Un poisson nettoyeur géant va purger les mers

EnvironnementLe navigateur franco-suisse Yvan Bourgnon a dévoilé mercredi son incroyable bateau: une usine flottante qui collecte les déchets.

Yvan Bourgnon a présenté hier au Salon des inventions la maquette finale de son bateau.

Yvan Bourgnon a présenté hier au Salon des inventions la maquette finale de son bateau. Image: Laurent Guiraud

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Près de 9 millions de tonnes de plastique sont déversées chaque année dans les mers. Certains déchets viennent nourrir le 7e continent, une nappe de déchets six fois plus grande que la France. D’autres sont devenus invisibles. Désagrégés, ils se sont fondus dans les eaux, contaminant la faune. Puis l’homme. Pour collecter et recycler ces polluants, le navigateur franco-suisse Yvan Bourgnon a imaginé un bateau inédit: le «Manta». Il a présenté mercredi sa maquette au 46e Salon des inventions à Palexpo.

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«Il y a trente ans, nous avons effectué un tour du monde avec mes parents. En 2013, j’ai retenté cette aventure, seul. J’ai navigué sur des eaux remplies de plastique, de sacs, de bouteilles, de tubes de dentifrice. C’était effarant. Alors j’ai voulu agir.» Yvan Bourgnon, 46 ans, a créé l’association The SeaCleaners et lancé un projet d’envergure: créer un bateau ramasseur de déchets «unique en son genre». «On a trente ans de retard sur la façon de concevoir les objets en évitant le plastique, sur l’éducation, sur la collecte des déchets et leur recyclage. De vastes chantiers sont déjà initiés pour tenter d’y remédier. Nous sommes une branche de tout ça.» Aujourd’hui, 40 personnes œuvrent pour le «Manta».

250 tonnes dans le ventre

À l’image de la raie manta, qui filtre l’eau pour trouver du plancton, le bateau est doté de collecteurs équipés de sortes de fanons. Véritable usine flottante, il avale et charrie ses trouvailles sur trois tapis roulants. Ces déchets sont triés manuellement pour séparer la matière organique, comme les algues et les poissons. Même si un sonar devrait repousser la faune et éviter la tortue échouée sur le tapis roulant. Le cas échéant, le cycle total de tri avant la remise à l’eau dure seulement 1 minute 30, précise le navigateur.

Les déchets, eux, finissent compactés en cubes. Le «Manta» peut en stocker 600, soit 250 tonnes de déchets. Et une fois le ventre plein? «On ne va pas lâcher les déchets dans le premier port! Nous étudions divers scénarios car il y a encore peu d’usines de recyclage du plastique. Mais leur nombre est appelé à croître.» Un des scénarios consiste à fournir aux locaux des containers faisant office d’unités de recyclage. «Ce système existe déjà et permet de créer de la matière réutilisable par les industries.»

D’autres containers pourraient aussi être mis à disposition, contenant, eux, des pyrolyses (fours) pour créer du carburant. «À basse température, le système ne rejette pas de gaz carbonique. Certes, ce n’est pas optimal en termes d’économie circulaire, mais c’est toujours mieux que la situation actuelle.» Pour rester cohérent, l’écologiste a souhaité un navire carburant à 75% d’énergie propre, grâce aux voiles, au solaire, aux éoliennes et à quatre moteurs électriques. Et tout de même un peu de carburant, fabriqué grâce à la pyrolyse qui transformera les déchets non recyclables – près de 40% sont trop altérés pour l’être.

Le «Manta» n’écumera pas les mers au hasard puisque son action sera concentrée sur des zones précises. «Des études ont montré que 90% de la pollution émane de dix cours d’eau d’Asie et d’Afrique.» Le ramassage se fera donc aux abords des embouchures. Deux drones, ainsi que des images satellites, permettront de repérer les amas. Le navire servira aussi de base à des projets scientifiques et des actions de sensibilisation sur la terre ferme.

Un projet à 30 millions

Yvan Bourgnon est réaliste. Changer les mentalités ne se fera pas en un jour. Il table même sur… trente ans. «On peut comprendre qu’il soit difficile de sensibiliser à ces questions des populations qui ont comme préoccupation trouver de quoi se nourrir et survivre…» Il note toutefois une prise de conscience générale. «Il y a deux ans, on ne me prenait qu’à moitié au sérieux.» Que répond-il à ceux qui disent que le «Manta» n’est qu’une goutte d’eau? «Un jour, il faut tenter d’être précurseur. Investir des millions dans ce projet peut paraître énorme. Mais à un moment donné, nous devrons forcément payer.»

Le financement justement: 30 millions d’euros, sur une période de trente ans, soit la durée de vie moyenne d’un tel navire. «Nous avons déjà 7000 donateurs et 25 mécènes! Nous ambitionnons de récolter les 75% de la somme totale d’ici à 2020, ce qui permettra de lancer la construction.» Avant la mise à l’eau en 2022. Et la naissance de dizaines d’autres «Manta», espère Yvan Bourgnon.

(24 heures)

Créé: 12.04.2018, 06h54

Plastique ingéré

L’association d’Yvan Bourgnon rapporte que 15 pays, surtout d’Asie et d’Afrique, produisent 77% de la pollution plastique. 90% des déchets des océans proviennent de dix cours d’eau. Ce plastique est ingéré par l’ensemble de la chaîne alimentaire, jusqu’à l’homme. L’autopsie d’un cachalot échoué sur une plage de Murcie en février a récemment révélé 29 kilos de plastique dans son estomac. D’ici à 2050, il y aura une tonne de poissons pour une tonne de plastique et 99% des oiseaux marins en auront ingéré. A.T.

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