Passer au contenu principal

En 2011, le comédien confiait ses passions Robert Hossein, l’angélique

Baptisé à 40 ans, le metteur en scène a fait de sa passion pour Dieu le motif majeur de son art. Il s’est éteint ce jeudi à l’âge de 93 ans.

Robert Hossein en 2011 à Genève.
Robert Hossein en 2011 à Genève.
Steeve Juncker-Gomez

Nous republions ici notre entretien avec Robert Hossein, paru en 2011. Monument du théâtre et du cinéma, le comédien et metteur en scène français s’est éteint ce jeudi à l’âge de 93 ans.

Dans le portefeuille de Robert Hossein, on trouve trois images de Jésus, deux photos de sainte Thérèse de Lisieux et une de sa mère, l’actrice Tania Balachova. Sans crier gare, au milieu de l’interview, il extirpera de son maroquin les petits carrés de papier argentique, comme si le comédien et metteur en scène parisien souhaitait donner de sa foi catholique une illustration supplémentaire. Juge-t-il le journaliste mécréant? Il nous bénira d’un «Dieu vous garde» de précaution, au terme de l’entretien. Le baume après la tempête.

«J’ai été baptisé à l’âge de 40 ans, je n’avais aucune religion avant. Je crois tellement en Dieu qu’il finira bien par venir.»

Robert Hossein, acteur et metteur en scène

Car Robert Hossein, 84 ans le 30 décembre, est un passionné de la foi. Pointilleux, facilement ombrageux. Quand il parle, des tonnerres éclatent dans sa gorge avant que sa voix, l’une des plus belles du théâtre français, ne recouvre le souffle apaisant du grand-père raconteur d’histoires. Celles desMisérables, de Marie-Antoinette, de Bonaparte, de Jules César, de Quasimodo, toutes mises en scène dans des péplums de sons et de lumières qui, depuis 1975, ont fait sa marque de fabrique. Celles, aussi, du Christ, de Ben-Hur, de Jean Paul II, de la Vierge Marie et de Bernadette Soubirous, héroïnes de son dernier spectacle qu’il créa à Lourdes, en août dernier. Une femme nommée Mariea été filmée devant 25 000 fidèles, en une unique représentation. Pèlerin zélé, Robert Hossein transporte le film de ville en ville: il le présentera à Genève, le 23 décembre, au Théâtre du Léman.

«J’ai été baptisé à l’âge de 40 ans, je n’avais aucune religion avant. Je crois tellement en Dieu qu’il finira bien par venir.» Evoquer sa passion de la chose religieuse, pour Hossein, revient à parler de sa vie comme de sa carrière. Tout est lié. Bien sûr, il reste pour une génération féminine Joffrey de Peyrac, le héros romantique de la série des Angélique. D’autres l’ont apprécié plus tard en salaud mémorable dans «Le professionnel» aux côtés de Belmondo, son pote de toujours. Collectionneur de jolies femmes, trois fois marié (désormais avec l’actrice Candice Patou), il a tôt tiré la prise des rôles de beau gosse oùLa marquise des angespouvait l’emprisonner.

Robert Hossein et Michèle Mercier dans «Angélique, marquise des Anges».
Robert Hossein et Michèle Mercier dans «Angélique, marquise des Anges».
DR

En 1970, il s’exile à Reims, prenant la direction du Théâtre populaire de la ville. Il ne refuse pas, aujourd’hui, de voir dans cet acte une façon d’«aller vers les autres» proche des préceptes de sa foi. «Je suis venu à Dieu peu à peu, au fil d’une jeunesse difficile et d’une vie tourmentée, à travers la longue inspiration que m’ont donnée les écrivains, les bandes dessinées, les musiciens, les peintres, etc. J’ai toujours recherché ce qui améliore la condition humaine, même auprès d’œuvres athées – j’ai joué Sartre, j’ai monté Genet, j’ai mis en scène «Le cuirassé Potemkine», hymne communiste! Ma première pièce s’appelait «Les voyous». J’en étais un. »

Né dans une famille aux lointaines origines juives et orthodoxes, Robert Hossein a navigué hors religion durant son enfance. Un «jamais!» tonitruant accueille la question d’une éventuelle influence parentale. «Mon père était d’origine perse, installé en Ukraine. Il s’est fait jeter par le tsar et est arrivé à Paris. Mes parents m’ont inculqué le respect des autres et le partage, alors qu’ils n’avaient rien. On vivait dans un grenier, on pissait dans un seau. » Aujourd’hui, un repas de famille chez les Hossein pourrait réunir à la même table les principales confessions du globe: parmi ses quatre fils issus de trois lits, on trouve un rabbin (Aaron Eliacheff, professeur de religion à Strasbourg), un bouddhiste et un lecteur du Coran. «Et un autre qui n’en a rien à foutre. Je leur ai toujours laissé le choix. J’ai un respect total pour toutes les religions. Je connais des personnes religieuses qui ne s’assument pas et des athées qui se comportent envers les autres de manière exemplaire. »

Révélation pyrénéenne

En universaliste convaincu, mais en promoteur roué, il ne perd pas une occasion de rappeler qu’Une femme nommée Marie s’adresse à tous, croyants ou non. Il est l’auteur du slogan inscrit en lettres de feu sur le prospectus: «Après ce spectacle, vous ne serez plus jamais le même!» C’est que le péplum de Lourdes est à ses yeux bien plus que le énième jalon dans une série où les succès monumentaux côtoient les fours retentissants. Il le jure sur sa vie, l’histoire de la bergère touchée par la grâce lui a été soufflée sur l’esplanade de la grotte pyrénéenne, au hasard d’une première visite en 2009. «En m’approchant de la basilique, je fus pris d’un trouble inexplicable. Bouleversé, je m’écroulai en larmes! Ma femme a cru à une attaque. Cela a duré trois minutes. En me relevant, je lui ai dit en plaisantant que j’entendais des voix, comme Jeanne d’Arc, m’enjoignant de faire un spectacle ici, à Lourdes. Illico, je suis allé voir la Municipalité. »

Deux ans et 5 millions de francs plus tard, la pièce a eu lieu, offerte gratuitement aux malades. «On m’a traité dehas been,de fou! Avec mes spectacles, j’ai fait gagner beaucoup d’argent. Mais ils ne furent pas nombreux à me suivre dans cette aventure. Ils n’y voyaient pas le but. »

Entre le créateur et le dévot, le raconteur et le prosélyte, la frontière s’est amenuisée. Un orage «gigantesque» avorté quelques minutes avant le début de la représentation d’Une femme nommée Marielui est apparu comme un signe plus positif que les critiques des journaux. Et, au terme de la projection, chaque spectateur repartira avec sa petite fiole. . . remplie d’eau de Lourdes! Robert Hossein, qui initia le théâtre interactif, soumettant la fin de l’intrigue au jugement des spectateurs, paraît désormais décidé à leur faire partager sa propre certitude. Il s’en défend. «A mon âge, je n’ai plus qu’un seul rêve: retrouver mes potes morts pour bouffer avec eux. »