Un tiers d'espèces d'insectes en moins

AllemagneUne étude coordonnée par l'Université de Berne fait un constat alarmant: les espèces d'insectes ont diminué d'un tiers en dix ans en Allemagne.

Dans les prairies, la biomasse des insectes était tombée à un tiers de son niveau en 2008.

Dans les prairies, la biomasse des insectes était tombée à un tiers de son niveau en 2008. Image: Keystone

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En de nombreux endroits d'Allemagne, les espèces d'insectes ont diminué d'un tiers en dix ans. C'est le constat d'une étude internationale coordonnée par l'Université de Berne, publiée dans la revue Nature. Cette raréfaction touche surtout les prairies situées dans des zones agricoles exploitées intensivement.

Les scientifiques, parmi lesquels des chercheurs de l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), ont effectué entre 2008 et 2017 des relevés d'un grand nombre d'espèces d'insectes dans le Brandebourg, la Thuringe et le Bade-Wurtemberg (D). Ils ont collecté plus d'un million d'insectes sur 290 parcelles.

Résultat: parmi les 2700 espèces étudiées, de nombreuses sont en régression. Plusieurs espèces rares n'ont même plus été observées au cours des dernières années dans certaines de ces régions. En forêt et dans les prairies, les scientifiques décomptent après dix ans environ un tiers d'espèces d'insectes en moins.

Prairies: résultats alarmants

«Jusqu'ici, nous ne savions pas vraiment si la forêt était concernée par la disparition des insectes, et dans quelle mesure», indique le responsable de l'étude, Sebastian Seibold, de l'Université technique de Munich (TUM), cité mercredi dans un communiqué du WSL.

L'équipe a constaté que la biomasse des insectes dans les forêts étudiées avait diminué d'environ 40% depuis 2008. Dans les prairies, les résultats sont encore plus alarmants: à la fin des observations, la biomasse des insectes était tombée à un tiers de son niveau antérieur.

«Nous ne nous attendions pas à constater une telle régression en à peine une décennie. C'est effrayant, mais en phase avec de plus en plus d'études», note Wolfgang Weisser, professeur d'écologie terrestre à la TUM, et l'un des initiateurs du projet.

En forêt également

Tous les sites étudiés en forêt et dans les prairies sont concernés: pâturages à moutons, prairies soumises à fauche et épandage trois à quatre fois par an, forêts de résineux marquées par l'exploitation, et même des forêts inexploitées situées dans des aires protégées.

Le plus fort déclin a été observé dans les prairies particulièrement entourées de terres agricoles, où les espèces incapables de couvrir de grandes distances sont tout particulièrement touchées. En forêt, par contre, ce sont avant tout les groupes d'insectes qui se déplacent assez loin qui disparaissent.

«Nous devons encore vérifier si les espèces forestières les plus mobiles entrent en contact plus étroit avec les zones agricoles lors de leurs déplacements ou si les causes de leur disparition dépendent également des conditions de vie en forêt», ajoute Martin Gossner, entomologiste au WSL à Birmensdorf (ZH), co-auteur de l'article.

Situation similaire en Suisse

«Ce résultat illustre la forte plus-value d'une recherche interdisciplinaire à long terme soigneusement coordonnée. La disparition des insectes a en effet pu être documentée et comprise de manière beaucoup plus précise et complète qu'avec des études individuelles», commente Markus Fischer, professeur d'écologie végétale à l'Université de Berne et principal initiateur du programme de recherche.

Selon lui, la situation est vraisemblablement similaire en Suisse. Il n'y a pas de grosses différences dans l'utilisation d'engrais et d'insecticides entre l'Union européenne et la Suisse, a-t-il indiqué à Keystone-ATS.

On manque de données pour la Suisse, mais cette étude ne présage rien de bon, ajoute le Pr Fischer. Avec des collègues, il a déposé auprès du Fonds national suisse (FNS) une demande de création d'un pôle national de recherche sur les causes et conséquences de la perte de biodiversité. En cas de réponse positive, une étude de longue durée pourrait commencer l'an prochain, dit-il.

Meilleure coordination nécessaire

«Les initiatives actuelles contre la disparition des insectes se concentrent beaucoup trop sur la gestion de parcelles isolées, et ceci sans coordination particulière», regrette Sebastian Seibold. «Pour arrêter ce déclin, nous devons développer une meilleure coordination aux niveaux régional et national», souligne-t-il.

L'étude a été effectuée au sein d'un projet mené dans l'ensemble de l'Allemagne, les «Biodiversitäts-Exploratorien». Cette plate-forme ouverte de recherche est financée par la Deutsche Forschungsgemeinschaft et coordonnée par Markus Fischer. Elle rassemble des scientifiques allemands, suisses, autrichiens et turcs.

Le programme a notamment pour objet les interactions entre la diversité des plantes et celle des insectes en forêt et dans les prairies. Il vise par ailleurs à éclairer l'impact de différentes formes d'exploitation de la forêt et des prairies sur la biodiversité et sur les processus au sein d'un écosystème. (ats/nxp)

Créé: 30.10.2019, 19h01

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