Dorthe Dahl-Jensen, la Danoise pionnière du Grand Nord

Grand NordMalgré les portes ouvertes par cette scientifique, les femmes restent peu nombreuses dans la recherche polaire.

Dans les mains de Dorthe Dahl-Jensen (au centre), l’un des «trésors» de l’Université de Copenhague: une carotte polaire vieille d’un million d’années.

Dans les mains de Dorthe Dahl-Jensen (au centre), l’un des «trésors» de l’Université de Copenhague: une carotte polaire vieille d’un million d’années.

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Porte de bureau fermée. Personne au bout du fil. Dorthe Dahl-Jensen entre-t-elle dans cette catégorie de «Professeurs Tournesol» trop obnubilés par leurs recherches pour se souvenir de leurs rendez-vous? «Non, non, elle s’est brisé une dent et a dû prendre un rendez-vous en urgence chez le dentiste», nous répond-on au Centre de recherches sur le climat et la glace de l’Institut Niels Bohr, à l’Université de Copenhague. A quelques jours de sa prochaine expédition au Groenland, l’une des régions les plus inhospitalières de la planète, la paléoclimatologue nous confirmera par la suite que l’idée de s’y rendre avec une dent cassée ne l’enchantait clairement pas.

La menace du CO2

En attendant l’arrivée de la scientifique, l’un de ses collègues, Thomas Blunier, commence à parler de leurs recherches. Hasard de la vie, ce dernier est d’origine suisse alémanique et parle un français quasi parfait. Dans l’un des laboratoires de l’institut, le chercheur remet en lumière tout l’intérêt d’étudier la glace, ou plus spécifiquement les bulles d’air qui s’y retrouvent emprisonnées. «Son analyse nous permet de mesurer la concentration de dioxyde de carbone (CO2) et de méthane présente dans l’atmosphère au cours des siècles passés», explique-t-il.

Le CO2... sa concentration affole de plus en plus la sphère scientifique! Car son niveau bat actuellement tous les records. Les estimations, au mois de juin dernier, du Service national britannique de météorologie évaluaient qu’en 2016 la Terre dépasserait les 400 parties par million (ppm). Or, d’après les analyses tirées de certains échantillons de glace, les taux n’auraient pas dépassé le seuil des 300 ppm depuis au moins 800 000 ans.

De la glace d’un million d’années

Une carotte polaire vieille d’un million d’années, voilà le type de «trésors» qui se cachent dans les entrailles de l’Université de Copenhague. Quelque 60 tonnes de glace sont entreposées au sein de plusieurs congélateurs, où la température varie entre –?17 et –?25 °C. «Nous détenons la plus grande collection de carottes polaires du monde», s’enthousiasme à son arrivée Dorthe Dahl-Jensen.

Au premier contact, il est difficile d’imaginer que cette femme, aujourd’hui proche de la soixantaine, affronte depuis plusieurs décennies le climat glacial du Grand Nord. Ce sentiment se renforce d’ailleurs après quelques minutes passées dans l’un de ces fameux congélateurs. Malgré l’ajout de couches de vêtements supplémentaires, résister à de telles températures n’est pas donné à tout le monde.

La première paléoclimatologue

Mais, pour Dorthe Dahl-Jensen, le froid ne semble rien face à la passion qui l’habite, passion née en partie en Suisse puisqu’elle y a passé une majeure partie de son enfance (son père travaillait au CERN). «La glace nous raconte des histoires qui permettent de comprendre un peu mieux le passé, et surtout à quoi nous pourrions être confrontés ces prochaines décennies», affirme la paléoclimatologue en présentant un échantillon dans lequel elle perçoit des éléments échappant au commun des mortels.

Aujourd’hui membre de l’Académie royale danoise des sciences et des lettres et détentrice de plusieurs récompenses prestigieuses, la Danoise possède un parcours d’autant plus impressionnant qu’elle a dû se battre pour en arriver à la reconnaissance mondiale dont elle jouit actuellement dans son domaine.

