«Je n’avais plus de plaisir à m’occuper de ma fille»

SantéCertains parents exigeants peuvent faire un burn-out. Témoignages et explications.

Le burn-out parental se traduit notamment par une incapacité à s'occuper de ses enfants et un manque total de plaisir à passer du temps avec eux.

Le burn-out parental se traduit notamment par une incapacité à s'occuper de ses enfants et un manque total de plaisir à passer du temps avec eux. Image: JGI/Jamie Grill

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«Notre désir d’enfant a été longuement réfléchi. Lorsque Luca* est né, j’avais 35 ans et mon mari 43. A aucun moment, je n’aurais imaginé que m’occuper de mon fils me viderait de toute mon énergie», explique Mélanie*, maman d’un bambin de 3 ans.

Son petit garçon, qu’elle décrit comme difficile en raison d’un diagnostic d’enfant à haut potentiel, obéit peu. «J’étais arrivée au stade où je crisais autant que mon fils. Lui pleurait dans sa chambre et moi à la cuisine!» Mélanie a décidé de consulter. Son médecin lui signe un arrêt de travail de six semaines avec l’obligation de placer Luca en crèche les jours où elle est habituellement à la maison pour s’en occuper. Mélanie était en burn-out parental. Un mal qui s’installe au fil des mois ou des années, vidant de son énergie et de sa joie de vivre le parent qui en souffre (à ne pas confondre avec la dépression post-partum qui survient peu après l’accouchement).

Quête de perfection

Léa*, trentenaire active et passionnée, admet: «Je n’avais plus de plaisir à m’occuper de ma fille, cela créait un grand sentiment de culpabilité. En tant que maman, je mettais la barre très haut. Je voulais qu’elle mange bio et fait maison. J’étais totalement opposée à l’idée qu’elle regarde la télévision. Je l’ai allaitée pendant deux ans. Je me suis tellement épuisée que je pleurais en permanence. J’ai perdu plus de 10 kilos en trois mois.»

Cette quête de perfection est souvent à l’origine du burn-out parental. «Depuis une dizaine d’années, les exigences des parents vis-à-vis d’eux-mêmes, ainsi que la pression de la société sont de plus en plus hautes, explique Christel Vaudan, psychologue, responsable de la consultation couple-famille du CHUV. L’épanouissement des enfants passe par tout un tas d’activités artistiques et sportives. Les temps libres sont de plus en plus rares, voire très peu valorisés. Dans ce contexte, on ne peut s’étonner que les parents s’épuisent. Un cercle infernal s’installe assez rapidement où enfants et parents sont pris dans une course à la performance: être une mère, un père et des enfants parfaits. Cette situation crée souvent des tensions dans le couple, peut amener progressivement à un sentiment d’échec parental et à l’épuisement.»

Un avis partagé par Françoise Rulfi, sage-femme conseillère en périnatalité chez Profa: «Les futures mères se posent beaucoup de questions. Elles en oublient leurs intuitions, leur spontanéité et d’être à l’écoute de leur corps. Ce désir de perfection engendre du stress et de la fatigue. A force de s’épuiser, elles peuvent mettre une distance affective avec leurs enfants, appréhender le moment de rentrer et cela peut mener à des idées noires.»

«J'avais le sentiment qu’elles seraient mieux sans moi»

Une situation vécue par Sandra*. Cette mère de deux filles de 6 et 7 ans a failli commettre l’irréparable lorsque sa grande n’avait que 18 mois: «Ma cadette est née alors que l’aînée ne marchait pas encore. Je passais mon temps à faire les biberons, changer les couches, donner le bain. Je n’avais pas d’aide de ma famille, qui habite dans un autre canton, ni celle de ma belle-famille. Un matin, je suis partie en laissant mon mari avec les enfants. J’étais déterminée à me jeter sous un train. J’avais le sentiment que je n’arrivais pas à m’occuper de mes filles aussi bien que je le souhaitais et qu’elles seraient mieux sans moi.» Après cet épisode, Sandra a été suivie par un psychologue. Elle a repris le sport, a engagé une femme de ménage et s’accorde du temps sans enfants. «Je voulais être parfaite en tant qu’épouse, maman et collaboratrice.»

Pour éviter cet engrenage, les spécialistes sont unanimes: il faut lâcher prise et relativiser. «Etre parent, ça s’apprend, explique Catherine Vasey, psychologue et spécialiste du burn-out à Lausanne. Penser que l’on doit tout savoir et tout faire juste du premier coup est irréaliste. Il faut faire le deuil du parent parfait et apprendre de ses erreurs et de celles des autres parents qui nous entourent.» Réaliser que le petit du voisin fait aussi des crises ingérables, qu’un repas peu équilibré de temps en temps ou un excès de télévision épisodique ne fait pas de vous un parent maltraitant est un premier pas vers le soulagement…

* Prénoms d’emprunt (24 heures)

Créé: 01.04.2017, 11h45

Quelques pistes pour s’en sortir

Enfant difficile ou malade, fratrie nombreuse, isolement, manque d’investissement de l’autre parent, problèmes financiers sont autant de facteurs qui peuvent mener au burn-out parental. Mais l’épuisement peut survenir même en dehors de ces cas de figure.

Prendre du temps pour soi peut aider à se ressourcer, casser la routine épuisante du quotidien, aussi.Les deux psychologues belges auteures du livre «Le burn-out parental, l’éviter et s’en sortir» préconisent de petits breaks réguliers plutôt que de longues vacances une fois par année. Prévenir le stress en déléguant certaines tâches au conjoint ou aux enfants est également une astuce qui porte ses fruits. Même un enfant de 3 ans peut ramener son assiette à la cuisine après le repas. Tenter de ne pas focaliser son attention sur les choses qui nous gênent (les jouets qui traînent), mais sur celles qui sont positives est un travail parfois difficile mais qui apporte du soulagement.

Enfin, consulter un professionnel (le site de Profa conseil-en-perinatalite.ch fournit infos et conseils), ne pas s’isoler et éviter de culpabiliser est un pas vers la guérison.

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