Des applis pour secourir les malades du coeur

SantéEn cas d’arrêt cardiaque, l’ambulance n’arrive pas toujours à temps. Des applications permettent d’alerter des bénévoles prêt à porter secours. Un médecin vaudois vient d’en développer une

Jocelyn Corniche, anesthésiste au CHUV et à la Clinique Bois-Cerf, a créé l’application Echo112-First Responder.

Jocelyn Corniche, anesthésiste au CHUV et à la Clinique Bois-Cerf, a créé l’application Echo112-First Responder. Image: PHILIPPE MAEDER

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«Le 4 novembre dernier vers 10 heures, je suis sorti pour aller nettoyer le garage. Je me suis réveillé quelques jours plus tard à l’hôpital. Avant l’accident, je n’ai rien ressenti, je n’avais mal nulle part.» Ce vendredi-là à Treyvaux (FR), René Chassot a «basculé», comme il dit, en pleine rue. L’ambulance a mis 17 minutes pour atteindre ce bout du district de la Sarine. Sans l’intervention de passants, puis de la police, il n’aurait pas survécu. A chaque minute qui s’écoule après un arrêt cardiaque, les chances de survie baissent de 7 à 10% si aucun geste de réanimation n’est effectué. Dès quatre à sept minutes, il peut y avoir des lésions cérébrales irréversibles. Pour répondre à ce défi, les sauveteurs s’appuient sur des bénévoles formés aux premiers secours et qui, s’ils se trouvent à proximité, peuvent agir avant leur arrivée.

Le Tessin a été pionnier

Dans ce domaine, le Tessin a fait œuvre de pionnier. Depuis 2014, il emploie une application, Momentum, permettant d’alerter des volontaires. Neuf fois sur dix, ces first responders (premiers répondants) arrivent sur place avant l’ambulance. Le canton de Berne a suivi. Fribourg a adopté l’application il y a deux semaines. Les HUG sont en train de développer un tel programme et d’autres régions sont intéressées. Dernier épisode en date, Jocelyn Corniche, anesthésiste au CHUV et à la Clinique Bois-Cerf, a annoncé cette semaine la création d’une application visant le même objectif. Son nom: Echo112-First Responder.

«En cas d’arrêt cardiaque en hiver aux Diablerets, l’ambulance pourra mettre jusqu’à 30 minutes pour arriver», souligne Jocelyn Corniche. Sa solution, développée au sein d’une start-up qu’il a cofondée en 2016, est basée sur un système de géolocalisation conçu pour ce genre de situation. «Il ne vous localise pas en permanence, mais seulement quand il y a une alerte. En cas d’urgence, il indique si des répondants se trouvent à proximité. Nous l’avons déjà implémenté, en Allemagne notamment.» Son réseau n’est pas encore effectif, mais le médecin a commencé à recruter des volontaires. S’il s’adresse à toute personne ayant suivi un cours de réanimation, il veut aussi toucher des professionnels. «Le potentiel des employés de la santé n’est pas suffisamment utilisé. Ces personnes qualifiées pourraient être utiles même quand elles ne sont pas à l’hôpital.» Plus de 600 inscriptions étaient enregistrées vendredi matin, provenant de toute la Suisse: Jocelyn Corniche compte proposer le concept aux centrales d’appel quand il y en aura mille.

La technique développée au Tessin est un peu différente. Les répondants peuvent être alertés si un drame se produit dans leur région. Le lieu est précisé et la géolocalisation n’est utilisée que dans un deuxième temps, pour ceux qui s’annoncent prêts à intervenir. «Nous avons renoncé à repérer les gens immédiatement pour des raisons de protection des données et pour éviter de vider les batteries du téléphone», explique Claudio Benvenuti, directeur de la Fondation Ticino Cuore, qui gère le projet. Jocelyn Corniche assure de son côté que son système ciblé permet de contourner ces difficultés. Et d’alerter des personnes même en dehors de leur région. A terme, il aimerait créer un réseau national.

Les utilisateurs de Momentum souhaiteraient aussi développer des coopérations. Les applications vont-elles se concurrencer? «Ce serait dommage que chacun y aille de sa solution, note François Mach, chef du Service de cardiologie aux HUG et président du congrès annuel de la Société suisse de cardiologie. Il faudra regarder laquelle est la meilleure.»

Première cause de mortalité

Tous sont d’accord sur un point, l’enjeu est essentiel. En Suisse, les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité chez les adultes. Au niveau national, on estime que le taux de survie est inférieur à 20% chez les patients qui fibrillent (cas où un choc électrique peut potentiellement les sauver). Ce chiffre est une évaluation: un projet de registre national, démarré cette année par l’Interassociation de sauvetage, permettra de mieux connaître la situation.