Au moment où sa carrière débutait, le Groenland décidait en effet d’interdire la présence de femmes sur le terrain! Mais c’était sans compter la détermination de la scientifique, aujourd’hui digne héritière des pionniers danois dans la recherche sur les carottes polaires: Willi Dansgaard (l’un des deux fondateurs de la paléoclimatologie) et Sigfus Johnsen. Passion et détermination, voilà peut-être les deux seuls ingrédients aptes à rendre la vie au Groenland moins pénible.

Nouvelle expédition au Groenland

En juillet, la scientifique et son équipe iront cette fois planter leurs tentes tout au nord-est de l’île glacée. Quoique «planter leurs tentes» ne soit pas l’expression la plus adéquate ici, puisque, en réalité, c’est au cœur même de la glace que les chercheurs travaillent. Après y avoir longtemps creusé des tranchées à l’ancienne pour établir leur base, l’équipe danoise s’apprête à y tester une toute nouvelle technique. Elle consiste à recouvrir de neige d’immenses ballons gonflés d’air et à la laisser geler autour. «Le grand avantage de ces tranchées artificielles sera de jouir d’un toit, une protection bien utile lorsque les conditions météorologiques se dégradent», assure Dorthe Dah­l-Jensen. Après trente années d’expéditions, cette dernière ne dissimule pas son bonheur de s’envoler de nouveau pour l’île glacée. «Un privilège», à ses dires.

Car, malgré le réchauffement climatique et la fonte des glaces qui frappent si durement cette région du monde, «le Groenland reste un champ d’exploration gigantesque»… Suffisamment grand en tout cas pour permettre à la chercheuse danoise de poursuivre et terminer une brillante carrière.

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(24 heures)

Créé: 05.07.2016, 08h05

Barbara Niehoff

La chercheuse allemande rêve de percer tous les secrets du crustacé.

Barbara Niehoff, la reine allemande du plancton

Au microscope, la petite bête ressemble à une minuscule crevette. «La forme et la taille du plancton Calanus glacialis (ndlr: une espèce de copépodes) varient selon son stade de développement», précise Barbara Niehoff, spécialiste du zooplancton arctique à l’Institut Alfred-Weneger pour la recherche polaire et marine de Bremerhaven.

Depuis plus de vingt ans, la chercheuse allemande tente de comprendre comment fonctionne et survit le minuscule crustacé, clé de voûte de l’ensemble de la chaîne alimentaire de l’Arctique. Sa taille particulièrement élevée (jusqu’à un centimètre) en fait un mets de choix pour des prédateurs de toute grandeur, allant des oiseaux de mer aux morues, aux harengs, voire à?certaines espèces de baleines.

Les nombreux mystères qui entourent encore ce plancton renforcent l’intérêt de la scientifique. «Nous ne comprenons par exemple toujours pas quel est l’élément qui déclenche son besoin de sortir de diapause (ndlr: hibernation lui permettant de réduire ses besoins énergétiques) et de quitter les grandes profondeurs dans lesquelles il dormait depuis plusieurs mois», explique-t-elle.

Percer tous les secrets du Calanus glacialis semble aujourd’hui d’autant plus pressant que sa survie pourrait être menacée dans les décennies à venir. Le réchauffement des eaux de l’Arctique joue en faveur d’une autre espèce de zooplancton: le Calanus finmarchicus. Abondante dans le nord de l’Atlantique, cette autre espèce, plus petite, suit de plus en plus les courants qui la mènent dans l’océan glacé, mais sans encore réussir à y prospérer – sauf en 2006, année où la superficie de la banquise de l’Arctique avait atteint son plus faible niveau de l’histoire.

L’équilibre entre les deux planctons reste ainsi très fragile et les scientifiques craignent qu’avec quelques degrés de plus Calanus finmarchicus ne s’installe définitivement dans les eaux de Calanus glacialis, puis y prenne sa place. «Si cette hypothèse venait à se confirmer, l’ensemble de la chaîne alimentaire serait menacé dans cette région du globe», redoute Barbara Niehoff.

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