Des médecins dénoncent des traitements trop chers

CancerLes prix des traitements contre le cancer sont de plus en plus élevés et la tendance n'est pas près de s'inverser. Des voix commencent à réclamer un changement.

Ce bracelet montre que la patiente a bien répondu à sa chimiothérapie

Ce bracelet montre que la patiente a bien répondu à sa chimiothérapie Image: Reuters

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Roche a présenté un nouveau traitement contre le cancer dont le coût fait grincer des dents. Perjeta, destiné à freiner la progression du cancer du sein en combinaison avec un autre traitement et une chimiothérapie, coûte près de 208'000 francs pour une période de 18 mois, a indiqué Santésuisse.

L'Office fédéral de la Santé Publique (OFSP) a négocié un rabais d'un montant de 46'400 francs. Mais au final, le prix reste bien plus élevé que le traitement standard qui dure douze mois et demi pour un coût de 56'700 francs. L'OFSP n'a pas voulu donner de détails sur les négociations avec le groupe bâlois.

Cette politique tarifaire suscite des remous dans le milieu médical. Comme l'exprime au Tages-Anzeiger Franco Cavalli, médecin chef pour l'oncologie à l'hôpital de Bellinzona, «cette évolution ne peut pas continuer ainsi. Les coûts ne sont plus supportables pour le système de santé».

Un avis que partage la conseillère nationale Margrit Kessler, également membre du conseil de la fondation Organisation suisse des patients (OSP): «De tels prix sont tout simplement indécents.» Pour Thomas Cerny, médecin chef en oncologie à l'hôpital cantonal de Saint-Gall, les milliards de bénéfice des géants de la branche pharma montrent qu'il existe de la marge pour des baisses massives de prix.

Des prix toujours plus élevés

Le dernier traitement de Roche s'inscrit dans la tendance actuelle qui vise à combiner des thérapies afin d'attaquer de différents côtés les récepteurs de croissance des cellules cancéreuses, avec comme conséquence des coûts en hausse. Le groupe bâlois travaille par ailleurs aux Etats-Unis sur un nouveau traitement qui, combiné avec Perjeta, pourrait coûter près de 200'000 dollars par an et par patiente.

La tendance n'est pas près de s'inverser puisque les pays s'alignent en général sur les prix pratiqués outre-Atlantique, où ils sont libres de fixer leurs propres tarifs, rappellent Thomas Cerny et Franco Cavalli. Pour ces raisons, les entreprises cherchent souvent à faire homologuer leurs médicaments tout d'abord aux Etats-Unis.

En Suisse, l'établissement des prix est tout à fait opaque, déplore Thomas Cerny. «Lorsque vous demandez aux entreprises ou aux autorités de justifier de tels prix, vous n'obtenez aucune réponse.» L'OFSP explique que le tarif de Perjeta a été fixé en fonction de la pertinence du traitement avec les coûts de recherche et développement.

Un porte-parole du groupe bâlois a précisé que le rabais a été préparé conjointement avec l'OFSP. Quant au prix fixé, Roche estime qu'il correspond aux besoins thérapeutiques que le traitement offre. La pathologie visée par Perjeta ne concerne que la forme HER2 qui ne touche que 15 à 20% des patientes.

Des bienfaits à démontrer

Santésuisse se dit sensible aux arguments des deux parties. «Nous devons avoir une discussion afin que les bienfaits des médicaments chers soient en relation avec leur coût», a déclaré au Tages-Anzeiger Paul Rhyn, porte-parole de l'association faîtière des assureurs-maladie suisses.

Ces avantages restent souvent à démontrer, souligne Erika Ziltener, présidente de l'association faîtière des patients suisses. Une étude a montré que seuls 13% des médicaments homologués en 2012 aux Etats-Unis avaient prolongé la vie des patients de plus de six mois.

Franco Cavalli ne dit pas autre chose, soulignant que la branche pharma essaie de présenter les faibles progrès de leurs traitements avec de grosses études cliniques. Et plus tard, on s'aperçoit que les résultats définitifs des études ne confirment pas les premières données. Le chef oncologue rappelle le cas de l'Avastin qui n'avait pas été autorisé aux Etats-Unis contre le cancer du sein malgré de nombreuses études envoyées à la Food and Drug Administation, les autorités sanitaires américaines. (nxp)

Créé: 12.04.2013, 11h29

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