«Si la réalité correspond aux estimations, nous avons une marge de progression», relève Roman Burkart, responsable du registre. Cours dans les écoles, application pour repérer les défibrillateurs, importance pour les centrales de savoir coacher par téléphone les témoins qui effectuent les premiers gestes de réanimation… L’usage de first responders est-elle aussi une solution? Ces applications intéressent la Fondation suisse de cardiologie. «Avec elle, nous envisageons de développer un programme national, précise François Mach. Ce n’est malheureusement pas simple, notamment parce que cela coûte cher.» Mais les statistiques tessinoises parlent d’elles-mêmes: en 2016, 57% des patients pris en charge par des premiers répondants ont été sauvés.


«J’ai vu sa tête bleue et je me suis dit: vas-y!»

«Il paraît que, quand on meurt, il y a un grand tunnel. Moi, je n’ai rien vu.» Le 4 novembre 2016, René Chassot a été terrassé par un arrêt cardiaque devant sa maison à Treyvaux (FR). Sans le moindre signe avant-coureur. Ce chauffeur de 70 ans ne se souvient de rien. Cinq mois plus tard, il est assis dans une salle du service d’ambulances de la Sarine à l’invitation de la Fondation Fribourg Cœur, aux côtés des personnes qui l’ont secouru. Et s’il connaît bien son histoire, elle semble toujours l’impressionner.

Ce 4 novembre, Cédric Vaucher, apprenti géomaticien, passe par hasard à Treyvaux. «Le GPS de ma voiture s’était trompé, j’étais sur la mauvaise route. J’ai vu René couché par terre. J’ai pensé qu’il avait trop bu. Mais il avait les yeux ouverts et ne répondait pas…» Le jeune homme se rend chez une voisine, Karine Magnin, pour appeler les secours. Par chance, cette enseignante a suivi des cours de sauvetage. «J’ai vu la tête bleue de René et les jambes de Cédric qui tremblaient, je me suis dit qu’il fallait y aller… J’avais l’impression de ne presque rien ressentir.»

René Chassot ne respire pas. Karine Magnin commence donc un massage cardiaque. «Le répondant du 144 m’a guidée au téléphone. Il me donnait le tempo et je me suis accrochée à cette voix. On est censé enfoncer la cage thoracique de 5 à 6 centimètres, je n’avais pas le sentiment d’y arriver mais je voyais que René reprenait un peu des couleurs.» Cédric Vaucher prend le relais et quelques minutes plus tard, la police arrive. Les agents installent un défibrillateur, l’appareil dicte les gestes à pratiquer. Après une minute, il choque le patient. Avec succès.

Aujourd’hui, Karine Magnin et Cédric Vaucher envisagent de devenir premiers répondants. La première a «juste l’impression d’avoir fait quelque chose de normal». Mais René Chassot n’est pas de cet avis: à leur place, il ne pense pas qu’il y serait arrivé. Quant à son épouse, Jeannette, elle n’a guère de souvenirs du drame. En découvrant son mari au sol, elle a fait un choc émotionnel. Le sergent Sébastien Bersier, qui était sur place, raconte: «Vous avez dit: «René, reste avec moi.» René, justement, sourit: «Je ne savais pas que tu m’aimais comme ça…»

Un stimulateur cardiaque (pace­maker) a été implanté au patient. René Chassot a perdu son permis de conduire professionnel et s’est retrouvé malgré lui à la retraite. Il marche une heure tous les matins et veut perdre quelques kilos. Il essaie surtout de «s’enlever tout ça de la tête». «Cela me fait des angoisses et mon cœur ramasse de nouveau. Je suis heureux d’être en vie et remercie tout le monde. Mais la nuit, je pense à la mort… Des gens me disent que ce n’est rien de mourir… Qu’ils y aillent seulement!» (24 heures)

Créé: 08.04.2017, 13h12

Comment réagir?

«Il y a un grand besoin d’informer la population sur les gestes à effectuer pour éviter un accident cardiovasculaire, souligne François Mach, président du congrès annuel de la Société suisse de cardiologie. Les dernières campagnes remontent à 30 ans.»

Le premier conseil est d’appeler le 144 si vous ressentez une douleur au thorax durant plusieurs minutes. Les professionnels pourront vous orienter.

Et si une personne perd connaissance? Il faut d’abord… lui coller une claque. Si c’est un malaise banal, elle ouvrira les yeux. Si ce n’est pas le cas et qu’elle ne respire pas, il faut débuter le massage cardiaque après avoir appelé le 144.

La victime doit être couchée sur le dos, sur une surface dure. Vos bras doivent être tendus et vos mains l’une sur l’autre. Il faut appuyer au centre du thorax et s’enfoncer entre 5 et 6 centimètres, à coups de 100 à 120 pressions par minute. Il y a un risque de casser des côtes mais, pour sauver la vie, l’important est que le cœur soit comprimé.

Pour prévenir un tel drame, il est enfin conseillé d’effectuer un check-up dès l’âge de 40-50 ans.

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