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Menace de faillite pour son clubRien n’est simple pour Sébastien Wüthrich en Roumanie

Le propriétaire milliardaire de son club, Astra Giurgiu, est sous les verrous. Les salaires ne sont plus versés. Le Neuchâtelois venait de gagner enfin ses galons de titulaire.

Sébastien Wüthrich peut compter sur le soutien de sa femme, Marie. Pour se changer les idées, il découvre la Roumanie. Ici une escapade du côté de Brasov.
Sébastien Wüthrich peut compter sur le soutien de sa femme, Marie. Pour se changer les idées, il découvre la Roumanie. Ici une escapade du côté de Brasov.
Ldd

Le chemin de croix avait commencé au Servette FC l’hiver dernier. Faute de trouver un accord pour une prolongation de contrat, les Grenat avaient relégué Sébastien Wüthrich dans les tribunes, faisant deux perdants, le joueur et l’équipe. Les Servettiens peuvent mesurer aujourd’hui encore le vide laissé à ce poste de No 10. Le Neuchâtelois a dû attendre octobre pour rebondir et s’engager avec Astra Giurgiu, en première division roumaine. Le début d’une folle aventure qui n’en finit pas, avec pour dernier rebondissement l’incarcération du propriétaire milliardaire qui détient le club, Ioan Niculae.

Avec Astra, tout était clair au début. «L’entraîneur me voulait, tout était planifié. Comme je n’avais plus joué depuis neuf mois, il était prévu que mon retour sur le terrain soit progressif, explique Wüthrich. Je jouais quelques minutes, de plus en plus, pour retrouver le rythme et une place de titulaire.»

Gagner sa place de titulaire

Première tuile: l’entraîneur qui comptait sur lui (Alexandru Radu) est limogé après quatre matches, en novembre 2020. «Et le nouveau était plus porté sur le jeu défensif, lance Wüthrich. J’ai senti dès le début que cela pourrait être compliqué pour moi et ça l’a été. J’étais toujours convoqué, mais sur le banc, c’était un peu la misère en termes de temps de jeu. J’ai rongé mon frein. J’ai même demandé à partir, à être prêté pour la fin de la saison. Un club roumain était très intéressé. Mais Astra a refusé. Et cela s’est ensuite arrangé, heureusement.»

L’arrangement, c’est peut-être un mot du vice-président chuchoté à l’oreille de l’entraîneur (Eugen Neagoe). Qui a entendu le message. Le 28 janvier, pour le choc contre Cluj, Wüthrich est titulaire pour la première fois. Il joue 55 minutes, il y a 1-1, ses qualités techniques font mouche. Depuis, il est toujours dans le onze de départ, il dispute presque l’entier des rencontres et les résultats suivent: trois victoires, deux nuls et une défaite sur les six derniers matches, où il est titulaire.

«Même avec les semaines anglaises, pas de problème physique, précise-t-il du haut de ses 30 ans. J’en suis à trois buts et un assist. Tout va bien.» Tout va bien? Vraiment? Sur le plan du foot, assurément. Mais pour le reste, Astra Giurgiu est au cœur d’une tempête qui menace jusqu’à l’existence du club. Parce qu’elle touche Ioan Niculae, le propriétaire milliardaire d’Astra Giurgiu.

Le milliardaire en prison

En fin de semaine dernière, Niculae, de retour d’un séjour à Milan, a été arrêté et placé en détention. La sentence: 5 ans d’emprisonnement, pour trafic d’influence, incitation à l’évasion fiscale, incitation au blanchiment d’argent, notamment autour de sa société InterAgro (contrats fictifs).

Un coup de tonnerre. Qui pourrait sonner le glas de l’équipe de football. «Les dirigeants nous disent de ne pas nous inquiéter, soupire Wüthrich. Ils disent même que Niculae va sortir de prison dans trois ou quatre mois, que ce n’est pas la première fois. Peut-être nous disent-ils cela parce que sportivement cela va mieux et qu’Astra entrevoit les play-off. Je ne sais pas. C’est vrai qu’à regarder la télé ou les journaux, même sans tout comprendre, cela a l’air grave.»

«À nouveau deux mois de retard dans les salaires, me concernant, quatre mois pour certains coéquipiers.»

Sébastien Wüthrich, joueur d’Astra Giurgiu

Dans les faits, la situation semble chaotique depuis un bon moment déjà. Dès son arrivée à Astra Giurgiu, Sébastien Wüthrich a pu le constater. «Deux mois de retard de salaires après les deux premiers mois, lance-t-il. J’ai actionné la FIFA, qui a sommé le club de me payer, ce qu’il a fait. Maintenant, c’est la même chose. À nouveau deux mois de retard dans les salaires, me concernant, quatre mois pour certains coéquipiers. On nous a dit que la fille de Niculae allait faire le nécessaire, le club a jusqu’au 4 mars pour régler le problème.»

On parle pourtant d’une possible faillite. Et c’est ce climat d’incertitude que Wüthrich doit affronter, au moment même où tout allait à nouveau bien pour lui sur le plan sportif. «Oui, ce n’est pas simple à vivre, dit-il. Je veux prendre ça avec un peu de hauteur. Peut-être parce que j’ai déjà vécu une faillite. À Neuchâtel, avec Chagaev. On verra, en attendant, je me concentre sur le terrain.»

Sébastien Wüthrich met gentiment fin à l’appel. Il doit filer à l’entraînement. Le prochain match est prévu samedi. Mais c’est désormais celui qui se joue en coulisses qui est le plus important.

2 commentaires
    J grenadine

    La bonne nouvelle pour tous serait que Sébastien Wūthrich retrouve ses anciens coéquipiers si c’est encore possible... Quel gâchis