Élections américainesRetour sur le livre phénomène du colistier de Donald Trump
En 2016, les observateurs voyaient dans le récit autobiographique «Hillbilly élegie» de J.D. Vance une explication sociologique à la popularité du futur président.

Été 2016. Le candidat républicain à la présidence Donald Trump grimpe dans les sondages. Et voilà que le récit autobiographique «Hillbilly élégie» déboule en librairie. Un jeune trentenaire y revient sur son parcours de transfuge de classe né chez les «ploucs» (hillbillies) des Appalaches. Une région sinistrée par la désindustrialisation, où la violence le dispute au fatalisme.
Mamaw, la matriarche, est une dure à cuire, du genre à bouter le feu au grand-père rentré ivre une fois de trop ou à menacer de rouler sur le dealer qui s’approcherait par trop de son petit-fils. Lequel réussit à intégrer l’exigeant Marine Corps, première étape décisive vers son ascension sociale.
«Analyse sociologique perspicace»
Les observateurs s’enflamment. La voilà, l’incarnation de cette Amérique déclassée et séduite par un candidat richissime et urbain qui lui ressemble si peu. Le «New York Times» voit dans le récit (la traduction française date de 2017) une «analyse sociologique bienveillante et perspicace […] qui fournit sans le vouloir un manuel de référence civilisé à une élection qui ne l’est pas».
L’auteur est brillant – éduqué à Yale, il a rejoint la Silicon Valley – et posé. «L’idéologie politique oublie souvent que les gens sont compliqués», dit-il alors. Non, il ne votera pas pour Trump. Il est classiquement conservateur, croit en l’individualisme et à la volonté plutôt qu’aux aides fédérales qui ont endormi les siens, dit-il.
Un an plus tard, Donald Trump est devenu président des États-Unis. En 2020, sous la houlette de Ron Howard, le livre devient un film Netflix médiocre avec Glenn Close en Mamaw vulgaire. Rares sont les voix, comme celle de la Démocrate du Kentucky Cassie Chambers Armstrong, qui s’élèvent pour dénoncer la vision trop simpliste et trop blanche des laissés-pour-compte véhiculée par l’auteur.
Depuis, l’homme est retourné en Ohio, a fondé une famille. Et il s’est lancé en politique avec des positions qui se sont radicalement durcies ces dernières années. «Hillbilly élégie», c’était une arnaque, ne vous laissez pas avoir», s’affole le «LA Times». Déjà écoulé à 1,9 million d’exemplaires, le récit est, depuis l’intronisation de son auteur par Donald Trump lundi soir, remonté en tête des ventes sur Amazon.
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