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L’invitéSanté publique et intérêts particuliers: l’impossible compromis

Grégoire Vittoz rappelle que l’économie dans son ensemble profite d’une population en bonne santé.

Trois dossiers interpellent actuellement celles et ceux qui s’intéressent au champ de tension entre santé et économie. Il y a bien sûr la pandémie de coronavirus, où l’on constate la difficulté à arbitrer entre ouverture des commerces et limitation de la diffusion du virus; il y a la démission du Conseil national sur le dossier du tabac sous pression des milieux économiques et de la publicité; et il y a l’arrivée au 1er janvier 2021 de l’alcool sur les aires d’autoroutes, applaudie des deux mains par les producteurs et déplorée par le Bureau de prévention des accidents (BPA).

L’étude de ces trois dossiers débouche sur le même constat: tout comme il est impossible de concilier le feu et l’eau, il est illusoire de vouloir ménager à la fois la santé de la population et le bien-être économique de celles et ceux qui contribuent à la rendre malade. Laisser ouverts des commerces où l’on s’agglutine, c’est automatiquement favoriser la circulation du coronavirus. Laisser l’industrie du tabac promouvoir librement ses produits auprès des jeunes, c’est augmenter leur consommation et les maladies qui vont avec. Augmenter les points de vente d’alcool, c’est accroître son accessibilité, et donc sa consommation et les problèmes qui y sont liés.

«Ce sont des intérêts économiques particuliers à court terme qui s’opposent aux mesures de santé publique et non l’économie dans son ensemble.»

Il est par contre faux et manichéen d’opposer santé et économie. L’économie dans son ensemble profite d’une population en bonne santé car les coûts des maladies sont faramineux, aussi bien de façon directe qu’en termes de coûts indirects liés à l’absentéisme par exemple. Ainsi, les territoires ayant eu le courage de miser sur la santé face au coronavirus sortiront de la crise avec une économie moins affectée que ceux qui auront tergiversé. Les coûts sociétaux liés au tabac ou à l’alcool ne sont plus à démontrer. Ce sont des intérêts économiques particuliers à court terme qui s’opposent aux mesures de santé publique et non l’économie dans son ensemble.

Choix de société

Cette situation nous place face à un choix de société: faut-il privilégier les intérêts de certains sous prétexte qu’ils ont plus de moyens de se faire entendre et bénéficient de meilleurs relais mais en acceptant de mutualiser les coûts liés aux problèmes qu’ils engendrent? Ou alors peut-on avoir une vision à plus long terme et miser sur une population en bonne santé qui garantira aux acteurs économiques qui ne contribuent pas à la rendre malade de bien meilleurs revenus?

Jour après jours, avec ténacité, des politicen·ne·s, des décideurs et des décideuses, des médecins et une foule d’acteurs et d’ONG au sein de la société civile s’engagent pour que le bien commun l’emporte sur l’intérêt de certains, afin que la société dans son ensemble soit gagnante sur tous les tableaux: en restant en bonne santé et en évitant les problèmes économiques qui découlent automatiquement des problèmes sanitaires. Cela doit nous donner de l’espoir et nous inciter à les soutenir.

5 commentaires
    Amour et paix

    Bon article.

    Effectivement l'équilibre est parfois difficile, certes, mais les États sont tous

    laxistes en matière de santé, comment vendre, par exemple, des cigarettes légalement et mentionner sur le paquet, ce produit tue ! En résumé, l'État vend un produit avéré mortel et dépense des millions en prévention contre ce même produit. Comment ne pas comprendre que le monde politique et l'économie se moque complètement de notre santé, sous le prétexte d'une sacro-sainte liberté individuelle. Et c'est encore plus flagrant aux USA.

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