La médecin légiste qui révolutionne l'autopsie

PortraitLa technique mise au point par la professeure Silke Grabherr, nouvelle directrice du Centre universitaire romand de médecine légale (Lausanne), est demandée dans le monde entier.

Figure mondiale de l’imagerie forensique, Silke Grabherr a inventé une technique d’autopsie virtuelle permettant de visualiser les vaisseaux sanguins des défunts et détecter les lésions.

Figure mondiale de l’imagerie forensique, Silke Grabherr a inventé une technique d’autopsie virtuelle permettant de visualiser les vaisseaux sanguins des défunts et détecter les lésions. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Elle a été recrutée pour succéder à une star de l’autopsie: Patrice Mangin, chef du prestigieux Centre universitaire romand de médecine légale (CURML). A 36 ans seulement, Silke Grabherr a repris en janvier dernier les rênes de l’institution basée à Lausanne, devenant la plus jeune des professeurs ordinaires des cantons de Vaud et de Genève. La scientifique autrichienne n’a rien d’une bleue. Ses travaux en ont déjà fait une référence mondiale en criminologie.

La nouvelle directrice du CURML porte un nom évocateur (Grab signifie tombe en allemand). Elle a surtout mis au point une technique d’imagerie forensique: l’angiographie post-mortem. Véritable révolution dans l’art de faire parler les cadavres, sa méthode, appliquée à Lausanne dès 2012, l’est aujourd’hui à l’échelle du globe.

La trajectoire du couteau

Ce procédé, détaillé dans l’ouvrage fraîchement paru Atlas of Postmortem Angiography, consiste à injecter un liquide dans le corps pour recréer une sorte de circulation sanguine. Les vaisseaux du défunt redeviennent visibles au scanner. Le légiste peut ainsi détecter les «fuites» et localiser des lésions. Une information précieuse pour établir les circonstances d’un décès. «Cela permet de trouver les sources exactes d’une hémorragie, visualiser la trajectoire d’un couteau ou d’un coup de feu, explique Silke Grabherr. Tous ceux qui veulent faire pratiquer cette angiographie passent par notre centre.» Et ils sont nombreux.

La professeure, elle, parcourt le monde pour enseigner sa technique: l’Italie, l’Allemagne, la Corée du Sud, la Pologne… Elle s’envolera bientôt pour le Brésil et le Japon. Des voyages qui lui permettent, au passage, d’entretenir son réseau. «Toutes les grandes affaires arrivent chez nous, à Lausanne», se félicite l’intéressée. Certaines sont politiquement sensibles. On n’en saura pas plus.

«J’ai fait médecine pour m’occuper des patients dans leur globalité. Pas pour opérer des cœurs d’enfants toute ma vie.»

La chercheuse a longtemps hésité entre une carrière de médecin ou de policier. «J’ai finalement choisi médecine, mais, quand j’ai fait mes stages, j’étais frustrée, déçue. Si j’ai choisi ce métier, c’est pour m’occuper du patient dans sa globalité. Je ne me voyais pas devenir spécialiste et opérer toute ma vie les pieds des personnes âgées ou le cœur des enfants. Et puis, généraliste, ce n’était pas fait pour moi.»

Son premier cours de médecine légale est une révélation. Loin de rebuter l’étudiante, la dissection attise sa curiosité. «Ça n’a pas été un problème une seule seconde. J’y ai immédiatement vu un intérêt scientifique.» Elle se souvient de sa première levée de corps. «Il était très altéré, dans l’eau. L’odeur était épouvantable. Moi, j’ai trouvé le cas très intéressant. Le légiste qui m’accompagnait m’a dit que, si je pouvais faire ça, je pouvais tout faire.» La scientifique reconnaît que la mort exerce sur elle une certaine fascination. «Ministre ou pas, on devient tous verts, sourit-elle. Plus sérieusement, je trouve dommage que les médecins envisagent la mort comme un échec. On devrait apprendre aux étudiants que ce n’est pas la pire chose qui puisse arriver.»

Trouver les causes d’un décès; voilà ce qui la passionne. «Un médecin légiste ne peut pas poser de questions à ses patients. C’est à lui de trouver des réponses et c’est cela qui me plaît. On doit à une personne décédée de reconstituer les dernières minutes de sa vie. On le doit aussi à la personne mise en cause dans un décès. Le soir, je veux pouvoir me regarder dans le miroir et savoir que j’ai aidé à disculper quelqu’un accusé injustement ou, au contraire, à inculper un meurtrier.»

«Je trouve dommage que les médecins envisagent la mort comme un échec.»

Originaire d’un petit village autrichien à la frontière suisse, cette championne de dressage de chevaux débarque à Berne un peu par hasard, à la faveur d’un stage parachevant ses études. La Suisse alémanique ne la séduit guère. «J’étais à deux doigts de rentrer en Autriche lorsqu’on m’a proposé un poste à Lausanne. J’ai emménagé dans un appartement à Denges et je m’y suis tout de suite sentie bien.» Aujourd’hui établie à Villars-Sainte-Croix, elle ne tarit pas d’éloges sur la région. «Je ne suis pas faite pour vivre en ville. J’aime le jardin, la campagne…»

La nouvelle cheffe de la médecine légale romande trouve aussi le temps de s’impliquer dans la mise à jour de l’enseignement d’un métier bouleversé par les progrès de l’imagerie.

Brillante, ambitieuse, Silke Grabherr compte bien conserver à Lausanne son statut de leader mondial de la médecine légale. Aucune raison d’en douter.

Créé: 31.05.2016, 09h50

CV espress

14 avril 1980 Naissance
à Koblach (Autriche).
2003 Stage de médecine légale à Berne.
2007 Rejoint l’Institut de médecine légale de l’UNIL.
2010 FMH de médecin légiste.
2011 Création de l’unité d’imagerie forensique du Centre universitaire romand de médecine légale (CURML).
1er janvier 2016 Devient directrice du CURML.

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