Passer au contenu principal

Entre hilarité et désespoirRoy Andersson a encore fait un cauchemar

Face au néant, le Suédois s’accroche à sa poésie singulière.

Un talon cassé dans un hall, une gesticulation d’Hitler, un prêtre qui se saoule au vin de messe pour oublier sa crise de foi… Roy Andersson compile les petits et vastes drames de la condition humaine dans une des suites énigmatiques dont le Suédois a le secret.
Un talon cassé dans un hall, une gesticulation d’Hitler, un prêtre qui se saoule au vin de messe pour oublier sa crise de foi… Roy Andersson compile les petits et vastes drames de la condition humaine dans une des suites énigmatiques dont le Suédois a le secret.
DR

Quelques titres des six films du Suédois Roy Andersson, 76 ans, esquissent les contours d’un univers: «Chansons du deuxième étage», «Nous, les vivants», «Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence» (Lion d’or en 2014). Le réalisateur, célébré à la Mostra de Venise (meilleur scénario), ne dévie pas d’une logique artistique austère, tournant en plans fixes des vignettes qui ne semblent avoir aucun rapport, sinon celui d’un profond malaise existentiel.

Crise de foi et vin de messe

Des murs livides de restaurant au papier peint sombre de salon domine un puissant sentiment de claustrophobie blafarde. De la gesticulation grotesque d’un Hitler au sourire figé d’une prostituée, les émotions passent à la Javel. Un prêtre consulte un psy pour soigner sa crise de foi, expliquant qu’il doit en vivre et se saoulant au vin de messe. Ses ouailles n’arborent pas meilleur moral.

Une voix off interrompt l’exposition de temps à autre, qui dit «avoir vu un homme, une femme». Mais la plupart du temps, c’est le hiératisme d’une somptueuse bande-son qui domine. Avec une image soudain sublime, qui rappelle alors les dérives de Kusturica plus que les blues de Kaurismäki, celle d’un couple volant dans la nuée. Très vite, le cinéaste passe cette réalité aussi au moulin de sa poésie absurde et la dissout dans l’infini. C. LE

Chronique (Suède, 98’). Cote: XX (Intéressant)

Un homme, une femme qui volent enlacés au-dessus de la ville de Cologne détruite par les bombardements: une image symbolique de «Pour l’éternité».
Un homme, une femme qui volent enlacés au-dessus de la ville de Cologne détruite par les bombardements: une image symbolique de «Pour l’éternité».
DR