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Conférences sur internetRien, c’est aussi parfois très bien

L’espace d’exposition architectural de l’EPFL Archizoom organise une excitante série d’interventions autour du rien plutôt que quelque chose ou du «je préférerais ne pas». Le musicien Brian Eno fait partie des participants.

Le musicien et producteur britannique Brian Eno, expérimentateur sonore depuis ses débuts au sein de Roxy Music et aux côtés de David Bowie, fait partie des invités d’Archizoom, le 24 novembre prochain.
Le musicien et producteur britannique Brian Eno, expérimentateur sonore depuis ses débuts au sein de Roxy Music et aux côtés de David Bowie, fait partie des invités d’Archizoom, le 24 novembre prochain.
KEYSTONE

Archizoom a-t-il anticipé un confinement de deuxième vague? On pourrait le croire au moment où l’espace d’exposition architectural de l’EPFL propose toute une série de conférences et de rencontres, certes virtuelles et donc en ligne, avec des artistes, des designers, des historiens de l’art. Encore de l’empressement à vouloir saturer nos isolements pourtant propices à un salutaire dénuement?

Cyril Veillon, responsable des lieux, s’en défend et plutôt bien. «Nous nous sommes laissés guider par la vidéo de l’artiste Francis Alÿs (ndlr: premier intervenant de la série), où il promène un glaçon jusqu’à ce qu’il fonde et disparaisse sur le principe de «Sometimes Doing Nothing Leads to Something» («Parfois, ne rien faire mène à quelque chose).» Archizoom se propose donc d’explorer le rien, le pas grand-chose, mais aussi le minimalisme, la récupération, toutes sortes d’attitudes qui en sont des formulations possibles.

Le plus fameux des intervenants, Brian Eno, musicien, producteur et expérimentateur célèbre, posera la question «Et si le silence était suffisant?» Variation un peu plus subtile que le tout ou rien… À noter que le rendez-vous avec la star britannique – le 24 novembre à 18h30 – est l’un des seuls où il faut s’enregistrer, le maître commençant par une séance de questions-réponses avec le public.

«Nous nous sommes laissés guider par la vidéo de l’artiste Francis Alÿs, où il promène un glaçon jusqu’à ce qu’il fonde et disparaisse.»

Cyril Veillon, directeur d’Archizoom

Le 17 novembre, le critique d’art Nicolas Bourriaud appliquera le questionnement à son domaine en se demandant si l’on peut exposer… rien. Ce qui est déjà quelque chose, comme l’avait démontré en son temps l’artiste Yves Klein. Le rien ou le vide ne seront pas toujours aussi explicitement abordés. Le 12 novembre, les artistes Adrian Paci et of Lek M. Gjeloshi évoqueront une mémoire possiblement vouée à l’évanouissement, tandis que Marson Korbi se demandera, le 26 novembre, si l’ennui est toujours possible en cette époque de sollicitations numériques infinies ou, dans une perspective plus historique, explorera les techniques d’écriture de la «beat generation», le 9 novembre, sans forcément conseiller à ses auditeurs les mêmes drogues que ces écrivains qui prisaient grandement la benzédrine. Le 1er décembre, François Bovier s’attaquera au cinéma en s’interrogeant sur la possibilité d’un film transparent…

La liste est loin d’être exhaustive car plusieurs professeurs invités, qu’ils soient designers ou architectes, auront aussi l’occasion d’évaluer s’il ne vaudrait pas mieux – parfois – ne rien ajouter à un monde qui ressemble toujours plus à un gigantesque artefact. Autant dire que le «Less is more» de Mies van der Rohe pourrait aussi muter en «Less is beautiful». Les moins que rien du confinement apprécieront!