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Les Australiens ont encore du jusRetour de courant pour AC/DC

Démence, surdité, décès, drogue, taule… la vieillesse semblait un naufrage pour les vétérans hard rock. Contre toute attente, ils remettent un fusible dans la boîte.

Réunis sur disque, peut-être sur scène et (merci Photoshop) sur la photo, les cinq d’AC/DC reviennent après des années houleuses.
Réunis sur disque, peut-être sur scène et (merci Photoshop) sur la photo, les cinq d’AC/DC reviennent après des années houleuses.
DR

En 1977, Bon Scott écrivait «Bad Boy Boogie». Trois ans plus tard, il périssait bêtement dans son vomi à l’arrière d’une voiture, preuve qu’il connaissait son sujet. Avec lui, AC/DC perdait son premier vocaliste et son seul vrai «mauvais garçon», ce mâle stéréotype cuit dans la bière et la testostérone que le groupe australien ne cesse de chanter depuis bientôt un demi-siècle. Malgré toutes les tentatives pour rendre AC/DC plus effrayant qu’il ne l’est réellement (dont la bonne vieille légende urbaine du «sens caché satanique» de son nom, brrr) la formation fut d’une constance exemplaire dans l’équilibre entre succès maous («Back in Black», second disque le plus vendu de l’histoire derrière «Thriller» de Jackson) et discrétion de son personnel. Hormis le goût suspect d’Angus Young pour les costumes d’écolier: RAS.

Et puis, un truc a cassé. En l’espace de quelques mois, entre 2014 et 2016, les Australiens ont déconné comme jamais. Malcom Young, d’abord, frappé par les signes d’une démence précoce qui força le fondateur et premier compositeur à ranger sa guitare et entrer en institution – il y mourra en 2017, à l’âge de 64 ans. Phil Rudd, ensuite, menotté chez lui par la police qui le soupçonnait d’ourdir l’assassinat de son assistant personnel. N’ayant pas trouvé de preuve mais beaucoup d’amphétamines, elle condamna le batteur à 8 mois de violon. Brian Johnson, surtout: en pleine tournée américaine, le chanteur annonce que son médecin lui interdit de monter sur scène un seul soir de plus, au risque qu’il devienne totalement sourd (Johnson, pas son médecin). Tout est annulé. Dans la foulée, AC/DC communique en deux phrases que son vocaliste depuis 1980 ne fait plus partie du personnel. Sympa. Cliff Richards, enfin, trouvait que tout cela commençait à bien faire: le bassiste annonça son départ à la retraite en 2018.

«Nous nous sommes pardonnés lors des funérailles de Malcom.»

Brian Johnson, chanteur d’AC/DC

Ces mésaventures étaient d’autant plus ballotes que l’album au cœur des agitations, «Rock Or Bust», s’imposait comme le meilleur d’AC/DC depuis des décennies. Taillé à l’os, court et énergique, composé à partir de démos laissées par Malcom que retravailla son frère Angus, le disque montrait un gang au sommet de sa concision blues et de sa frappe électrique. Mais qui voulait encore parier sur le futur (voire le présent) de ce groupe ectoplasme dont, sur scène, seul Angus Young, sa Gibson SG et son duck walk à la Chuck Berry rappelaient la gloire perdue, avec à ses côtés l’embarrassant Axl Rose pour singer dans les aigus les merveilleux beuglements de Bon Scott et de Brian Johnson? «Nous ne voulions pas arrêter de tourner, cela mettait sur la touche 90 personnes», expliquera le guitariste.

Oreilles bioniques

Des contingences économiques ou des envies musicales, on ne saura sans doute jamais ce qui aura été le moteur des retrouvailles. Car avant d’être une histoire de potes, AC/DC est une affaire à 200 millions de disques écoulés, l’un des ultimes mastodontes capables de réunir autour d’un riff de rock des centaines de milliers de fans lors de ses tournées mondiales. Le genre de business dont on ne tire pas la prise à la légère. «Nous nous sommes pardonnés lors des funérailles de Malcom», assure Brian Johnson. Qui aurait servi de cobaye de luxe à une entreprise de technologie auditive capable de sauver son ouïe. «Un nouveau truc génial, mais je n’ai pas le droit d’en dire plus, j’ai signé une clause de confidentialité», minaude-t-il sous sa casquette.

Beaucoup de mystères pour une certitude: AC/DC a sorti son 17e album le 13 novembre 2020, avec à son bord ses membres historiques non retenus ailleurs pour cause de décès – Stevie, 63 ans, continue de manier la guitare auprès de son oncle (!) Angus, 65 ans. Chez les Young, le sens du riff est un atavisme. Dans son laboratoire high-tech, a-t-on soufflé à l’oreille de Johnson que la pandémie serait bientôt vaincue? On peine à imaginer un disque d’AC/DC sans tournée des stades pour l’accompagner – une routine qui semblait éternelle depuis les années 1980… Et si vaincre le Covid signifiait rempiler pour quarante ans supplémentaires de concerts bondés, de sueur partagée, de casquettes à cornes emmêlées, de baudruches mamelonnées et de coups de canon assénés? Allez, on signe quand même et on dit merci, AC/DC.

2 commentaires
    Bullshit Detector

    Cliff Williams, M. (em)Barras... - pas Richard (qui était le joli minois des Shadows), et encore moins Richards (avec un s, le Pirate des Caraïbes des Stones).

    Sinon, bon article, I salute you. 😈