AboMaison de Tara dans le canton de GenèveRetraités chassés de leur logement pour un projet de résidence sociale
Afin de reloger une structure de soins palliatifs, la mairie de Chêne-Bougeries a résilié après vingt-cinq ans le bail de ce couple, le plongeant dans l’incertitude.

C’est ce qu’on appelle l’effet domino. L’agrandissement d’une école publique à Chêne-Bougeries contraint la Maison de Tara à déménager, car la villa qu’elle occupe va être démolie. La Commune possède une autre maison où elle a décidé d’installer cette structure de soins palliatifs qu’elle soutient depuis le début, mais cela implique de déloger à son tour un couple de retraités qui y vit depuis vingt-cinq ans, et qui se retrouve ainsi plongé dans l’incertitude.
En janvier, Michel et Anita Péguet, respectivement âgés de 84 et 76 ans, ont reçu un coup de massue sur la tête quand la mairie de Chêne-Bougeries leur a annoncé que leur bail était résilié pour fin novembre. «Nous en avons eu le souffle coupé», confie Madame. Son mari, lui, ne peut contenir ses larmes.
Ils savent bien qu’ils ne retrouveront jamais un appartement aussi avantageux. Ce 6,5 pièces de 100 m², au premier étage d’une demeure de trois logements entourée d’un vaste jardin, ne leur coûte que 1800 francs par mois, y compris deux places de parc. Mais même en revoyant leurs exigences à la baisse, ils craignent d’avoir du mal à dénicher un appartement abordable, vu l’état du marché immobilier à Genève.
Un air de déjà-vu
Tout cela a comme un air de déjà-vu pour le couple. Il a emménagé ici il y a vingt-cinq ans, après avoir dû quitter la maison qu’il louait précédemment à la Commune, lorsqu’elle avait été rasée en raison de l’agrandissement d’une école privée (au bénéfice d’un droit de superficie). Ironie du sort, cette villa où les Péguet avaient vécu trente ans se trouvait sur la parcelle voisine de celle occupée actuellement par la Maison de Tara.
«À l’époque, se souvient Michel Péguet, on nous a tout de suite proposé de nous reloger ici. Le maire nous avait même promis que ce serait la dernière fois que nous devrions déménager.» Une autre conseillère administrative avait évoqué la possibilité d’emménager ultérieurement dans l’appartement du rez-de-chaussée – plus pratique pour des personnes âgées – dès qu’il se libérerait. Mais ce n’étaient que des promesses orales et ces magistrats ne sont plus en poste depuis longtemps.
Cela fait maintenant près de dix ans que l’appartement du rez est vide, pourtant on ne le leur a jamais proposé. Il y a par ailleurs un logement en duplex aux deux derniers niveaux de la maison, qui abrite des réfugiés ukrainiens.
«Nous nous sommes sentis ignorés. C’était comme si la maison où nous vivons était vide et n’attendait que de trouver de nouveaux occupants.»
Le Conseil municipal de Chêne-Bougeries a récemment voté à l’unanimité un crédit pour rénover l’ensemble et l’adapter aux besoins de la Maison de Tara. Mais lors des débats, personne n’a mentionné les actuels locataires ni ce qu’il allait advenir d’eux. Aussi, quand ils ont lu l’article de la Julie sur le futur déménagement de la Maison de Tara, Michel et Anita Péguet ont eu un second choc: «Nous nous sommes sentis ignorés. C’était comme si la maison où nous vivons était vide et n’attendait que l’arrivée de nouveaux occupants.»

Proposition refusée
Une régie immobilière a été chargée par la Mairie de proposer un nouveau logement au couple. Elle lui en a fait visiter un en janvier à Chêne-Bourg, toutefois il ne convenait pas aux retraités. «Cela ne nous dérange pas d’aller dans un appartement moins grand et sans jardin, mais celui que nous avons visité n’a qu’un petit balcon donnant directement sur la route», explique Anita Péguet, qui aimerait avoir un peu plus de place pour cultiver ses fleurs. «Il y en a d’autres disponibles dans l’immeuble, mais leur loyer est trop cher pour nous.»
Depuis lors, ils n’ont pas reçu de nouvelles propositions. «Cela nous stresse car nous sommes déjà en mars et nous ne savons toujours pas où aller.» La Commune s’est engagée à payer les frais de déménagement jusqu’à hauteur de 4200 fr. et à prendre en charge une éventuelle différence de loyer pendant un an. Une offre appréciable mais qui ne change pas grand-chose dans le choix du futur appartement: «Notre retraite ne va pas augmenter dans un an…»
Le couple souhaite en outre rester aux Trois-Chêne, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où se trouvent ses amis et une de leurs filles. Né à Chêne-Bougeries, Michel Péguet y a même longtemps été pompier volontaire.
Pas d’alternative
À l’administration communale, on explique qu’il faut parfois faire des arbitrages entre l’intérêt collectif et les intérêts individuels, et qu’en l’occurrence, après avoir étudié de nombreuses alternatives, il s’est avéré que seule cette bâtisse correspond aux besoins spécifiques de la Maison de Tara.
Cela dit, la Commune ne commente pas ce cas particulier, par respect de la sphère privée, mais assure que ce genre de situation est toujours suivi avec bienveillance par les autorités, afin de trouver des solutions de relogement. De leur côté, Michel et Anita Péguet ont pris un avocat pour défendre leurs intérêts. «Nous ne cherchons pas à rester ici à tout prix, mais nous voulons seulement qu’une solution convenable soit trouvée.»
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