25 milliards de bénéfices, fruit de la valeur du Credit Suisse, rachetée pour… 3 milliards. Un hold-up?
Je dirais que c’est une bonne nouvelle pour UBS. Ce dernier a pris un risque qui s’avérera très probablement profitable à terme. N’oublions pas que Credit Suisse était au bord du précipice et qu’UBS a dû prendre une décision sans en connaître précisément les conséquences. Près de 7 milliards de provisions ont été enregistrées au dernier trimestre (ndlr: actifs non stratégiques, doublons informatiques, indemnités de licenciements, litiges juridiques, etc.), dont certaines pour des risques sur les investissements qui n’avaient pas encore été adéquatement pris en compte. Tout cela est aujourd’hui comptabilisé. Le bénéfice impressionnant dont on parle est de nature comptable et ne doit pas être confondu avec un bénéfice ordinaire. Mais il va renforcer les fonds propres du nouveau groupe, donc sa solidité.
«Ce bénéfice va renforcer les fonds propres du nouveau groupe.»
La nouvelle UBS va-t-elle payer des impôts sur ces 25 milliards?
Je pense que non, car ce bénéfice ne passera pas par son compte de pertes et profits. Comptablement, le bénéfice taxable en 2023 sera probablement très inférieur, à plus forte raison compte tenu des pertes dégagées par Credit Suisse ces dernières années (ndlr: 7,3 milliards perdus en 2022 par exemple, fiscalement déductibles).
La nouvelle UBS est-elle une entité sûre?
Oui, c’est l’un des établissements les plus sûrs au monde actuellement. Les ratios communiqués, notamment celui sur les fonds propres qui dépasse 14% (ndlr: capital et réserves comparés à la taille de son bilan) sont très solides au plan international. À cet égard, la forte hausse de l’action, plus de 30% depuis le début de l’été, dont près de 6% aujourd’hui, démontre sa crédibilité dans les marchés.
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Face à ce géant bancaire, les autorités de surveillance bancaires doivent-elles en faire davantage pour diminuer les risques de nouvelle faillite?
J’estime que la FINMA peut-être rassurée à ce stade. À titre de comparaison, les ratios de fonds minimum propres demandés à l’international dans le cadre des Accords de Bâle sont de 4,5%.
En termes de concurrence, la mort de Credit Suisse ne va-t-elle pas signifier une hausse du coût du crédit et des frais bancaires dans le pays?
En Suisse, les clients et entreprises ont aujourd’hui des alternatives crédibles en termes de concurrence avec la présence des banques cantonales, de Raiffeisen et d’autres entités. Tous ces établissements octroient des crédits aux PME ou hypothécaires. Pour les transactions à l’international, il n’y a pas forcément besoin de deux acteurs suisses. Les entreprises peuvent aller frapper à la porte des grandes banques européennes, américaines ou anglaises pour leurs opérations commerciales ou de banque d’affaires.
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