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Carnet noirSamy Benjamin, un comédien engagé jusqu’à la fin

Le cofondateur du Théâtre Boulimie s’en est allé, à l’âge de 86 ans. Il avait abandonné les planches il y a des années, mais pas son esprit militant.

En 1970, dans le spectacle d’ouverture du Théâtre Boulimie, «L’oiseau mort, le gant et la pantoufle», Samy Benjamin montait sur la scène du théâtre créé à la place Arlaud, à Lausanne, avec à sa gauche la comédienne Martine Jeanneret et Lova Golovtchnier.
En 1970, dans le spectacle d’ouverture du Théâtre Boulimie, «L’oiseau mort, le gant et la pantoufle», Samy Benjamin montait sur la scène du théâtre créé à la place Arlaud, à Lausanne, avec à sa gauche la comédienne Martine Jeanneret et Lova Golovtchnier.
VQH

«Pour rendre hommage à Samy, n’oubliez pas de voter le 27 septembre et le 29 novembre.» Samy Benjamin a arpenté les planches pendant des années, dézinguant son époque par le rire aux côtés de Martine Jeanneret et Lova Golovtchiner, avec qui il avait fondé la troupe puis le Théâtre Boulimie, à Lausanne. C’est en homme engagé, du côté des Verts, que cet ancien élu à la Constituante lance un ultime pied de nez à l’heure de tirer sa révérence, comme on peut le lire dans l’avis publié, mardi 15 septembre, par sa famille pour annoncer le départ de cette figure de la scène romande.

«Il restera pour toujours l’un des trois piliers de Boulimie, l’une des stars de mon enfance. Apprendre que ce monde s’étiole m’attriste vraiment»

Benjamin Cuche, humoriste

Né le 9 juillet 1934 à Lausanne, Samy Benjamin est l’un des membres fondateurs du Théâtre universitaire de Lausanne, en 1957. Avec cette troupe, il jouera dans «Les Coréens» de Michel Vinaver, mis en scène par Alain Knapp au Théâtre municipal de Lausanne (1963), et, surtout, dans «Boulimie», le spectacle de sketches qui donnera son nom au cabaret officiel de l’Exposition nationale de 1964 et se retrouvera inscrit sur le fronton du théâtre installé depuis cinquante ans à la place Arlaud. L’artiste en sera l’une des trois figures durant de nombreuses décennies. «Samy Benjamin avait l’art de rouler des yeux comme personne, se souvient Michel Caspary, l’ancien chroniqueur théâtral et actuel directeur de la Grange sublime, à Mézières. Il possédait une facétie naturelle incroyable.»

Hors de Boulimie, rappelle le metteur en scène François Marin, qui a rédigé sa notice biographique pour l’Institut d’études théâtrales de l’Université de Berne, il a incarné «notamment au Centre dramatique de Lausanne le père de Mads Moen dans «Peer Gynt» d’Ibsen, réalisé par Michel Grobéty (1980) et le roi Ajax Ier dans «La Belle Hélène» d’Offenbach, mise en scène par André Steiger en 1983». On l’a aussi vu du côté du Théâtre Am Stram Gram, à Genève, ou sous la direction de Philippe Mentha, au Théâtre Kléber-Méleau, à Renens.

Audace et engagement

«Il restera pour toujours l’un des trois piliers de Boulimie, l’une des stars de mon enfance. Apprendre que ce monde s’étiole m’attriste vraiment», confie Benjamin Cuche. L’humoriste l’a côtoyé lorsque l’improvisation s’est développée en Suisse romande, il y a plus de trente ans. «C’était toujours un plaisir d’être sur la patinoire avec lui car, avec son nom inscrit sur son maillot, on devenait des homonymes. Samy a fait partie de la toute première vague d’improvisateurs, de ces comédiens déjà bien installés qui ont eu le culot d’oser se lancer dans une forme théâtrale risquée.»

Au tournant des années 2000, c’est sur un autre ring que l’artiste a fait une apparition: celui de la politique, en se retrouvant élu à la Constituante. «Comme d’autres artistes qui s’étaient engagés, Samy Benjamin avait une vraie philosophie de vie, salue l’ancien syndic et conseiller national Daniel Brélaz. Je l’ai finalement peu côtoyé mais je me souviens de quelqu’un de réfléchi et indépendant d’esprit.»

Lausanne, le 24 octobre 2007. Depuis la gauche, Samy Benjamin, Frédéric Gérard, Kaya Güner, Martine Jeanneret et Lova Golovtchiner, qui jouent une scène de leur nouveau spectacle, «DAC (Pierre, hommage à)».
Lausanne, le 24 octobre 2007. Depuis la gauche, Samy Benjamin, Frédéric Gérard, Kaya Güner, Martine Jeanneret et Lova Golovtchiner, qui jouent une scène de leur nouveau spectacle, «DAC (Pierre, hommage à)».
Jean-Christophe Bott